📚 08/11/2026 ssofidelis.substack.com  93min ✹️ 12 #332652

La menace nucléaire, un détroit en feu, la benne à ordures et une série d'aveux « israéliens »

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Par  Jack Rivers & extrait de la série "Dépêches de Téhéran", le 7 novembre 2026

Couverture de la crise du Golfe et rapport de renseignement régional.

Introduction

Le détroit d'Ormuz est fermé depuis huit mois. La marine américaine continue de bloquer les ports iraniens. Le prix du Brent s'élève à cent dix-sept dollars le baril. Aux États-Unis, un homme qui se croyait intouchable a été mis au rebut par l'ambassade d'Iran en Inde. À Sanaa, un marché est réduit en décombres et les enfants sont toujours ensevelis sous les gravats. À Tel-Aviv, un général à la retraite a publié ce qu'il appelle un "certificat de décès". À Pékin, un accord monétaire est en cours de signature. À Moscou, un traité d'une durée de vingt ans vient d'être mis en œuvre. À Téhéran, la lettre du vice-président américain a été lue, puis rejetée, et le détroit reste fermé. Il ne s'agit pas seulement d'une région en crise. C'est une région en pleine transition majeure, et cette transition est gérée par ceux-là mêmes que les médias occidentaux vous présentent depuis huit mois comme étant la cause de la crise.

Ce dossier n'est pas un tour d'horizon de l'actualité, mais une analyse de renseignements compilée via sources auxquelles le lecteur occidental a rarement accès, présentant une version des faits plus conforme à la réalité. Cette publication a pour but de corriger une distorsion spécifique et persistante : l'hypothèse selon laquelle le récit produit par l'appareil médiatique le plus puissant de la planète correspondrait à la réalité. Ce n'est pas le cas. Ce n'est qu'un leurre. Un produit issu d'un ensemble d'imaginations extrêmement fertiles, et le but de ce document est de démolir toutes ces illusions fabriquées de toutes pièces à la seule lumière de la vérité.

La partie I explore le détroit souverain lui-même, les onze pétroliers en feu, le cinquante-cinquième drone américain abattu et l'arithmétique des tirs. La partie II se penche sur l'architecture diplomatique, les sept conditions, la navette qatarie et la doctrine de formulation des ordres. La partie III s'intéresse à la menace nucléaire, aux effets de revers présidentiels, aux "mensonges optimistes" du Pentagone et au résultat des élections de mi-mandat qui a mis fin au soutien national à la guerre. La partie IV développe l'architecture à trois piliers en cours d'élaboration à Pékin et à Moscou. La partie V traite de la campagne au Yémen, des frappes sur les marchés, de la base de données des cibles et du pacte conclu avec Téhéran. Et la partie VI examine les aveux d'une série d'"initiés israéliens", "la maison de verre", la directive Hannibal, et la fracture. La conclusion, qui n'est jamais simplement une conclusion, fait ce qu'elle fait toujours : elle jette un éclairage ironique sur la série de désastres coloniaux abordés dont souffre l'Asie occidentale, et démolit froidement leurs principaux responsables.

Comme d'habitude, il y a beaucoup à couvrir - alors mettons-nous au travail avec un nouvel épisode passionnant de notre série phare "Dépêches de Téhéran".

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I. L'arithmétique du feu : des pétroliers en feu et des drones détruits tombent comme des mouches

Le détroit d'Ormuz a une mémoire. C'est une étendue d'eau étroite et patiente qui a englouti les ambitions des empires depuis des milliers d'années, et elle n'oublie pas. Ce dont elle se souvient aujourd'hui, au cours des onze jours séparant le "survol" d'un certain amiral américain et ce mardi matin où les pêcheurs de la partie orientale du détroit ont vu le ciel s'embraser, c'est une arithmétique bien particulière. Onze pétroliers. Deux jours. Certains en flammes, d'autres transformés en nouveau refuge pour les poissons des fonds marins. Le décompte a été  publié lundi par la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur ses réseaux sociaux, et le moment choisi n'était pas fortuit. Tout a commencé, a noté le CGRI, le 25 octobre, date du "survol" démonstratif de la voie navigable par le commandant du CENTCOM, Brad Cooper. L'amiral a survolé le détroit. Le détroit a pris note. On notera ici l'incroyable retenue iranienne. C'était une cible facile, qui aurait pu envoyer un message très fort. Pourtant, le message que l'Iran a choisi d'envoyer en laissant passer cet incident était encore plus lourd de sens : l'assassinat est le passe-temps des lâches américano-"israéliens". L'Iran est moralement au-dessus de ces pratiques.

Les chiffres ne sont pas anodins. 1 440 navires auraient été déroutés depuis le début du blocus naval américain des ports iraniens, un chiffre publié par le CENTCOM un samedi, sans doute parce que c'est le jour où l'on préfère annoncer le bouleversement de l'ordre maritime mondial sans être distrait par le cycle de l'actualité des jours de semaine. Notez le "auraient été" - comme le sait bien tout lecteur assidu de Middle East Report - presque chaque mot qui sort de la bouche du porte-parole du CENTCOM n'est que pure foutaise. Si ce chiffre était ne serait-ce qu'un tant soit peu vraisemblable, il serait d'autant plus remarquable que l'Iran vient d'enregistrer son plus haut résultat depuis deux ans, avec plus de 3 milliards de dollars de ventes de pétrole pour le mois de septembre, malgré le soi-disant "blocus" américain.

La position de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) reste cohérente et sans ambiguïté : un passage sûr est possible, mais uniquement moyennant une coordination préalable et le respect de la réglementation iranienne. Un responsable bien informé proche de la marine l'a exprimé plus crûment fin octobre, affirmant que le trafic maritime non autorisé a été complètement stoppé à la suite de la destruction des systèmes d'aide à la navigation et des frappes visant les pétroliers en infraction, et que toute reprise de la contrebande de pétrole sera réprimée avec encore plus de fermeté.

Il a ajouté, à l'intention de ceux qui, à Washington, sont encore en train de définir leurs arguments, qu'une nouvelle intervention aérienne américaine se heurtera à une riposte plus directe et plus décisive. Le cours du Brent, pour ce que cela vaut, s'établissait à cent dix-sept dollars le baril lorsque le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a publié sa photo de l'avion de Brad Cooper survolant un pétrolier en feu. La démonstration de l'amiral, semble-t-il, a eu un coût.

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Le porte-parole du CGRI, le général de brigade Hossein Mohebbi, s'est amusé aux dépens de Brad Cooper.

Mardi, le décompte  s'est poursuivi. Trois autres pétroliers ont heurté des mines navales alors qu'ils empruntaient des routes non autorisées à l'aube, leurs systèmes de navigation et d'identification ayant été désactivés avant le transit, comme si l'absence de transpondeur pouvait constituer un moyen de défense juridique. Les navires ont été abandonnés au large de la côte sud et ont continué à brûler. Des pêcheurs de la partie orientale de la voie navigable ont décrit une "nuit brillamment éclairée". Le communiqué de la marine du CGRI a répondu directement aux affirmations du CENTCOM sur les réseaux sociaux :

"La réalité de la situation dans le détroit d'Ormuz est celle que vous observez, et non celle que le commandant terroriste du CENTCOM proclame sur les réseaux sociaux à l'aide d'images d'archives".

L'expression "images d'archives" joue un rôle considérable dans cette phrase. Elle suggère une pratique récurrente. Elle laisse entendre que le commandement militaire américain recycle des images, présentant d'anciennes séquences comme des événements d'actualité, afin de construire un récit rassurant dans un détroit où l'ordre revient à la puissance qui y a posé des mines. Par ailleurs, le service britannique des opérations commerciales maritimes (UKMTO) a signalé qu'un capitaine de navire a envoyé un signal de détresse, indiquant qu'un autre navire a été touché par un projectile non identifié. Le détroit n'est pas un théâtre d'opérations. C'est un lieu stratégique, et les lieux stratégiques obéissent à une logique qui dispense des attachés de presse.

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La dimension aérienne des affrontements s'est intensifiée au cours de ces mêmes quarante-huit heures. La Force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC)  a annoncé mardi avoir pris le contrôle de deux autres drones de reconnaissance américains MQM-170 au sud de l'île de Qeshm à l'aide de systèmes avancés de guerre électronique, portant à quatre le nombre total de ces drones saisis. Ces drones, fabriqués par Griffon Aerospace et initialement conçus pour servir de cibles aériennes et de leurres, ont été réaffectés par les forces américaines pour sonder les défenses aériennes iraniennes le long de la côte du golfe Persique. Ce sont, en effet, des "canaris" sacrifiables. Quatre ont été interceptés.

Le même communiqué a confirmé la destruction du cinquante-cinquième drone américain MQ-9 Reaper dans l'espace aérien à l'est du détroit d'Ormuz, intercepté par un système de défense aérienne de nouvelle génération fonctionnant au sein du réseau intégré de défense aérienne du pays. Le commentaire du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) sur l'opération était, comme à son habitude, particulièrement posé :

"L'ennemi américain agresseur a une nouvelle fois échoué à atteindre ses objectifs par le déploiement de tels drones, et par la grâce de Dieu, un nouveau chapitre de revers et d'échecs vient s'ajouter au bilan désastreux du commandant terroriste du Commandement central américain, Brad Cooper".

Le cinquante-cinquième. C'est le chiffre lui-même qui compte. Une seule interception spectaculaire ne constitue pas une déclaration stratégique. C'est l'accumulation qui compte. C'est le cinquantième, le cinquante et unième, le cinquante-deuxième, chacun étant un élément de données dans une courbe qui ne s'infléchit pas en faveur des États-Unis.

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Les affrontements ne se sont pas arrêtés là. Au-dessus de la ville portuaire méridionale de Bandar Khamir, dans la province d'Hormozgan, les unités de défense aérienne du Corps Imam Sajjad du Corps des Gardiens de la Révolution islamique ont abattu deux drones d'attaque à usage unique américains de type LUCAS, sous la couverture du réseau intégré de défense aérienne. Le  communiqué a été publié mardi, accompagné d'une photographie de l'un des drones après sa destruction. Le LUCAS est une munition vagabonde, un missile de croisière doté du temps de vol d'un drone et de l'intention de une bombe. Sa présence au-dessus de Bandar Khamir indique que la campagne américaine n'a toujours pas réalisé que l'espace aérien souverain iranien fait office de cimetière pour les intrus américains. Le fait que deux d'entre eux aient été abattus lors d'un seul engagement au-dessus d'une ville portuaire, et que le CGRI ait choisi de publier les images de l'épave comme preuve supplémentaire contredisant les mensonges américains, montre que le réseau de défense aérienne intégré n'est pas seulement opérationnel, mais qu'il est éprouvé dans des conditions réelles et qu'il fait ses preuves.

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Les explosions qui ont précédé ces interceptions ont été entendues sur l'île de Qeshm et dans les eaux au large de Bandar Lengeh lundi soir. Cinq détonations se sont succédé rapidement sur l'île. Des habitants ont signalé la présence de deux appareils dans le ciel. Les agences de presse Mehr et Fars  ont confirmé des explosions à Bandar Lengeh provenant de la mer. Ces informations ont été relayées immédiatement après que la Force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé avoir abattu les deux drones MQM-170 près de Qeshm.

Des responsables américains, tentant de s'attribuer le mérite de ces explosions, s'exprimant auprès du Wall Street Journal, ont qualifié ces "frappes" de

"limitées et défensives, visant à restreindre la capacité de l'Iran à attaquer le transport maritime commercial".

Un responsable a ajouté que les États-Unis ont délibérément choisi de ne pas médiatiser cette campagne pour éviter de signaler un retour à des opérations de combat de grande envergure. L'expression "guerre discrète" a une certaine élégance, un peu comme pour décrire l'incendie d'une maison dont les voisins ont convenu de ne pas parler. Aucun responsable iranien n'a confirmé à ce moment-là la cause des explosions ni fait état de victimes. Le détroit n'a pas besoin de confirmation. Il est ce qu'il est.

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Et pourtant, à l'écart de cette voie navigable, au cours de la même semaine, un autre scénario se déroulait. La Marine indienne  a secouru les vingt membres d'équipage du bateau de pêche iranien Azini au cours d'une opération de quarante-huit heures menée en mer d'Oman, à quelque trois mille kilomètres de Mumbai. Le navire a été détourné par des pirates somaliens le jeudi 29 octobre, au large de la côte nord-est de la Somalie. La Marine indienne a confirmé le sauvetage :

"Face à la situation, la Marine indienne a dépêché un navire de guerre en mission pour intervenir, appuyé par un avion de reconnaissance maritime. Travaillant en étroite coordination, ces moyens ont localisé le navire après une surveillance persistante, ont suivi ses mouvements et ont mis en œuvre des mesures non cinétiques calibrées pour contenir ses déplacements et prévenir toute fuite".

Douze pirates présumés ont été désarmés, leurs téléphones portables confisqués, puis ils ont été relâchés. L'ambassade d'Iran à New Delhi a écrit sur X :

"Nous saluons vivement le professionnalisme, le courage et la coordination efficace dont ont fait preuve les forces armées indiennes, qui reflètent le ferme engagement de l'Inde en faveur de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe, ainsi que son rôle dans le sauvetage de vies au-delà des frontières. Cette opération humanitaire témoigne de l'esprit de fraternité, de solidarité et de coopération entre l'Iran et l'Inde".

