Par Jean-Michel Thénard
Lutter contre le terrorisme, c'est pourtant si simple, à entendre certains. Nicolas Dupont-Aignan propose « l'État d'urgence » à la sud-américaine, Éric Ciotti des « centres de rétention » pour « mettre hors d'état de nuire » les Français dont « la dangerosité est avérée ». Et une grande partie de la droite vante le Patriot Act, ce monument de l'arbitraire américain.

Quand Edward Snowden a dénoncé ces pratiques, l'Europe entière a applaudi. Aujourd'hui le Patriot Act devient la panacée à importer. « Il faudra, bien entendu, un Patriot Act à la française. Il faut une réponse ferme et globale. », explique Valérie Pécresse. « Est-ce que nous ne devons pas (...) revoir sur certains points l'équilibre entre la liberté de chacun, qui est essentielle, et l'efficacité de nos services de police ? » s'interroge Sarko. Dans le couple sécurité et liberté, la seconde est toujours sacrifiée quand la première est menacée.
Vite une nouvelle loi, alors qu'il y en a eu 15 depuis 1986, soit presque une tous les deux ans. ? La gauche en est déjà à sa deuxième depuis 2012. La dernière, adoptée le 13 novembre, interdit la sortie du territoire au candidat au djihad et crée un « délit d'entreprise terroriste individuelle ». Faut-il maintenant changer la Constitution pour interdire au djihadiste de rentrer en France et le déchoir de sa nationalité française, comme le propose Sarko ? Valls lui-même estime qu'« il sera sans doute nécessaire de prendre de nouvelles mesures. » Notamment pour « améliorer » le système d'écoutes administratives et judiciaires, qui doit être « plus performant ».
Entendez moins contraint par les juges et plus à la main des policiers. Un projet de loi sur le renseignement était prévu à la fin de l'année. Il sera peut-être accéléré pour renforcer les moyens de la DGSE et de la DGSI. L'idée testée à Fresnes d'isoler les islamistes radicaux en prison pourrait aussi avancer. « On ne va pas bâtir une législation dans la précipitation », promet Valls. Mais la précipitation guette, car le temps des attentats n'est pas celui de la loi.
Le Canard Enchaîné N° 4916 du 14 janvier 2015