La phrase est diplomatique dans sa formulation apparente, mais son contenu stratégique est loin d'être subtil. Dans une région où l'armée américaine s'est positionnée comme le seul garant de la sécurité maritime, le fait qu'un navire de guerre indien, appuyé par un avion de reconnaissance maritime, ait localisé le navire grâce à une surveillance persistante, en ait limité les mouvements et en ait secouru les marins, constitue l'affirmation discrète d'une capacité alternative.

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Enfin, de retour sur le sol national, le bureau des relations publiques du quartier général Qods des Forces terrestres du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI)  a annoncé qu'une nouvelle cellule terroriste américano-"israélienne", préalablement identifiée et placée sous surveillance des services de renseignement, a été interceptée lors d'une embuscade au Sistan-et-Baloutchistan avant qu'elle ne puisse mener à bien ses projets. La cellule avait l'intention d'attaquer des bases des services de sécurité déployées dans la région et de bloquer la route reliant les comtés de Zarabad et de Konarak. Un terroriste a été tué. Plusieurs autres ont été arrêtés.

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a réaffirmé que toute menace pesant sur la sécurité de la population du Sistan-et-Baloutchistan constitue une ligne rouge.

"Les cellules terroristes opérant à la solde de l'adversaire vaincu restent sous la surveillance des services du renseignement",

a-t-il averti. L'expression "adversaire vaincu" revêt toute sa portée dans une région où l'adversaire en question a perdu cinquante-cinq drones, l'équivalent de onze pétroliers en l'espace de quelques jours, ainsi que la capacité de projeter un discours cohérent sur la voie navigable qu'il prétend contrôler.

Le Sistan-et-Baloutchistan partage une longue frontière avec le Pakistan et l'Afghanistan, et a été le théâtre ces dernières années d'attaques terroristes visant des civils et les forces de sécurité, souvent financées, armées et dirigées par des agences de renseignement occidentales. La République islamique a renforcé la sécurité de ses frontières et amélioré ses capacités de collecte de renseignements intérieurs en réponse. Cette embuscade n'était pas une surprise. Une confirmation. La surveillance a fonctionné. La cellule était identifiée avant même qu'elle n'entre en action. Le détroit subit des pressions de l'extérieur. L'intérieur du pays subit des pressions de l'intérieur. Les deux situations sont maîtrisées. Les chiffres ne jouent pas en faveur de ceux qui croient qu'un survol démonstratif à bord d'un CH-47 Chinook constitue une stratégie.

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II. Les exigences du créancier : sept conditions, un délai de deux jours et un détroit qui ne pliera pas

La lettre est parvenue par l'intermédiaire du Qatar. Le vice-président JD Vance a rédigé un cadre de négociation. Le message a été remis au général de division Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran, et la proposition centrale de ce cadre semble suffisamment familière pour être insultante : le programme nucléaire pacifique de l'Iran devrait être mis sur la table avant même le début de toute négociation directe. Téhéran a déjà rejeté cette formulation par le passé. Il l'a rejetée une nouvelle fois.

Le verdict de Rezaei,  publié mardi, a été livré avec la froideur caractéristique d'un homme qui a entendu le même argument présenté sous des formes légèrement différentes depuis suffisamment longtemps pour ne plus s'en étonner, et encore moins le prendre ne serait-ce qu'un tant soit peu au sérieux.

"La réponse des États-Unis aux droits et aux revendications de l'Iran n'a pas été convaincante. Ils devront répondre de manière exhaustive et explicite aux sept conditions posées par l'Iran et agir en conséquence", a-t-il déclaré. "Ce n'est qu'à cette condition que le détroit d'Ormuz sera rouvert".

Le terme "pas convaincante" revêt une grande importance dans cette phrase. Non pas que la réponse ait été hostile. C'est qu'elle était, comme d'habitude, tout à fait insuffisante. Elle n'a pas atteint le seuil de sérieux que la partie iranienne a désormais réglé à une fréquence très précise.

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Abbas Araghchi, pour sa part, a balayé les spéculations des médias sur une éventuelle rencontre diplomatique en les qualifiant de "simples conjectures médiatiques", une expression qui traduit le mépris spécifique d'un homme ayant vu des correspondants occidentaux échafauder des récits diplomatiques à partir d'une simple poignée de main lors d'un sommet de la CEI. Mais ce rejet ne signifie pas que la porte est fermée. C'est une porte toujours verrouillée du côté iranien, dont la clé est bien visible sur la table.

"Nous n'excluons aucune hypothèse concernant le déclenchement d'une guerre, et sommes prêts à tous les scénarios",

a récemment déclaré Araghchi, confirmant que l'Iran a modernisé son armement, remédié à ses vulnérabilités et testé de nouveaux systèmes d'armes. Cette phrase est formulée comme un avertissement, mais sa fonction stratégique est plus subtile. Il s'agit d'un signal d'ajustement. Elle indique à Washington que le seuil d'escalade a été abaissé du côté iranien, et non relevé, et que la voie diplomatique reste ouverte précisément parce que l'alternative militaire est désormais crédible.

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Derrière cette posture diplomatique, l'architecture stratégique s'articule avec une clarté qui suggère qu'elle a été élaborée bien avant d'être  rendue publique. Le général de division Ali Abdollahi, chef d'état-major des forces armées, a présenté un cadre en cinq points pour la sécurité régionale qui ressemble moins à une proposition de paix qu'à un document constitutionnel pour une Asie occidentale post-américaine. "Pour nous, la puissance militaire n'est pas une fin en soi ; c'est un outil", a-t-il déclaré.

"Compte tenu des réalités et exigences de notre époque, notre doctrine est passée de la 'défense' à l''initiative offensive' et de la 'gestion de crise' à l''instauration de l'ordre'".

Ce changement de terminologie n'est pas purement sémantique. Il s'agit d'une déclaration d'intention. Ces cinq principes exigent la cessation totale des hostilités sur tous les fronts régionaux, la levée de toutes les sanctions et le déblocage des avoirs saisis, des réparations pour des décennies de guerres imposées, la pleine reconnaissance de la souveraineté de l'Iran sur le détroit d'Ormuz avec un nouveau mécanisme régional destiné à remplacer ce qu'Abdollahi a qualifié de "parapluie de sécurité américain dépassé et défaillant", ainsi que des garanties inconditionnelles contre toute future agression étrangère.

"Ces cinq principes ne constituent pas un plan de paix élaboré à partir d'une position de faiblesse", a-t-il précisé. "Il s'agit plutôt de principes d'ordre formulés à partir d'une position de force et à la lumière d'une résistance active".

Il a déclaré qu'en sécurisant et en contrôlant le détroit et en dictant les règles d'accès, l'Iran s'est définitivement imposé comme le "quatrième pôle de pouvoir" sur la scène mondiale. Puis, dans une phrase qui sera citée pendant des décennies dans les briefings diplomatiques de Téhéran :

"L'Iran ne cherche pas à exercer d'hégémonie", a souligné le général de division Abdollahi. "Il cherche plutôt à mettre fin à l'hégémonie imposée il y a 73 ans par le coup d'État de 1953, et qui aujourd'hui, à la lumière des leçons du 4 novembre 1979, a atteint ses limites".

Le coup d'État de 1953. Cette expression accomplit un travail historique qu'aucune stratégie politique américaine ne pourra effacer. C'est le péché originel de cette relation, et Abdollahi l'a placé au fondement de la nouvelle architecture.

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La mécanique de la médiation, quant à elle, fonctionne à un rythme encore impensable il y a trois mois à peine. Une délégation qatarie, conduite par un conseiller du Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères, était en route pour Téhéran lundi soir. C'est la troisième visite en une semaine. La première a eu lieu dimanche dernier. La deuxième, vendredi, a duré douze heures. La délégation a ensuite quitté Téhéran en compagnie du vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi, qui a mené des discussions parallèles à Doha. Ara ghchi  a confirmé à la télévision d'État que les consultations indirectes avec les États-Unis sont devenues "extrêmement intenses" compte tenu du caractère sensible de la situation, et que le Qatar et le Pakistan jouent un rôle de médiation très actif. Un responsable bien informé a déclaré à Reuters que les négociateurs iraniens ont quitté Doha dimanche, mais a souligné que ce départ n'était pas dû à des difficultés.

La réduction du délai est notable. Le plan initial de Téhéran, qui prévoyait sept jours pour la réouverture du détroit, a été raccourci, sur proposition du Qatar, à deux jours.

"Une fois ces conditions acceptées, le détroit sera rouvert et les négociations reprendront", a déclaré M. Araghchi. "Sinon, la situation restera inchangée, et l'Iran ne cédera pas".

Ce délai de deux jours n'est pas une concession. Il s'agit plutôt de démontrer une capacité opérationnelle, et d'une volonté de faciliter la réouverture du détroit. Elle indique à Washington que l'infrastructure nécessaire au respect des engagements est déjà en place, que la décision est d'ordre politique et non logistique, et que la seule variable de l'équation est la volonté américaine.

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Le dossier nucléaire a été traité avec une précision chirurgicale lors de la  conférence de presse hebdomadaire du ministère des Affaires étrangères. On a demandé directement au porte-parole érudit Esmaeil Baqaei si l'Iran accepterait que son uranium enrichi soit retiré du pays. "Non, nous n'y consentirons pas", a-t-il répondu. La réponse n'était ni nuancée, ni contextualisée, ni noyée dans une proposition subordonnée. Il s'agissait d'une phrase unique, prononcée avec le caractère définitif d'un jugement. Sur la question du retrait du TNP, M. Baqaei a reconnu que le sujet est justifié au vu des développements des quinze dernières années, tout en confirmant que l'Iran reste partie au traité et lié par ses engagements.

'Il a averti que les menaces à l'encontre de l'Iran pourraient encourager d'autres États à violer le TNP sous l'influence du comportement de Washington, et que de telles menaces ne feront que renforcer la détermination de l'Iran à se défendre. "La balle est dans le camp des États-Unis", a-t-il déclaré, ajoutant que les exigences de l'Iran ont été clairement communiquées. Il a souligné que ces exigences ne constituent pas des conditions préalables à la diplomatie, mais des mesures nécessaires pour rétablir la sécurité et les droits de l'Iran, sur la base des engagements acceptés par les États-Unis dans le cadre de l'accord d'Islamabad, que Washington a par la suite violé. L'architecture juridique se met en place en temps réel. Chaque violation américaine est documentée, répertoriée et considérée comme un motif de future demande de réparations.

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À Achgabat, en marge du sommet de la CEI, M. Araghchi a rencontré le président Serdar Berdimouhamédov et le ministre des Affaires étrangères Rashid Meredov. Ces  rencontres étaient bilatérales dans leur forme, mais régionales dans leur fonction. M. Araghchi a présenté des exposés détaillés sur les derniers développements, les négociations et l'état de préparation des forces armées iraniennes.

"Nous avons présenté nos conditions et notre proposition, et tout dépend désormais de la clairvoyance politique de Washington",

a déclaré M. Araghchi. Les deux parties ont passé en revue les principaux projets économiques et pris des décisions concernant leur mise en œuvre.

"Nos relations avec le Turkménistan sont bonnes, étayées par de nombreux liens historiques, culturels, familiaux, politiques et économiques", a-t-il ajouté. "Les deux pays ont constamment fait preuve de la volonté politique de maintenir et de renforcer ces relations".

Cette visite n'était pas fortuite. Elle a démontré que, tandis que le détroit est fermé et que la voie diplomatique fonctionne à plein régime, l'architecture régionale se renforce simultanément. "Nos voisins sont notre priorité", a déclaré M. Araghchi, et cette affirmation n'est pas une platitude. C'est une déclaration stratégique. Les voisins constituent l'infrastructure du nouvel ordre. Ce sont les États grâce auxquels le "mécanisme d'Ormuz" sera mis en œuvre, les partenaires économiques permettant de contourner l'architecture des sanctions, et les alliés diplomatiques légitimant le cadre de sécurité post-américain.

Précisant la situation concernant les négociations indirectes, M. Araghchi a noté que les consultations se sont intensifiées compte tenu du caractère sensible de la situation, le Qatar et le Pakistan jouant un rôle très actif.

"Nous avons présenté nos conditions et notre proposition, et tout dépend désormais des décisions politiques de Washington", a-t-il déclaré. "Si Washington opte pour une diplomatie sérieuse, nous sommes prêts à nous engager. Mais s'il a l'intention de recourir à la tromperie ou à l'action militaire, il sera confronté à une riposte plus rude et plus sérieuse qu'auparavant".

L'expression "décision politique", plutôt que la "clairvoyance politique" utilisée auparavant, marque une escalade subtile. La clairvoyance implique une capacité de compréhension. La décision implique une capacité à agir. La partie iranienne a cessé de demander à Washington de comprendre. Elle lui demande désormais de se décider. La patience n'est pas infinie, mais elle n'est pas encore à bout pour l'instant. Elle est utilisées délibérément, par étapes de deux jours, selon un calendrier qatari, avec le détroit en garantie et la crédibilité de l'armée américaine en jeu.

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III. Les tambours, la poussière et les urnes : dix minutes, un canard boiteux et la poubelle

L' avertissement est venu d'une source inattendue. Tucker Carlson, qui a passé la majeure partie de l'année à osciller entre le porte-voix le plus fidèle de Trump et son critique le plus virulent, a publié sur X le 2 novembre une affirmation qui a attiré plus de quarante-huit millions de vues dès le lendemain matin : sous la pression de Netanyahu, l'administration Trump serait sur le point, d'ici quelques jours, de lancer une "frappe nucléaire" contre l'Iran. La cible, selon l'interprétation par Carlson des renseignements "israéliens", serait la montagne Pickax Mountain, dans le centre de l'Iran, qui, comme je l'ai évoqué dans mon  précédent article [Ndt : traduit en français], est imprenable par les armes conventionnelles de l'arsenal américain. La seule option militaire, a-t-il affirmé, est une frappe nucléaire.

Cette publication est soit une véritable fuite du renseignement, soit une mise en scène stratégique, destinée à faire pression sur l'administration pour qu'elle prenne une décision qu'elle n'a pas encore prise, et à tenter une fois encore d'imposer l'impossible : des concessions iraniennes. Compte tenu de ce que nous avons déjà observé, aucune de ces deux hypothèses n'est invraisemblable. Ce qui est invraisemblable, c'est la prémisse elle-même, qui exige du lecteur qu'il accepte qu'un gouvernement dont les propres fatwas interdisent explicitement la possession d'armes nucléaires ou chimiques soit pris en flagrant délit de violation de ces mêmes fatwas par des "services du renseignement israéliens", en train de les enfreindre.

Cette affirmation est structurellement incohérente. Elle exige que le destinataire ait déjà tiré sa conclusion avant même d'avoir lu le rapport. Et pourtant, "Israël" aurait partagé avec les États-Unis de prétendus "renseignements" selon lesquels l'Iran envisagerait d'utiliser des armes chimiques en cas de reprise des hostilités. Le Mossad et le gouvernement "israélien" mentent sur absolument tout. Ils le font depuis des décennies, avec une constance qui frôle le sublime. Et les médias occidentaux, à l'instar apparemment de Trump lui-même, gobent chaque mot comme une parole d'évangile. Le scénario est si prévisible qu'il cesse d'être un scénario pour devenir un genre à part entière. On attend du lecteur qu'il reconnaisse ce genre et qu'il se sente, sinon amusé, du moins résigné.

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Entre-temps, les revirements se poursuivent. Le 1er novembre, Trump  a déclaré aux journalistes que les négociations "se passent bien" et qu'il n'est pas "particulièrement pressé", mais que les États-Unis doivent tout de même "s'occuper" d'un ou deux sites nucléaires iraniens.

"On peut faire ça en dix minutes. On a tout prévu. Regardez Pickax Mountain. Il faut qu'on s'en occupe. On peut le faire très vite".

La phrase est prononcée avec le ton d'un homme décrivant une réparation de plomberie. Le lendemain, lors d'un entretien téléphonique avec Axios publié lundi, il a déclaré :

"D'une manière ou d'une autre, nous agirons, mais il n'y a pas d'urgence. Nous les avons mis à genoux financièrement. Ils n'ont ni argent, ni pétrole, et leur population en a vraiment marre".

Puis, au miroir d'eau du Lincoln Memorial, lorsqu'on lui a demandé ouvertement s'il reprendrait les attaques contre l'Iran après les élections de mi-mandat, il a répondu : "Non".

Un seul mot. Aucune précision. Aucune nuance. L'homme qui, le 24 octobre, avait déclaré à un groupe de journalistes : "Pensez-vous vraiment que je vais vous dire ce que je compte faire ? Il y a des chances que je le fasse", fait marche arrière une semaine plus tard pour se contenter d'une simple syllabe de négation. Ce mode opératoire n'est pas nouveau. C'est le mode de fonctionnement de cette présidence depuis le premier jour : menacer, faire marche arrière, menacer, faire marche arrière. La plupart des menaces ne mènent à rien. Pas toutes. Mais la plupart.

L'interview du Financial Times, publiée le 4 novembre, a ajouté un élément supplémentaire : "On dira qu'on obtient tout ce qu'on veut". Ces propos sont tenus par un homme dont l'armée a perdu cinquante-cinq drones, qui ne parvient pas à rouvrir un détroit toujours fermé, dont les prix de l'énergie s'élèvent à cent dix-sept dollars le baril, et dont le propre parti vient d'être débouté des deux chambres du Congrès. L'expression "obtenir tout ce qu'on veut" revêt une connotation particulière. Ce n'est pas un mensonge au sens où l'est une fausseté délibérée. C'est un mensonge du genre de celui d'un homme qui boit depuis trois jours et décrit son mariage à un chauffeur de taxi. Il le pense vraiment. Il s'est construit une réalité alternative où s'évader, une réalité où cette affirmation est vraie, et dont les fondements sont solides.

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La réponse de l'éternel éloquent Esmaeil Baqaei à la menace nucléaire a été  prononcée non pas lors de sa conférence de presse hebdomadaire, mais lors d'un événement à Téhéran intitulé "Affronter les États-Unis : hier, aujourd'hui et demain", un titre qui annonce d'emblée son ambition historiographique.

"Peut-être faut-il remonter 70 ou 80 ans en arrière pour trouver un mensonge aussi gros que la 'menace iranienne'",

a-t-il déclaré. La formulation est délibérée. Elle replace le dossier nucléaire non pas au présent de la politique de sécurité, mais au passé de l'histoire impériale.

"En tant que diplomate, j'insiste sur le caractère efficace et essentiel de la diplomatie. Parallèlement aux capacités défensives, elle doit être utilisée à bon escient pour préserver les intérêts nationaux".

La phrase est pondérée, presque douce, et c'est la déclaration la plus calme qui ait été prononcée dans la salle.

"La diplomatie vient compléter le champ de bataille et, à ce titre, devient l'instrument pour défendre les intérêts nationaux".

C'est le mot "compléter" qui fait toute la différence. Elle n'est pas une alternative au champ de bataille. Elle n'en est pas un substitut. C'est un complément, car elle coexiste dans la même phrase que le champ de bataille, selon la même grammaire, dans la même proposition. La confrontation, a déclaré Baqaei, n'est pas un différend temporaire. La nation iranienne ne l'a ni provoquée ni initiée.

"Dès le tout début, les Iraniens ont approché les États-Unis avec une bonne volonté sans faille, cherchant même à établir un contrepoids à l'influence coloniale britannique. Dans la pratique, cependant, ils se sont heurtés à l'hostilité de Washington".

Des expériences historiques répétées ont conduit le peuple iranien à conclure que le problème fondamental de Washington avec l'Iran va au-delà du système politique.

"Leur problème concerne l'Iran lui-même : sa géographie, l'Iran en tant qu'idée, en tant que concept, et en tant qu'entité historique dotée de capacités matérielles, humaines et spirituelles exceptionnelles".

L'expression "l'Iran en tant qu'idée" est la phrase la plus importante de toutes. Ce n'est pas une métaphore. C'est un diagnostic. La cible n'est pas un gouvernement. Ce n'est pas un régime. C'est une civilisation vieille de six mille ans, et cette civilisation a survécu à huit mois de guerre hybride, à un blocus naval, à des décennies de sanctions illégales et à une menace nucléaire - et elle est toujours là, toujours en train de penser, et continue d'écrire sa propre histoire.

"Ces huit derniers mois, la puissance historique et les atouts civilisationnels de l'Iran ont une nouvelle fois été confortés. La nation iranienne s'est appuyée sur sa profondeur spirituelle et historique ainsi que sur ses capacités de résistance, et elle a apporté la réponse adéquate".

Les ennemis n'ont pas réussi à contenir le pays et n'y parviendront pas à l'avenir, compte tenu des atouts et de l'expérience accumulés. La solidarité nationale, a décrit M. Baqaei, est un atout précieux qui garantira la poursuite du cheminement de l'Iran vers la dignité, le progrès et la grandeur.

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L'architecture juridique de cette riposte a été gérée avec le sang-froid méticuleux habituel de Kazem Gharibabadi, vice-ministre des Affaires étrangères chargé des affaires juridiques et internationales,  s'adressant aux journalistes lundi :

"Si le chef de l'État ou un responsable militaire ou politique d'un pays doté de l'arme nucléaire et partie au traité menaçait d'utiliser de telles armes, le régime du TNP perdrait toute crédibilité", a-t-il déclaré.

Cette phrase est à double sens. Elle ne dit pas que l'Iran ripostera. Elle dit que le traité lui-même s'effondre. Elle dit que le cadre juridique qui régit l'ordre de non-prolifération depuis 1970 devient caduc dès l'instant où un État doté de l'arme nucléaire menace d'utiliser ses armes contre un État non nucléaire. Et ensuite :

"L'Iran ne restera pas les bras croisés et ne se contentera pas d'engager des poursuites juridiques au niveau international si des armes nucléaires viennent à être utilisées contre le pays".

Il n'a pas les mains liées. Cette phrase n'est pas une menace. C'est simplement la description des faits.

C'est la différence entre un homme qui dit qu'il vous frappera si vous le frappez, et un homme qui dit que ses mains ne sont pas liées, ce qui est une affirmation sur l'absence de contraintes, et non sur la présence d'une intention. Gharibabadi a conclu par une phrase qui devrait être citée dans toutes les analyses ultérieures du cycle électoral américain :

"Nous prenons des décisions et agissons en fonction de ce que nous estimons être dans l'intérêt de notre pays et de sa sécurité nationale, sans nous laisser influencer par des facteurs externes".

Les facteurs externes, dans ce contexte, sont les élections américaines. Cette phrase ferme la porte côté iranien, et ce qui se trouve de l'autre côté de cette porte, ce sont les trois derniers chapitres de cet article.

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L'enquête menée par The Atlantic sur les rapports internes du Pentagone est le genre d'article à lire deux fois. La première lecture sert à découvrir les faits. La seconde, à déceler les silences. Le secrétaire à la "Mort et à la Destruction", Pete Hegseth, a systématiquement  déformé l'état d'avancement de la guerre auprès de Trump, la présentant sous ce qu'un conseiller a qualifié de "termes optimistes".

"Hegseth sait bien dire au président ce qu'il veut entendre", a déclaré ce conseiller à The Atlantic.

Cette phrase en dit long. Il ne s'agit pas d'une critique des compétences de Hegseth. C'est la description d'une boucle de rétroaction où la personne qui prend les décisions reçoit une version filtrée de la réalité, fabriquée par celle chargée de les mettre en œuvre.

Trump a commencé à sonder en privé ses alliés sur les performances de Hegseth et du général Dan Caine, président du Comité des chefs d'état-major interarmées, un comportement qu'il adopte avant de procéder à des changements de personnel. Tous deux figuraient parmi les voix les plus optimistes en public au début de l'opération "Epic Fury", lancée conjointement avec le régime terroriste "israélien" génocidaire le 28 février, et ont évité les conférences de presse depuis mai. L'opération a été présentée comme une campagne courte et décisive. Près de neuf mois plus tard, la guerre n'est toujours pas réglée. Au moins vingt-trois militaires américains ont trouvé la mort. L'Iran affirme que le bilan est bien plus lourd. Des milliers de personnes sont blessées. Les frappes de représailles iraniennes ont endommagé des centaines d'installations américaines et alliées, comme l'admet le rapport de l'inspecteur général du Pentagone lui-même.

Le blocus efficace autour du détroit d'Ormuz a fait grimper les prix de l'énergie à des niveaux qui font désormais l'objet du "vote" des consommateurs américains. Le départ récent du général de corps d'armée Brett Sylvia, principal responsable de la planification militaire au Pentagone, a mis en évidence ce chaos. Hegseth a contraint de nombreux officiers supérieurs à démissionner tout en privilégiant les objectifs de la "guerre culturelle" interne au détriment d'une stratégie cohérente. Le Pentagone a publié un démenti prévisible. Le porte-parole Sean Parnell a affirmé que ces informations sont fausses et a insisté sur les déclarations de Hegseth selon lesquelles il fournit une "vision opérationnelle exhaustive", qualifiant les suggestions contraires de "complètement fausses". Expression la plus honnête que le Pentagone ait dite depuis des mois, pour autant qu'elle s'applique à lui-même.

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Le général de brigade Alireza Sheikh, chef adjoint des affaires exécutives de l'armée iranienne,  a présenté cette évaluation stratégique lors d'une cérémonie à Téhéran mardi :

"La plus grande défaite militaire des États-Unis ne se définit pas uniquement par l'ampleur des pertes humaines ou matérielles. Elle réside plutôt dans l'effondrement de l'image de puissance qu'ils ont mis des années à bâtir grâce à une propagande intensive et à des dépenses militaires considérables".

Cette agression a infligé quarante-sept milliards de dollars de pertes directes au ministère de la Guerre. Cette guerre de quarante jours, imposée conjointement par les États-Unis et cet horrible État voyou génocidaire qu'est "Israël" - et qui a été déclenchée dans le but explicite d'apaiser "Israël" - visait à restaurer l'image des États-Unis en tant que superpuissance et à démontrer leur capacité à imposer leur volonté par la force militaire.

"Cependant, les récents développements sur le champ de bataille ont remis sérieusement en cause cette perception, révélant que la supériorité militaire américaine ne signifie pas nécessairement la réalisation d'objectifs politiques et stratégiques".

L'opinion publique mondiale, a déclaré Cheikh, en a conclu que la présence de bases et de troupes américaines dans divers pays ne peut apporter ni paix ni sécurité à la région, ni au monde. L'étendue de cette présence militaire - des centaines de bases, des dizaines de milliers de soldats - n'a pas assuré la sécurité qu'elle était censée apporter. Elle a produit l'effet inverse. L'image s'est effondrée. L'image est le produit. Le produit est brisé, irrémédiablement.

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Les élections de mi-mandat  ont achevé le travail. Les Démocrates ont ravi six sièges du Sénat détenus par les Républicains et au moins huit sièges à la Chambre des représentants, obtenant ainsi la majorité dans les deux chambres. Texas, Ohio, Caroline du Sud, Kansas, Caroline du Nord, Iowa, Maine. L'ampleur de la défaite importe moins que sa cause. Près de neuf électeurs sur dix ont considéré le coût de la vie comme un facteur majeur. Environ deux tiers ont reproché à Trump la hausse des prix. La guerre contre l'Iran, qui a fait flamber le prix du carburant, s'est avérée source importante de mécontentement.

Trump a passé toute sa campagne à supplier les électeurs de faire comme s'il figurait sur le bulletin de vote. Il a mené une campagne acharnée pour Paxton, pour Graham, pour une douzaine d'autres candidats battus portant son nom, bénéficiant de son soutien et de son invocation spécifique, personnelle, presque liturgique. Puis, lorsque les résultats sont tombés, il a écrit sur Truth Social :

"Je ne figurais pas sur le bulletin de vote mais si j'y avais figuré, nous aurions remporté une VICTOIRE ÉCRASANTE !"

Délirant jusqu'au bout.

La logique est un cercle vicieux qui ne se réfère qu'à lui-même. Il n'était pas candidat. Par conséquent, la défaite n'est donc pas la sienne. La défaite n'est donc pas un référendum à son sujet. Par conséquent, la défaite n'est pas une défaite. Cette phrase est comparable à celle d'un homme qui aurait mis le feu à sa maison puis se plaindrait que le détecteur de fumée est trop sensible.

Le vice-président n'a pas eu besoin qu'on lui explique ce cercle vicieux.

"Nous avons perdu à cause de la guerre. Le président lui-même l'a dit hier soir",  a écrit Vance sur X. "Si vous pensez que cela en valait la peine, que perdre le Sénat pour les six prochaines années en valait la peine, eh bien dites-le".

Cette phrase est extraordinaire de par sa provenance. C'est l'homme qui s'est présenté aux élections, qui a fait campagne, qui a été le successeur désigné, l'incarnation vivante de la continuité de l'administration, qui a confirmé publiquement, quelques heures après l'annonce des résultats, que la guerre en est la cause.

Pas un facteur contributif. Pas une variable de fond. La cause.

"Le principal problème, c'est que beaucoup de ceux qui ont voté pour Trump et Vance en 2024 ont voté pour les Démocrates en 2026",

a-t-il ajouté, comme si l'arithmétique de la trahison nécessitait une deuxième phrase pour être comprise. Le lobbyiste républicain Bill Miller a qualifié ce résultat de "rejet total et complet du président Trump" et de "catastrophe de première magnitude". De première magnitude. Cette expression relève de la sismologie, et elle est appliquée à une élection de mi-mandat ; le fait qu'elle soit employée par un lobbyiste plutôt que par un géologue en dit long sur l'ampleur de l'événement.

Donald Trump est désormais un "canard boiteux". Il a déclaré vouloir recourir aux décrets présidentiels pour gouverner face à un Congrès démocrate, ignorant ainsi l'ensemble du système juridique et politique américain de freins et contrepoids, comme il l'a fait tout au long de son mandat. Il dirige le pays, et tente de diriger le monde, tel un parrain de la mafia qui vient de perdre son territoire au profit d'un clan rival et déclare à présent à la presse que ce clan rival ne compte pas, car il n'était techniquement pas présent à la réunion.

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L'interview accordée à Fox & Friends, réalisée mardi avant la fermeture des bureaux de vote, a donné le ton de ses intentions post-électorales.

"Si jamais les Américains en ont marre de moi, je déménagerai en 'Israël' et deviendrai Premier ministre",

 a déclaré Trump. Cette phrase a été prononcée avec l'assurance particulière d'un homme qui vient d'être évincé du gouvernement de son propre pays et qui annonce son renoncement au concept de frontières nationales. Il est clair qu'il s'intégrera à merveille en Palestine occupée, où les frontières du soi-disant "État" colonial illégitime d'"Israël" restent éternellement non déclarées et ne cessent de s'étendre par le biais du génocide et du nettoyage ethnique.

"Israël est notre priorité n° 1. Nous leur donnons plus qu'à quiconque, et ils n'en ont plus besoin",

a-t-il déclaré, dans le même élan où il annonçait que Washington mettra fin, d'ici la fin de l'année, à son aide militaire annuelle de quatre milliards de dollars à "Israël", y compris le financement du Dôme de fer, largement inutile. Cette phrase est un chef-d'œuvre d'autocontradiction prononcé avec une telle sincérité que la contradiction en devient invisible. Il leur donne tout. Ils n'en ont plus besoin. Il leur retire tout.

Ces trois affirmations coexistent dans le même paragraphe sans se contredire. "Je dispose du pouvoir ultime, cela s'appelle le 'veto'", a-t-il déclaré, embrassant la perspective d'être connu sous le nom de "M. Veto". L'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire Trump c. Slaughter, qui, selon lui, a étendu l'autorité présidentielle sur les agences fédérales, a été sa base juridique pour gouverner en dépit d'un Congrès qui, désormais, n'appartient plus à son parti. L'architecture est claire. Le pouvoir exécutif devient le pouvoir législatif. Le pouvoir législatif devient un obstacle à gérer. Les tribunaux deviennent un outil à manier. Le système de freins et contrepoids, censé justement éviter une telle situation, est décrit par celui qui détient le droit de veto comme un atout personnel.

Le nouveau Congrès n'a pas attendu janvier. Quelques heures à peine après l'annonce des résultats, la  réponse était prête, et très précise. Adam Schiff a déclaré à son parti dans un message publié sur X que les Démocrates doivent se concentrer exclusivement sur

"la réduction des coûts, la fin des droits de douane et de la guerre en Iran, ainsi que le démantèlement des stratagèmes d'enrichissement personnel de Trump, qui ont fait grimper les prix".

La guerre figure dans la phrase. Ce n'est pas une note de bas de page. Ce n'est pas une subordonnée. Elle fait partie de la liste des priorités les plus urgentes, et cette liste constitue le programme. Il a fustigé les "politiques destructrices et la corruption" de Trump et a insisté sur la "réprimande décisive" que le peuple américain a infligée à Donald Trump.

Chris Van Hollen, connu pour son franc-parler, s'est montré plus direct.

"Les Démocrates ne doivent pas augmenter les dépenses pour continuer à financer cette guerre", a-t-il déclaré. "Elle est illégale, et nous devons veiller à ce que l'argent des contribuables ne serve pas à la poursuivre".

Le terme "illégal" a ici valeur juridique. Il ne s'agit pas d'une description éditoriale. C'est une affirmation qui sera examinée en commission, en sous-commission, lors de la procédure d'affectation des crédits, et devant les tribunaux. Et le fait qu'elle soit formulée par un sénateur en exercice quelques heures seulement après l'élection signifie que le cadre juridique permettant de supprimer le financement de la guerre est en train d'être mis en place en temps réel, la semaine même où les bellicistes tentent de provoquer une nouvelle vague d'attaques terroristes.

Van Hollen a aussi récemment qualifié cette guerre d'"illégale et insensée", affirmant que Trump et

"ses copains des grandes compagnies pétrolières ont engrangé cent trente milliards de dollars de bénéfices, tandis que les ménages américains ont déboursé plus de mille cent dollars en frais de carburant supplémentaires".

Ce chiffre est l'argument. Il ne nécessite aucune justification. Hakeem Jeffries, chef de file de la minorité à la Chambre des représentants, a qualifié ce résultat de "rejet clair et direct de l'extrémisme MAGA" et a déclaré que l'une des premières mesures à prendre - "sans même attendre le 3 janvier" - est que le président et son administration mettent fin à

"cette guerre de choix, imprudente et coûteuse, menée en Iran, qui a fait monter en flèche le prix de l'essence, des engrais et du diesel, et qui, par conséquent, a alourdi les dépenses des Américains ordinaires".

Cette triple flambée des prix n'est pas un effet rhétorique. C'est une description du mécanisme de fixation des prix. La guerre n'est pas un événement géopolitique abstrait. C'est une ligne sur un ticket de caisse de carburant, et c'est cette ligne que l'électeur a vue, et c'est pour cela qu'il a voté. Chuck Schumer, le chef de la minorité au Sénat, a prononcé sept mots décisifs : "Nous allons mettre fin à la guerre". Cette phrase résume toute la politique. Ce n'est pas une proposition. Ce n'est pas une recommandation. C'est une déclaration d'intention, prononcée par l'homme qui dirigera les commissions des crédits à partir de janvier, et ces quatre mots constituent la phrase la plus lourde de conséquences prononcée dans la politique américaine cette semaine-là.

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La  réponse de Mohammad Baqer Qalibaf, président emblématique du Parlement, a été brève et pragmatique.

"Par conviction ou par souci du coût de la vie, les Américains ont dit NON À LA GUERRE, et nous soutenons ce message"w, a-t-il publié sur X. w"Si le gouvernement américain trahit la volonté de son peuple pour servir les bailleurs de fonds et les maîtres chanteurs internationaux, il apprendra que notre NON s'accompagnera de Cauchemars".

Le mot "cauchemars" prend une majuscule. Ce n'est pas une faute de frappe. C'est une déclaration.

Et puis, de la bouche même du président, dans un moment de franchise inattendue : "Je pense que les Démocrates ont fait du bon travail, vraiment", a déclaré Trump à Fox News. "Ils se sont battus avec acharnement". Il a cherché à prendre ses distances du mauvais résultat de son parti, insistant sur son refus de "prendre cela comme une attaque personnelle".

Cette phrase constitue le dernier maillon de la boucle. Les Démocrates ont fait du bon boulot. Ils se sont bien battus. Ce n'était pas une attaque contre moi. Je ne figurais pas sur les bulletins de vote. Ces quatre affirmations, prononcées au cours du même cycle d'actualité, constituent une philosophie politique à part entière. L'ennemi s'est bien débrouillé. Le succès de l'ennemi ne m'était pas destiné. Je ne suis pas présent dans l'événement décrit.

L'homme qui a menacé de balancer une bombe nucléaire sur une montagne, qui a déclaré au monde entier qu'il allait agir d'une manière ou d'une autre, et que la guerre illégale contre le terrorisme n'est "pas vraiment une guerre". Qui a annoncé qu'il allait devenir Premier ministre d'un "État" voyou occupant qu'il vient de priver de financement, qui revendique un taux de popularité de 99 % dans une nation illégitime alors qu'il n'atteint que 34 % dans son propre pays, qui a perdu les deux chambres du Congrès et déclaré que cette défaite n'avait aucune importance puisqu'il n'était techniquement pas candidat, n'est pas un homme politique. C'est un showman. Et ce show, pour la première fois en quatre ans, incite le public à quitter la salle. Le détroit est toujours fermé. Les drones continuent de tomber. Les quarante-sept milliards sont toujours inscrits au grand livre. Et l'homme qui a déclaré "on va faire ça en 10 minutes" peut désormais compter sur un Congrès capable de faire, en dix minutes, ce qu'il lui a fallu dix minutes pour menacer de faire, c'est-à-dire rien.

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IV. L'architecture sous le détroit : trois piliers, un accord de swap de devises et l'ordre qui survivra à la guerre

La  rencontre à Pékin n'était pas une surprise. C'est ce qui lui a donné toute son importance. Ali Bagheri Kani, secrétaire adjoint du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, était assis face à Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, le lundi 2 novembre, et les deux hommes ont évoqué la guerre, l'assassinat, le détroit et la diplomatie censée y mettre fin. Le ton était formel. Le fond, lui, ne l'était pas. Bagheri Kani a dénoncé l'agression des États-Unis israélienne"et le meurtre du grand ayatollah Seyyed Ali Khamenei et des membres de sa famille comme un crime de guerre"inoubliable", soulignant que de telles atrocités ne doivent pas être autorisées à se reproduire.

Le mot "inoubliable" est choisi avec soin. Il ne signifie pas "choquant". Il ne signifie pas simplement "douloureux". Il signifie que l'événement est entré dans les annales de la civilisation et ne sera pas soumis à l'oubli habituel des mémoires politiques. Il sera enseigné. Il sera cité. Il constituera le point de référence à l'aune duquel toute future initiative diplomatique américaine ou "israélienne" sera évaluée, et jugée insuffisante.

"La position de Téhéran concernant la défense de sa sécurité nationale, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale reste inchangée, et l'Iran ne fera aucun compromis sur ces points",

a-t-il déclaré. Cette phrase n'est pas une menace. C'est la description d'une situation qui existait avant l'administration actuelle, avant la guerre actuelle et avant la fermeture actuelle du détroit. C'est le genre de phrase que l'on répète non pas parce qu'il faut la répéter, mais parce que la répétition est le but recherché. La position ne change pas. La position n'a pas besoin de changer. La position, c'est la civilisation. Et elle a six mille ans.

La réponse de Wang Yi a été calibrée avec une précision qui reflète les fondements de cette relation. La Chine soutient l'Iran dans ses efforts pour préserver sa souveraineté et sa sécurité. Les conflits en Asie occidentale peuvent être résolus par le dialogue et les négociations. Toutes les parties doivent privilégier les solutions politiques plutôt que de recourir aux armes. Le langage est diplomatique dans sa forme, mais son contenu stratégique constitue un soutien explicite. C'est Pékin qui fait savoir à Washington, par le biais d'une rencontre bilatérale avec Téhéran, que la position chinoise sur la guerre n'est pas la neutralité. C'est un alignement.

Cet alignement n'est pas militaire. Il n'est pas, à ce stade, économique au sens où il pourrait déclencher une riposte sous forme de sanctions secondaires. Il est diplomatique, il est structurel, et il se constitue par couches successives qui survivront à l'administration actuelle pendant des décennies. À l'issue de la rencontre, Bagheri Kani a déclaré aux médias que la Chine soutient l'approche diplomatique de l'Iran, et que les deux pays partagent une perspective commune tant sur les questions diplomatiques que sur la question de la guerre dans la période à venir. L'expression "perspective commune" a ici la valeur de traité. Il ne s'agit pas d'une déclaration d'accord sur une question spécifique. C'est une affirmation selon laquelle les deux capitales lisent la même carte.

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La dimension multilatérale s'est manifestée le même jour, dans la même ville, avec des acteurs différents. Xi Jinping a rencontré le sultan omanais Haitham bin Tariq Al Said et a prononcé une  déclaration qui tient moins du discours que d'un principe constitutionnel : la région

"ne doit pas devenir une arène de rivalité entre grandes puissances et de conflit géopolitique. La paix et la stabilité dans la région nécessitent d'être cultivées et protégées conjointement par toutes les parties".

L'expression "cultivées conjointement" est inhabituelle dans le langage diplomatique. Elle implique un processus, et non un événement. Elle implique que la stabilité n'est pas quelque chose qui s'impose par la projection de puissance. C'est quelque chose qui se cultive, dont on prend soin et que l'on préserve. Il s'agit d'un langage agraire appliqué à une architecture de sécurité, et ce choix est délibéré.

La déclaration commune en 20 points publiée par Pékin et Mascate a appelé à des solutions pacifiques au conflit, à la mise en œuvre du protocole d'accord d'Islamabad et à la reprise du dialogue. L'envoyé spécial de la Chine au Moyen-Orient, Zhai Jun, se rendra en Iran, à Oman, et en Arabie saoudite ce mois-ci. Les quatorze accords de coopération signés lors de la visite à Oman, portant sur l'intelligence artificielle, les énergies vertes, les chaînes d'approvisionnement et un accord monétaire, constituent l'infrastructure qui donne corps au discours diplomatique. L'accord monétaire est le plus important de ces quatorze accords. C'est le mécanisme permettant de contourner le dispositif de sanctions, pas par le biais d'une transaction ponctuelle, mais grâce à un cadre institutionnel permanent. Le sultan Haitham, pour sa part, a salué les positions de la Chine sur des questions clés concernant la région.

"Nous pensons que le développement et la stabilité sont inextricablement liés. La prospérité des nations nécessite un environnement marqué par la sécurité, la paix, le respect de la souveraineté des États et le respect du droit international, un environnement où les différends sont résolus par des moyens pacifiques".

La voix omanaise dans cette architecture n'est pas fortuite. Oman est le médiateur qui opère dans l'ombre des négociations entre l'Iran et les États-Unis depuis des décennies. Sa présence dans la déclaration de Pékin, ses quatorze documents, son accord monétaire, constituent le lien entre la vision stratégique chinoise et les États du Golfe dont l'Iran a besoin en tant que partenaires économiques.

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Ce contexte est essentiel pour comprendre pourquoi les réunions de novembre se déroulent dans cette configuration particulière. Lorsque Abbas Araghchi a rencontré Wang Yi à Pékin en mai, le ministre chinois des Affaires étrangères a décrit la Chine comme un "partenaire stratégique digne de confiance" pour l'Iran et a affirmé le "droit légitime de Téhéran à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire". Araghchi, pour sa part, a informé Wang des derniers développements dans les pourparlers entre l'Iran et les États-Unis et a qualifié la guerre contre l'Iran

d'"un acte d'agression flagrant et une violation manifeste du droit international". Il a déclaré que Téhéran fera"tout son possible pour protéger ses droits et intérêts légitimes dans le cadre des négociations"et n'acceptera qu'"un accord équitable et global".

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Cette  rencontre de mai a établi les bases. Celle de septembre a apporté l'architecture politique. La vision en quatre points de Xi, détaillée lors d'une rencontre avec le président égyptien El-Sissi au Caire, appelait à une sécurité commune, globale, coopérative et durable. Les peuples du Moyen-Orient, a-t-il déclaré, sont les "maîtres de leurs propres destinées". Qalibaf a salué ce projet, affirmant que les pays de la région doivent prendre en main leur propre sécurité et leur avenir, et qu'une stabilité durable ne peut être obtenue par le biais d'arrangements imposés par des puissances extérieures.

Cette convergence n'est pas accidentelle. Le "mécanisme d'Ormuz" d'Abdollahi évoqué la semaine précédente, sa déclaration selon laquelle l'Iran s'est imposé comme le "quatrième pôle de pouvoir", sa "doctrine de création d'ordre formulée à partir d'une position de force", constituent l'expression iranienne du même principe que celui que Xi articule depuis Pékin. Une architecture de sécurité endogène. Le rejet de toute ingérence extérieure. Le détroit comme pivot autour duquel s'articule le nouvel ordre.

Les deux formulations diffèrent dans leurs priorités. La version iranienne est plus conflictuelle, plus explicite dans son rejet du rôle américain. La version chinoise est plus institutionnelle, davantage axée sur le processus de construction que sur l'acte de démantèlement. Mais l'objectif est le même, et que deux capitales aux cultures stratégiques très différentes parviennent simultanément à la même conclusion constitue l'évolution diplomatique la plus significative dans la région depuis la Révolution islamique.

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Le pilier russe a été renforcé ce même lundi. Le général de division Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale,  s'est entretenu au téléphone avec Vladimir Poutine. La conversation a porté sur les derniers développements régionaux et internationaux, avec un accent particulier sur l'Asie occidentale. Poutine a présenté ses sincères condoléances à Pezeshkian et à la nation iranienne pour le martyre de l'ayatollah Khamenei et de sa famille lors de l'attaque terroriste américano-"israélienne"contre Téhéran le 28 février. Il a été le premier dirigeant étranger à féliciter l'ayatollah Mojtaba Khamenei pour sa nomination en tant que nouveau Guide de la Révolution islamique.

La succession de ces deux actes, les condoléances suivies des félicitations, est un message en soi. Elle montre que l'assassinat du Guide n'a pas brisé l'État. Il n'a pas créé de vide. Il n'a pas engendré l'instabilité sur laquelle tablaient l'Amérique et "Israël" dans leurs calculs stratégiques. L'État a continué de fonctionner. La succession a eu lieu. Ils ont tué Khamenei pour provoquer un "changement de régime" - et non seulement ils ont obtenu un nouveau Khamenei, mais une version plus intransigeante encore, dont ils venaient d'assassiner le père de sang-froid. Il faut bien reconnaître l'ironie exquise de la situation. Le nouveau Guide a été reconnu, et le premier dirigeant étranger à lui accorder cette reconnaissance a été celui-là même qui a signé un traité de partenariat stratégique global d'une durée de vingt ans avec le pays dont le Guide venait d'être assassiné.

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Ce traité, signé à Moscou le 17 janvier 2025 et officiellement entré en vigueur en octobre 2025, constitue l'architecture juridique qui fait de cet appel téléphonique bien plus qu'une simple marque de courtoisie. Il s'agit de la concrétisation d'un engagement qui survivra à la guerre actuelle, à l'administration actuelle et probablement au Congrès actuel. Pezeshkian a rencontré Poutine à Moscou le 27 octobre, lors d'une rencontre au cours de laquelle il a déclaré que les acteurs régionaux peuvent résoudre les questions locales sans dépendre des États-Unis. Poutine a souligné une augmentation de 10,4 % des échanges bilatéraux au cours des huit premiers mois de 2026, parallèlement aux travaux de construction en cours à la centrale nucléaire de Bushehr. Araghchi, à l'issue du sommet Russie-Afrique, a déclaré que jamais dans l'histoire de l'Iran les deux pays n'ont collaboré aussi étroitement qu'aujourd'hui.

Les trois piliers sont en place. La Chine, qui fournit l'architecture multilatérale et l'infrastructure économique. La Russie, qui fournit le traité stratégique et la garantie de sécurité. Et les médiateurs régionaux, le Qatar, Oman, le Pakistan, assurent le canal diplomatique par lequel la partie américaine est gérée, contenue et, lentement, méthodiquement, remplacée. Le détroit est toujours fermé. Les drones continuent de tomber. Les quarante-sept milliards figurent toujours dans les comptes. Et derrière tout cela, dans une salle à Pékin et au bout du fil à Moscou, l'architecture de l'ordre post-américain se met en place, une réunion, un document, un contrat monétaire à la fois. Ce n'est pas spectaculaire. Ce n'est pas tapageur. Cela ne nécessite ni Chinook ni avion de chasse pour prouver son existence. Cela ne nécessite que de la patience, et la patience d'une civilisation qui attend depuis très longtemps cette configuration particulière de l'ordre mondial.

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V. Le massacre et la piste d'atterrissage : 101 frappes, une base de données de cibles et le pacte qui est allé à Téhéran

Cent une frappes en vingt-quatre heures. C'est le chiffre que le général de brigade Yahya Saree, porte-parole des forces armées yéménites,  a publié mercredi 28 octobre, et ce n'est pas un chiffre qui nécessite du contexte pour être compris. C'est un chiffre qui exige du lecteur qu'il marque une pause, qu'il le regarde et qu'il accepte ce qu'il signifie en termes concrets. Cent un actes de violence distincts, répartis dans neuf provinces, en une seule journée. Sanaa, al-Jawf, Hajjah, Saada, Amran, al-Mahwit, Taizz, Dhale, Lahij. Le bilan cumulé depuis juillet s'élève à trois mille quatre cent quatre-vingts. Ces frappes ne sont pas chirurgicales. Elles ne sont pas calibrées. Elles ne visent pas, au sens propre du terme, des cibles militaires. Elles visent des marchés, des stations-service, des quartiers résidentiels, les infrastructures de la vie civile, et elles les visent avec une régularité qui suggère que ce ciblage n'est pas une erreur de précision, mais une caractéristique de la doctrine.

Le marché d'al-Hazm, dans la capitale de la province d'al-Jawf, a été frappé par plusieurs frappes aériennes mercredi. Une autre frappe a touché la station-service al-Tayseer située à proximité. Les habitants ont souligné que la zone visée était civile et n'abritait aucune installation militaire. Des témoins ont décrit des morceaux de corps éparpillés dans la zone, des civils blessés attendant une assistance médicale, des familles cherchant leurs proches disparus. Certaines victimes sont restées coincées sous les décombres. Quatorze civils ont été tués. Quinze ont été blessés. Trois des victimes étaient des enfants. Deux étaient des femmes.

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Deux jours plus tard, le marché d'al-Makh'af, dans la province de Ta'izz, a été  frappé. Huit morts. Des dizaines de blessés. La frappe d'al-Makh'af est survenue quarante-huit heures après que le marché d'al-Wazi'iyah, dans la même province, eut été touché, faisant six blessés, dont des enfants. Trois frappes sur des marchés dans une même province en une semaine. Le ministère yéménite des Droits de l'homme a invoqué l'article 52 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève et l'article 8 du Statut de Rome. Le ministère a qualifié les attaques contre les marchés et les commerces de politique de famine et de punition collective. Le langage est juridique, la loi est violée en temps réel, et cette référence n'est pas une menace. C'est un constat. Ce constat est consigné. Il sera exploité.

Ces bombardements sont survenus moins de quarante-huit heures après les pourparlers de cessez-le-feu au palais de Saadabad à Téhéran, organisés par Mohsen Rezaei, avec Masoud Pezeshkian et Abbas Araghchi comme médiateurs au nom d'Ansarallah, qui ont échoué le 27 octobre. Les pourparlers ont été brefs, et leur échec n'a surpris aucun de ceux qui suivaient le déroulement des opérations. On ne mène pas cent une frappes en une journée pour ensuite s'asseoir à la table des négociations. Soit on négocie, soit on frappe. On ne fait pas les deux à la fois. Le bureau politique d'Ansarallah, pour sa part, n'a pas mâché ses mots :

"L'insistance de la Maison des Saoud à massacrer des musulmans innocents montre clairement que le régime de Riyad n'a aucun lien avec l'islam. L'attaque contre un marché public révèle la malveillance profondément enracinée de l'Arabie saoudite envers la nation yéménite, ainsi que son intention délibérée de lui infliger le plus grand préjudice possible", a déclaré Mohammed al-Bukhaiti, un membre éminent du bureau.

L'expression "aucun lien avec l'islam" est celle qui sera longtemps citée à Sanaa. Il ne s'agit pas d'un argument théologique. Il s'agit d'une rupture politique. C'est le mouvement qui dit à sa propre population que le royaume de l'autre côté de la frontière, celui qui se présente comme le gardien des deux lieux saints, a été dépouillé de la seule légitimité qui lui conférait quelque crédibilité aux yeux du peuple qu'il bombarde. Cette rupture est délibérée. Elle est stratégique. C'est le genre de phrase qui, une fois prononcée, ne peut être effacée, et qu'elle ait été prononcée par un membre du bureau politique plutôt que par un porte-parole militaire signifie qu'elle a été choisie, et non improvisée.

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La dimension interne de la guerre s'articule autour d'un axe distinct. Les forces de Sanaa  ont pris pour cible l'aéroport international d'Aden avec plusieurs missiles le mercredi 28 octobre. Le déclencheur a été un avion de fret militaire transportant une importante cargaison de munitions qui venait d'atterrir à l'aéroport. Cette attaque était la sixième contre l'aéroport d'Aden en l'espace de quelques jours, selon le ministère yéménite des Transports, qui a mis en garde contre les risques croissants pour la sécurité de l'aviation civile. Avant les frappes, Saree a lancé ce qu'il a qualifié d'avertissement final, appelant les personnes présentes à l'aéroport à évacuer immédiatement les lieux. L'aéroport a suspendu ses activités avant de les reprendre le lendemain.

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Cet aéroport constitue la principale porte d'entrée du soi-disant "gouvernement internationalement reconnu" - celui qui opère depuis un  hôtel à Riyad - et les frappes répétées dont il fait l'objet, précédées d'avertissements, avec des suspensions et des reprises d'activité selon un cycle qui s'est désormais répété six fois, ne constitue pas une opération militaire au sens conventionnel du terme. C'est une démonstration de portée. C'est une affirmation selon laquelle le faux gouvernement qui prétend gouverner depuis Aden ne contrôle pas son propre aéroport, ne contrôle pas son propre espace aérien et ne contrôle pas les conditions sous lesquelles sa propre population entre et sort du pays. Ansarallah s'est avancé à moins de quatre-vingts kilomètres d'Aden le 2 novembre, et les frappes contre l'aéroport sont le prélude à une question à laquelle personne à Riyad ne veut répondre à voix haute.

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La  réponse diplomatique est venue dimanche 1er novembre, du ministère yéménite des Affaires étrangères et des Expatriés.

"Ces crimes et attaques incessants ne resteront pas impunis et entraîneront à coup sûr des ripostes douloureuses qui frapperont au cœur de l'Arabie saoudite, en particulier les installations de ceux qui financent l'agression", a déclaré le ministère."Le ciblage incessant d'installations civiles fera de toutes les infrastructures vitales et critiques situées en Arabie saoudite une base de données de cibles que les forces armées yéménites pilonneront en représailles".

L'expression "base de données de cibles" n'est pas une métaphore. Elle décrit un processus. Les cibles sont en cours d'identification, de catalogage et de stockage. La riposte n'est pas une promesse. C'est un calendrier.

Les forces armées yéménites utilisaient déjà des drones de reconnaissance et de frappe Rajoum, de fabrication locale, pour cibler les concentrations militaires et les véhicules saoudiens sur plusieurs fronts. Sept personnes ont été blessées lorsque des frappes aériennes saoudiennes ont touché le terminal pétrolier de Ras Isa, sur la côte de la mer Rouge, dans la province de Hodeïda. Plusieurs civils ont été blessés lorsque des gardes-frontières saoudiens ont ouvert le feu sur un quartier résidentiel du district de Shada'a, à Sa'ada. L'escalade s'est amorcée après que l'Arabie saoudite a bombardé l'aéroport international de Sana'a en juillet. Les forces armées yéménites ont riposté en attaquant des aéroports, des installations pétrolières et des pétroliers saoudiens en mer Rouge, et en appliquant une politique de "blocus contre blocus". Cette symétrie n'est pas fortuite. Elle relève de la doctrine. Vous bombardez notre aéroport, nous bombardons le vôtre. Le taux de change est de un pour un, et la monnaie d'échange sont les infrastructures civiles.

⬆ Yemeni Armed Forces footage of precision strikes on Saudi targets ⬆

La campagne de drones menée pendant les quarante-huit heures qui ont suivi a été la plus intense à ce jour. Les Forces armées yéménites  ont lancé des attaques contre l'aéroport international du roi Fahd à Dammam en deux phases distinctes, à l'aide de deux drones, perturbant ainsi le trafic aérien. Une installation radar d'alerte précoce à Jizan a été touchée de plein fouet. Un avion de transport militaire à l'aéroport international du roi Abdallah ben Abdelaziz à Jizan a été visé. Saree a confirmé que les opérations ont atteint leurs objectifs. Cent neuf frappes aériennes ont touché des sites à Sa'ada, Ta'izz, Lahij, al-Jawf et Hudaydah au cours des vingt-quatre dernières heures, faisant des victimes parmi la population civile. Les appareils ayant mené ces raids ont été identifiés : des avions de combat F-15SA et Eurofighter Typhoon appartenant à l'armée de l'air royale saoudienne, ayant décollé de la base aérienne du roi Khalid près de Khamis Mushait et de la base aérienne du roi Fahd à Taïf.

Le bilan cumulé des frappes aériennes et des tirs de missiles depuis juillet s'élève à trois mille neuf cent trente-neuf. Des informations faisant état de perturbations à l'aéroport de Dammam circulaient déjà avant l'annonce officielle. Le 31 octobre, les activités aériennes auraient été suspendues, empêchant plusieurs vols en approche d'atterrir. Le 2 novembre, aucun vol n'avait atterri dès le début de la matinée. La coalition dirigée par l'Arabie saoudite a par ailleurs signalé avoir intercepté un missile balistique et un drone au-dessus de la région sud le 1er novembre, ainsi que deux drones au-dessus de Riyad. Les quelques interceptions réussies sont rapportées. Les dégâts massifs causés par la multitude de frappes réussies ne le sont pas. Cette asymétrie dans la couverture médiatique constitue en soi un élément d'information.

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Le  communiqué de l'agence Saba, publiée mardi 3 novembre, a apporté des détails opérationnels que les agences de presse occidentales ne relayeront pas. Saree a annoncé que les forces armées yéménites ont pris pour cible des dépôts d'armes et des concentrations de troupes ennemies saoudiennes dans les régions de Midi et d'Al-Qambour. "Par la grâce d'Allah, l'opération a visé les dépôts d'armes et les concentrations de troupes à l'aide de plusieurs drones", a-t-il déclaré. Les zones visées étaient placées sous le commandement de l'officier saoudien Malham bin Shannar Al-Qahtani, commandant de la Force de Jizan.

Les frappes ont été précises et directes, faisant des morts et des blessés parmi les effectifs ennemis et entraînant la destruction de plusieurs dépôts d'armes. La mention du nom de cet officier est significative. Il ne s'agit pas d'une référence générique aux forces saoudiennes. Il s'agit d'un individu précis, occupant un poste de commandement précis, dans un lieu précis, et que son nom soit publié dans un communiqué de Saba signifie que le ciblage n'est pas aléatoire. Il est de nature administrative. La structure de commandement est cartographiée, un nom à la fois, et ces noms sont enregistrés dans la même base de données que les marchés, les stations-service et les aéroports.

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Puis, le lundi 2 novembre, le Pacte de La Mecque s'est rendu à Téhéran.

Le ministre saoudien de la Défense, Khalid bin Salman, le chef d'état-major de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et le chef des services du renseignement turcs, Ibrahim Kalin, sont arrivés dans la capitale iranienne pour des  entretiens avec le président Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Araghchi et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaei. Cette visite a été initiée par Munir, qui a informé Téhéran de la décision des trois pays lors d'un déplacement en Iran la semaine précédente. L'Alliance de défense de La Mecque, entrée en vigueur le 7 août 2026 entre le Pakistan, l'Arabie saoudite et la Turquie, a dû faire face à deux défis simultanés à peine deux mois après sa création. Elle a dû démontrer sa capacité à contrer les attaques en provenance du Yémen tout en empêchant ses membres d'être entraînés dans une éventuelle guerre terroriste menée par les États-Unis et "Israël" contre l'Iran. Ces deux contraintes ont poussé l'alliance à solliciter l'aide de Téhéran. Abbas Arghchi avait lancé à plusieurs reprises des appels proposant son aide, mais en vain. Il semble que la campagne yéménite, et plus précisément sa précision ainsi que l'ampleur des destructions infligées aux infrastructures saoudiennes, aient provoqué un revirement de la part du régime arabe agressif.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré que cette visite avait pour objectif de désamorcer la crise actuelle, d'encourager le dialogue et les solutions diplomatiques, et de soutenir les efforts de médiation du Qatar et du Pakistan. La préoccupation la plus immédiate, cependant, reste l'escalade du conflit entre Riyad et Sanaa. Après douze ans d'un brutal  siège saoudien sur le Yémen, Ansarallah a ordonné aux forces armées yéménites de mener une riposte audacieuse et spectaculaire, qui s'est traduite par des avancées rapides ayant permis de libérer de vastes portions du territoire yéménite occupé.

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Après s'être emparé du détroit de Bab al-Mandab, Ansarallah a lancé des attaques de grande envergure contre les principaux aéroports saoudiens, en particulier l'aéroport international King Khalid de Riyad, ainsi que sur des bases militaires et des installations énergétiques. L'Arabie saoudite a riposté par des dizaines de frappes aériennes. Riyad, membre clé du Pacte de La Mecque, s'attendait à ce que le mécanisme de défense collective de l'alliance se déclenche, le Pakistan et la Turquie venant à son secours. Les deux pays ont émis des réserves quant à une intervention directe en raison des conséquences potentielles sur leurs propres intérêts, mais le Pacte lui-même est très clair dans sa formulation. Il s'agit d'un pacte de défense. Les alliés de l'Arabie saoudite n'attaqueront pas le territoire souverain yéménite, mais ont fourni au Royaume un matériel de défense accru. Cependant, compte tenu de l'inefficacité apparente de cette aide pour contrer l'offensive yéménite, la partie saoudienne commence à considérer cet accord comme rien de plus que des mots sur le papier.

L'expression "rien de plus que des mots sur le papier" est la phrase la plus importante de ce paragraphe. Elle n'est pas prononcée par la partie yéménite. Elle n'est pas prononcée par une figure de l'opposition ni par un détracteur. Il s'agit de l'évaluation de la situation telle qu'elle est perçue par l'État qui a signé le pacte, l'État qui fait l'objet de vives critiques en raison de ses actes de terrorisme persistants au Yémen, l'État qui s'attendait à ce que ses deux alliés activent la clause de défense collective pour faire la différence - et qui a constaté que cette clause n'est, en pratique, qu'une suggestion idéalisée. La délégation tripartite avait un objectif clair : utiliser l'influence de l'Iran pour persuader Ansarallah de mettre fin à ses attaques. Lors de sa précédente visite, Munir avait directement demandé aux responsables iraniens d'utiliser leurs relations avec le mouvement pour atteindre cet objectif. L'Iran, comme on le sait, avait déjà proposé son aide. L'envoi de Munir pour initier une nouvelle démarche témoigne des progrès de la résistance yéménite.

Cette demande revient à reconnaître implicitement que le Pacte de La Mecque ne peut à lui seul résoudre la crise yéménite, et que même de solides accords de défense collective risquent de s'avérer inefficaces sans la coopération iranienne. L'Iran peut certes influencer Ansarallah grâce à ses liens avec le mouvement, mais cela ne signifie pas pour autant que ce dernier reçoive ses ordres de Téhéran ou qu'il accepte sans conditions un accord conclu par quatre gouvernements. Ansarallah défend ses propres intérêts nationaux et régionaux et formule ses propres revendications. Même si la délégation a sollicité l'aide de l'Iran pour endiguer les combats actuels, un résultat positif nécessiterait des pourparlers directs ou indirects avec Ansarallah lui-même, la reconnaissance du mouvement en tant que gouvernement légitime du Yémen, ainsi que des efforts pour s'attaquer aux racines politiques de la crise yéménite et y remédier. L'occupation du Yémen par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis elle-même.

Ali Bagheri, secrétaire adjoint du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a déclaré que l'Iran et les trois pays en visite pourraient collaborer pour mettre en place un système de sécurité régional autonome, en s'appuyant sur ce qu'il a qualifié d'expérience réussie de l'Iran en matière de préservation de la sécurité nationale pendant la guerre récente. Pezeshkian a indiqué aux trois visiteurs que Téhéran soutiendrait tout accord susceptible de renforcer la sécurité régionale, et a exprimé la volonté de son pays de prendre des mesures en faveur de la coopération régionale et du règlement des différends. La confrontation entre Ansarallah et l'Arabie saoudite ne peut être dissociée du conflit entre Iran et États-Unis. Ces deux crises se déroulent dans le même contexte régional.

La volonté de Téhéran de contribuer à apaiser les tensions au Yémen est avérée, mais la portée réelle de cet engagement reste incertaine tant que la guerre menée par les États-Unis et "Israël" contre l'Iran n'aura pas pris fin. Les responsables iraniens ont insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de mettre un terme au conflit sur tous les fronts de la région. La deuxième raison, plus stratégique, de cette visite dans le cadre du Pacte de La Mecque réside dans l'inquiétude croissante face à une nouvelle attaque américano-"israélienne" contre l'Iran. De nombreux rapports suggèrent que Washington et Tel-Aviv se préparent à ce qui constituerait un troisième volet de la guerre d'agression illégale et non provoquée actuellement en cours. Selon son intensité et la riposte de l'Iran - que les responsables iraniens ont qualifiée de bien plus destructrice et potentiellement " apocalyptique" -, un tel conflit pourrait avoir des conséquences de grande envergure pour les pays de toute la région, y compris les membres du Pacte de La Mecque. La visite de la délégation avait également pour but de créer une marge de manœuvre diplomatique et de réduire le risque d'erreur d'appréciation.

L'ironie de la situation est totale. Le pacte a été signé le 7 août. Il était destiné à protéger l'Arabie saoudite de la menace yéménite. Deux mois plus tard, cette menace n'a pas été maîtrisée. La clause de défense collective n'a empêché ni la riposte yéménite à l'agression saoudienne, ni les dégâts qui en ont résulté. Le royaume qui a signé le pacte se trouve désormais à Téhéran, demandant au pays dont il a rejeté les avances de dialoguer avec le mouvement qu'il bombarde depuis plus d'une décennie et qu'il n'arrive toujours pas à endiguer. L'avion Hercules qui a transporté ben Salmane à Téhéran est du même type que ceux que les forces armées yéménites ont pris pour cible à Aden. Le milliard de dollars qui aurait été embarqué à bord de l'avion correspond au montant des frappes saoudiennes qui détruisent les marchés yéménites. Le détroit est toujours fermé. Les drones continuent de voler. Et les hommes qui ont signé le pacte en août se trouvent désormais dans la même pièce que ceux qui ont fermé le détroit, leur demandant de faire cesser les appels téléphoniques. Le marché d'al-Jawf n'est encore qu'un tas de décombres. Les enfants sont toujours ensevelis sous les gravats. La base de données des cibles ne cesse de s'étoffer. Et les mots couchés sur le papier ne sont encore que des mots.

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VI. La confession, la maison de verre et la fracture : un certificat de décès, des regrets passe-partout et la directive qui a causé sa perte

La vidéo a été diffusée le matin de l'opération "Rising Lion", le 13 juin 2025, et portait le logo du Mossad. L'ancien chef du Mossad, David Barnea, qui a dirigé l'agence de 2021 à juin 2026, en a  expliqué les raisons lors de la conférence Priority Summit.

"L'une des raisons pour lesquelles nous avons immédiatement diffusé une vidéo officielle le matin de l'opération Rising Lion, avec le logo du Mossad : protéger les agents infiltrés sur place",

a-t-il déclaré. Cette stratégie délibérée aurait, selon lui, porté ses fruits.

Des dizaines d'agents ont été déployés en Iran plusieurs semaines avant l'opération, chacun ayant reçu son feu vert personnel. Les extraits sélectionnés dans les vidéos ont montré les agents en train de commettre des actes de sabotage, leurs visages dissimulés. Des images plus détaillées prises par des passants iraniens les ont montrés en train de provoquer pour faire de manifestations pacifiques des émeutes et de tirer au hasard sur des civils non armés. L'objectif de la diffusion de ces images par le Mossad n'était pas d'informer le public iranien. Il s'agissait de s'assurer que la riposte des services de contre-espionnage serait si aveugle, si accablée par le nombre d'arrestations, que les véritables agents deviendraient impossibles à distinguer de la population.

"Nous voulions nous assurer qu'ils arrêteraient tellement de monde en Iran qu'ils ne pourraient plus séparer le bon grain de l'ivraie et finiraient par relâcher tout le monde. Il faut imaginer que lorsque l'on arrête 21 000 personnes, même si l'on a capturé un ou deux agents, on finit par devoir les relâcher car tout le monde racontera la même histoire : 'Je marchais dans la rue, je conduisais une voiture, ils m'ont arrêté'", a-t-il déclaré.

C'est la logique d'un homme qui a décidé d'avance que le coût de son opération allait être payé par une population qui n'y est pour rien, et qui a calculé que ce coût est acceptable puisque les agents survivront et que les innocents, eux, ne survivront pas. Barnea a affirmé que 99,9 % des véritables agents du Mossad n'ont jamais été identifiés, et que certains continuent de vivre à Téhéran. La phrase est prononcée avec le calme typique d'un homme fier de son chiffre, et qu'il en soit fier est justement le fond du propos. L'opération n'a pas été un échec. L'opération a été un succès. Ce succès s'est mesuré au taux de survie des agents, tandis que le coût s'est mesuré au chaos provoqué et aux arrestations. Ces deux chiffres ne sont pas identiques. La différence entre eux résume à elle seule toute la dimension morale de l'opération.

Ces remarques ont été formulées lors du Sommet Priority, le 22 octobre, devant un public restreint, c'est-à-dire le genre de contexte où un homme s'attend à ce que ses paroles ne sortent pas de la salle. Ce ne fut pas le cas. Trita Parsi, vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft, s'est procuré les enregistrements et les a interprétés pour ce qu'ils sont. Un aveu selon lequel "Israël"

"a utilisé des Iraniens ordinaires pour protéger des agents du Mossad"dans le pays."On trouve rarement un aveu plus cru de la manière dont 'Israël' a délibérément et imprudemment mis en danger des milliers de personnes qu'il prétendait vouloir libérer", a écrit Parsi sur X.

L'argument de la libération fait son effet. "Israël" a prétendu vouloir libérer le peuple iranien. Cet aveu révèle que ceux qu'il cherchait à libérer étaient précisément ceux qu'il avait mis en place pour inciter à la violence, dans une vaine tentative de renverser le gouvernement iranien. Les milliers de personnes arrêtées, interrogées et détenues lors de la purge de contre-espionnage que l'opération était censée déclencher n'étaient pas des dommages collatéraux. Elles en constituaient le mécanisme. Elles formaient un écran de fumée fait d'êtres humains. Parsi l'a qualifié de "grossier". Le terme "grossier" implique un manque de sophistication. Ce que Barnea a décrit était précis, calculé : une analyse coûts-bénéfices où le bénéfice était la survie des agents et le coût, la liberté - voire la vie - de la population "censée" en être la bénéficiaire.

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La dimension nucléaire de cette même agression fait l'objet d'une analyse distincte. L' article très détaillé de l'analyste Arman Shariati pour Press TV, intitulé "La maison de verre nucléaire : la réponse probable de l'Iran à de nouvelles attaques contre ses installations nucléaires", soutient que l'asymétrie de la menace constitue le fait stratégique central. "Israël", qui possède un arsenal nucléaire non déclaré, menace de détruire le programme iranien déclaré, soumis aux garanties et à vocation pacifique. Les réacteurs de Khondab, Natanz, Fordow, Ispahan. La guerre des 12 jours. La guerre des 40 jours. La 18e attaque contre les sites nucléaires pacifiques de l'Iran depuis juin 2025, selon la lettre adressée au Conseil de sécurité. Pickax Mountain, de plus en plus souvent désignée comme la prochaine cible. L'AIEA n'a plus accès aux principales installations iraniennes depuis juin 2025 en raison de sa complicité abjecte avec le terrorisme et le bellicisme américains. L'image de la "maison de verre" n'est pas une métaphore. Il s'agit d'une description de la vulnérabilité physique d'un arsenal non déclaré face à la force de missiles d'un arsenal déclaré, et aucun responsable à Tel-Aviv ne souhaite répondre publiquement à la question de savoir dans quelle mesure cette vulnérabilité en fait une cible viable. L'évaluation complète est disponible  ici, et il s'agit d'une analyse approfondie du scénario qui mérite toute notre attention.

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Cette mise en accusation interne est venue de deux sources différentes au cours de la même semaine. Le général de division à la retraite Itzhak Brik, ancien commandant des écoles militaires et ancien médiateur chargé des plaintes des soldats,  a publié un article d'opinion dans Maariv le dimanche 2 novembre, qui ressemble moins à un communiqué politique qu'à une autopsie.

"L'acte de décès officiel de l'État d'Israël tel que nous le connaissions", a-t-il écrit à propos des résultats électoraux."Un orchestre jouant à bord du Titanic dans ses derniers instants",

a-t-il déclaré à propos des commentateurs de télévision.

Brik s'est montré cinglant dans son analyse, estimant que le régime "israélien" génocidaire est devenu un "paria international", tout en tirant la sonnette d'alarme sur le caractère insoutenable de son isolement croissant sur la scène géopolitique mondiale.

"Nous avons perdu notre légitimité et nos alliés". Le régime n'est pas seulement en"crise politique", a-t-il conclu,"il est en train de subir un effondrement total et multisystémique, sans possibilité de retour en arrière".

La dette nationale s'élève à 1 400 milliards de shekels. La fuite des cerveaux n'est pas une tendance. C'est un phénomène démographique. Médecins, scientifiques, entrepreneurs du secteur technologique, professionnels hautement qualifiés : tous partent. En mars 2026, le chef d'état-major en fonction, le lieutenant-général Eyal Zamir, avait averti le cabinet de sécurité que l'armée risquait de "s'effondrer sur elle-même", en dressant dix signaux d'alerte concernant les pénuries d'effectifs.

En mars 2025, l'ancien président de la Cour suprême, Aharon Barak, a mis en garde contre un bain de sang et une guerre civile. L'évaluation annuelle 2026 de l'Institut de politique du peuple juif a révélé qu'environ six colons "israéliens" sur dix estiment que l'entité encourt un risque de guerre civile. Brik a qualifié de "naïve et absurde" la proposition de Netanyahu d'utiliser les cryptomonnaies pour contourner d'éventuelles sanctions européennes. Ces avertissements ne proviennent pas de l'opposition. Ils émanent de l'establishment. Ils émanent des hommes qui ont bâti l'institution, et ceux-ci affirment, à l'unisson, depuis plus d'un an, que celle-ci n'est plus fonctionnelle. Qu'ils l'affirment dans un grand quotidien plutôt que par un coup d'État est le seul facteur qui différencie cette affirmation d'une description plutôt que d'une prédiction.

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Ayelet Kroizer, ancienne membre de l'unité du porte-parole de l'armée "israélienne",  a publié lundi 3 novembre une déclaration sur X,  annonçant sa nomination en tant que nouvelle porte-parole de Breaking the Silence.

"Au cours de mon service, j'ai manipulé les informations communiquées aux médias. J'ai vu comment le mot 'terroriste' a été attribué même à des Palestiniens innocents et comment les déclarations ont été adaptées au public cible et à l'objectif fixé", a-t-elle écrit.

Et ce récit accablant s'est poursuivi, révélant ce que tout observateur attentif sait déjà, mais du point de vue de l'une des responsables :

"Je n'ai jamais su me taire face à l'injustice, mais on m'a demandé ici d'en faire la promotion. J'ai été témoin de l'étendue du contrôle exercé par l'unité du porte-parole pour façonner notre perception de la réalité, ainsi que de sa relation problématique avec la vérité, agissant comme s'il s'agissait simplement d'une agence de relations publiques parmi d'autres plutôt que d'une entité redevable envers le public.

"J'ai appris à faire état de dizaines de morts lors d'une seule frappe et à ajouter automatiquement que nous regrettions tout préjudice causé à des personnes non impliquées. Telle était la routine de mon service".

C'est le mot "routine" qui compte. Il ne s'agit pas de la description d'un incident isolé, mais d'un processus. La formule "nous regrettions tout préjudice" n'est pas une excuse. C'est une formule toute faite, un bouclier juridique, une phrase qui sert à rendre proportionnel le nombre de morts qui précède. Le travail de l'unité au service des colons "israéliens" était défini comme le renforcement à tout prix de la confiance du public envers l'armée, même au détriment de la vérité. Le droit du public à l'information était, au mieux, secondaire. Les déclarations destinées à l'étranger cherchaient à fabriquer une légitimité. Cet aveu n'a rien de dramatique. Il est de nature administrative. C'est la description d'un travail, et c'est ce travail-là qui fait l'objet de l'aveu.

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Herzi Halevi, ancien chef d'état-major, qui a démissionné il y a environ 18 mois, a fait sa première apparition publique depuis sa démission lors de la troisième conférence annuelle "Confronting Hate" à New York, le dimanche 1er novembre. "Nos bombes ont tué des otages. Nous ne savions pas qu'ils se trouvaient là", a-t-il  déclaré. Cette phrase n'est pas un aveu. C'est une gestion des faits. Les services du renseignement qui suivaient la trace des otages depuis des mois, ces mêmes services qui ont cartographié les tunnels, les lieux de détention et les schémas de déplacement des ravisseurs, ignoraient qu'ils se trouvaient là.

Les mêmes services du renseignement, capables de localiser un réseau de tunnels en temps réel, n'ont apparemment pas pu localiser ceux qui s'y trouvaient. L'enquête de CNN publiée en octobre 2026 a révélé qu'au moins 24 des 40 otages morts sont liés à des actions militaires "israéliennes", notamment des frappes et des manœuvres terrestres qui ont prétendument conduit les ravisseurs à tuer leurs otages, ce que le Hamas a toujours fermement réfuté, rejetant la responsabilité sur les attaques "israéliennes". "Israël" a nié à plusieurs reprises toute responsabilité. Le "nous ne savions pas" de Halevi est le mensonge qu'exige le micro.

La directive Hannibal est la réalité que le micro ne peut pas supporter. Cet ordre,  invoqué dès les premières heures du 7 octobre, avait pour but d'empêcher la capture de soldats et de civils "israéliens", quitte à les tuer. Il a été  appliqué le long des zones frontalières avec Gaza. Les soldats qui sont morts dans les premières heures, ceux dont les corps ont été retrouvés présentant des blessures compatibles avec des tirs amis, ceux dont les morts ont ensuite été attribuées au Hamas par la même institution qui a donné l'ordre de les tuer si nécessaire, n'ont pas été tués par le Hamas. Ils ont été  tués par la directive, qui a donné l'ordre très précis de tirer sur "tout ce qui bouge".

Les hélicoptères qui ont tiré sans discernement au cours de ces premières heures, comme l'ont précédemment admis des lanceurs d'alerte de l'armée "israélienne", ne présentaient pas de dysfonctionnement. Ils suivaient l'ordre. L'ordre dit : ne les laissez pas se faire capturer. L'ordre ne dit pas : ne les tuez pas.
L'ancien officier "israélien", le colonel de l'armée de l'air Nof Erez,  a déclaré à Haaretz :

"C'était un véritable Hannibal de masse. Il y avait des tonnes et des tonnes de brèches dans la barrière, et des milliers de personnes dans toutes sortes de véhicules, certains avec des otages, d'autres sans".

Des pilotes de l'armée de l'air  ont déclaré à Yedioth Ahronot que des quantités "colossales" de munitions ont été tirées sur la population le 7 octobre :

"Vingt-huit hélicoptères de combat ont tiré, au cours de la journée, toutes les munitions dont ils disposaient, en effectuant des passages répétés pour se réapprovisionner. On parle de centaines de tirs de canons de 30 millimètres et de missiles Hellfire", a déclaré le journaliste Yoav Zeitoun.

"La fréquence des tirs contre ces milliers de 'terroristes' a été énorme au début, et ce n'est qu'à un certain moment que les pilotes ont commencé à ralentir leurs attaques et à choisir soigneusement leurs cibles".

Oui mais... il n'y avait pas de "milliers" de "terroristes" impliqués ce jour-là. En revanche, il y avait certainement des milliers de civils "israéliens" présents au festival que le Hamas a été accusé d'avoir massacré, malgré son insistance et les images vidéo montrant qu'il n'a pris pour cible que des soldats d'occupation "israéliens".

C'est l'ordre qui a été donné, ce sont les morts qui ont suivi, et c'est l'attribution de ces morts au Hamas qui a été fabriquée. C'est cette construction que Halevi commence aujourd'hui à démanteler, de manière sélective et partielle, d'une façon qui protège l'institution tout en donnant l'impression de l'impliquer.

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Le bilan actuel n'a pas besoin de récit. Les forces "israéliennes"  ont tué 19 Palestiniens à Gaza depuis samedi. Six au cours les dernières 24 heures, après 13 le week-end dernier. L'un d'entre eux a succombé à ses blessures après le bombardement de son camp de déplacés à Khan Younis. Un autre a été tué lors d'une frappe aérienne visant un groupe d'étudiants à l'Université des sciences appliquées. Les attaques contre des élèves et des étudiants se sont multipliées ces dernières semaines, depuis le début de la nouvelle année universitaire. Quelle surprise !

Une frappe aérienne a visé des policiers et des agents de sécurité dans la région d'Al-Mawasi. Depuis que le soi-disant cessez-le-feu est entré n'est pas entré en vigueur : près de 1 600 Palestiniens ont été tués, dont plus de 340 enfants. On dénombre en outre 5 700 blessés. Ces chiffres ne reflètent pas une tendance. Ils correspondent à un rythme. Ce rythme n'a pas changé. Le "cessez-le-feu" n'a pas modifié ce taux. La rentrée scolaire n'a pas modifié ce taux. Le taux, c'est la politique. La politique, c'est le taux. Et ces 340 enfants ne sont pas une statistique. Ils sont le résultat arithmétique d'une décision prise quotidiennement, dans une pièce qui ne se trouve pas à Gaza, par des personnes qui ne seront pas à Gaza lorsque ce calcul sera achevé.

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Les résultats des élections "israéliennes", publiés le 27 octobre, s'inscrivent dans une longue série. Le bloc de Netanyahu : 53 sièges. L'opposition à direction juive, coordonnée autour du parti Yashar d'Eisenkot : 48. Les partis arabes : 19. Total : 120. Aucun des deux camps ne dispose des 61 sièges requis pour obtenir la majorité. Ce n'est pas un hasard. C'est la condition structurelle de la politique "israélienne". La société est trop fracturée, le nombre de partis trop élevé, le fossé idéologique entre les blocs trop large pour qu'une majorité stable puisse émerger avec une quelconque régularité. Les élections sans résultat ne sont pas l'exception. Elles sont la règle.

Les élections qui aboutissent à la formation d'un gouvernement sont celles qui nécessitent le plus petit nombre de partis extérieurs à faire entrer dans la coalition, et plus ce nombre est faible, plus la coalition qui en résulte est centriste. Plus ce nombre est élevé, plus l'arithmétique pousse vers la droite. Netanyahu a gouverné, pendant la majeure partie de la dernière décennie, en ayant besoin de plus de partis extérieurs que n'importe quel autre dirigeant de l'histoire du pays, et les partis extérieurs dont il a besoin ne sont pas centristes. Ce sont les racistes kahanistes les plus virulents de l'extrême droite. Itamar Ben Gvir, qui a appelé à l'expulsion des communautés palestiniennes de Cisjordanie, qui a pris d'assaut à plusieurs reprises l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa au mépris du statu quo, qui s'est positionné comme l'architecte d'une politique répugnante qui n'a pas de nom en anglais, car la langue anglaise ne dispose pas de mot pour décrire les abîmes de dépravation qu'il évoque.

Bezalel Smotrich, qui a qualifié l'entreprise de colonisation de projet civilisationnel, qui a autorisé l'expansion des colonies d'une manière qui fait passer celle du gouvernement précédent pour modérée, qui a présenté la confiscation des terres palestiniennes comme une politique budgétaire. Netanyahu tolère leurs politiques. Il les tolère non seulement parce qu'elles sont aussi les siennes, mais parce qu'il a besoin de leurs sièges. Il a besoin de leurs sièges parce que le centre refuse de s'allier à lui. Le centre refuse de s'allier à lui car il reconnaît que ces politiques ne sont pas négociables. Ces politiques constituent le prix à payer. Ce prix, c'est le nettoyage ethnique. Le nettoyage ethnique, c'est la politique. Cette politique, c'est le prix de la coalition. La coalition, c'est le prix du poste de Premier ministre. Le poste de Premier ministre, c'est le prix de l'impunité. L'impunité, c'est la raison d'être de la coalition. La boucle est bouclée. Elle l'est depuis une décennie. Et ce cercle vicieux est ce que Brik appelle l'acte de décès.

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Gadi Eisenkot, le chef du parti Yashar, a  clairement fait connaître sa position lors d'une réunion à huis clos rapportée par KAN.

"Je ne siégerai pas dans un gouvernement dirigé par Netanyahu",

a-t-il déclaré.

"Si Trump m'invite, je rendrai hommage au président et j'accepterai, mais j'insisterai sur le fait qu'il s'agit d'affaires internes 'israéliennes', et je m'opposerai à toute ingérence".

C'est cette deuxième phrase qui sera longtemps citée à Tel-Aviv. Un ancien chef d'état-major, un ancien directeur des services du renseignement, un homme qui a occupé les plus hautes fonctions en matière de sécurité dans le pays, déclarant au président des États-Unis, officiellement et sans détours, qu'il s'opposera à toute ingérence de sa part dans les tractations de coalition "israéliennes". La formule d'introduction "Je rendrai hommage au président" n'est pas destinée à adoucir le message. Elle le rend au contraire plus incisif. C'est l'équivalent diplomatique d'un homme qui dit "avec tout le respect que je vous dois, je ne le ferai pas" à un supérieur, et c'est précisément ce respect qui rend le refus audible. Le parti "Ensemble" de Naftali Bennett, les Démocrates de Yair Golan et le parti Yisrael Beytenu d'Avigdor Lieberman ont recommandé Eisenkot pour former le prochain gouvernement.

Les recommandations attendues des deux listes arabes pourraient renforcer son poids à 67 députés. Le refus de Lieberman de rejoindre un gouvernement incluant des partis arabes ou s'appuyant sur leur soutien reste l'obstacle. L'arithmétique est celle qu'elle a toujours été. Les sièges sont les mêmes. Les partis sont les mêmes. La question est la même : qui s'assiéra avec qui, quel sera le prix à payer pour siéger, et qui le paiera ? Le président Isaac Herzog a entamé ses consultations mercredi. Ces deux jours de consultations constituent le mécanisme qui permettra soit de poursuivre le cycle, soit de le briser.

Conclusion

Ce dossier a rendu compte d'une nouvelle semaine mouvementée dans le détroit. Une menace nucléaire prononcée sur le ton d'une réparation de plomberie. Un vice-président confirmant que la guerre explique la défaite de son parti. Un chef du Mossad expliquant à un auditoire restreint pourquoi il a exposé des Iraniens ordinaires à l'explosion. Un ancien chef de l'armée "israélienne" déclarant devant une caméra à New York que ses bombes ont tué ses propres otages. Un ancien porte-parole décrivant la routine consistant à mentir et à dissimuler la vérité sur Gaza. Un marché à al-Jawf où des morceaux de corps sont éparpillés sur le trottoir. Un pacte signé en août et transmis à Téhéran en novembre, une élection qui a abouti à ce qu'un général à la retraite a qualifié d'"acte de décès", et un homme qui a annoncé qu'il deviendrait Premier ministre de l'État terroriste génocidaire et occupant dont il réduit le financement. Le fil conducteur n'est aucun de ces événements. Le fil conducteur, c'est l'écart entre les déclarations et les faits. Cet écart est le produit de cette politique depuis que ce produit est commercialisé. Et ce produit, aujourd'hui, sur tous les marchés, dans tous les détroits, dans toutes les salles où se prennent les décisions, est désormais définitivement brisé.

Les États-Unis ont lancé une guerre d'agression terroriste non provoquée, illégale et absolument catastrophique, afin de restaurer l'image de leur puissance, et ont découvert, au prix de quarante-sept milliards de dollars, que cette image est la seule chose à restaurer. "Israël" -de manière risible et sans sourciller- est apparemment entré en guerre pour "libérer une nation" et il a utilisé les libérés comme un moyen, les libérateurs comme des hommes fiers de leur nombre, et la libération comme le mot qui rend le coût acceptable aux yeux du public dans la salle privée. L'Arabie saoudite a lancé une guerre d'agression terroriste non provoquée, illégale et absolument catastrophique pour s'assurer le contrôle d'un détroit, et a passé douze ans à accumuler les victimes. Les marchés pour cible, les enfants pour calcul, le pacte comme mots sur le papier, et le détroit comme ce qui ne sera jamais rouvert par l'homme qui bombarde ceux qui le contrôlent.

Les médias occidentaux - de manière risible et d'un air impassible - sont apparemment entrés en guerre pour rapporter la vérité, et ont traité la vérité comme un cliché, le regret comme une formule, la perception comme une marchandise, et la responsabilité comme un élément qui, au mieux, a toujours été secondaire. Et l'homme qui a déclaré "on peut faire ça en 10 minutes" dispose désormais d'un Congrès capable de faire, en 10 minutes, ce qui lui prend 10 minutes pour menacer, c'est-à-dire rien. Le détroit est toujours fermé. L'architecture se construit toujours à Pékin et à Moscou. Les 340 enfants sont toujours sous les décombres. Les 55 drones font toujours partie de la collection. Les 47 milliards figurent toujours dans le grand livre. Et l'homme dans la benne à ordure est toujours dans la benne. Le détroit n'a jamais été l'obstacle. Le détroit était le but. Et le détroit ne déplore aucun préjudice aux personnes non impliquées, ne rouvre pas pour la commodité de l'homme qui se trouve dans la benne, et restera fermé lorsque le prochain amiral le survolera.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com