11/01/2015 42 articles ism-france.org  9min #94454

 L'attentat contre Charlie Hebdo : l'occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux

Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Par David North
Traduction et diffusion par  Le blog de Comaguer, Au fil des jours et des lectures n° 194.

L'attaque contre les bureaux de la rédaction de Charlie Hebdo a choqué le public, qui est horrifié par la mort violente de 12 personnes dans le centre de Paris. Les images vidéo, vues par des millions de personnes, d'hommes tirant avec leurs armes et tuant un policier déjà blessé ont communiqué aux événements de mercredi une extraordinaire actualité.

Au lendemain de la fusillade, l'État et les médias cherchent à exploiter la peur et la confusion du public. Une fois de plus, la faillite politique et le caractère essentiellement réactionnaire du terrorisme sont exposés. Il sert les intérêts de l'État, qui utilise l'occasion offerte par les terroristes pour susciter un soutien à l'autoritarisme et au militarisme. En 2003, lorsque l'administration Bush a envahi l'Iraq, l'opposition populaire française était si écrasante que le gouvernement dirigé par le président Jacques Chirac a été contraint de s'opposer à la guerre, même face à d'énormes pressions politiques des Etats-Unis. Maintenant, 12 ans plus tard, comme le président François Hollande s'efforce de transformer la France en allié principal des États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme », l'attentat de Paris joue en sa faveur.

Dans ses efforts, Hollande peut compter sur les médias, qui, dans de telles circonstances, dirigent toutes leurs énergies vers la manipulation émotionnelle et la désorientation politique du public. Les médias capitalistes, combinant habilement la suppression d'information avec des demi-vérités et des mensonges éhontés, élaborent un récit qui est calculé pour faire appel non seulement aux plus vils instincts du large public, mais aussi à ses sentiments démocratiques et idéalistes.

Dans toute l'Europe et aux États-Unis, il est proclamé que l'attaque contre le magazine Charlie Hebdo est une atteinte à la liberté de la presse et au droit inaliénable des journalistes, dans une société démocratique, de s'exprimer sans perte de liberté ou de crainte pour leur vie. La mise à mort des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo est présentée comme un attaque des principes de la liberté d'expression qui sont, soi-disant, si aimés en Europe et aux États-Unis. L'attaque de Charlie Hebdo est, ainsi, présentée comme un autre outrage par des musulmans qui ne peuvent tolérer les "libertés" occidentales. De là doit être tirée la conclusion que la "guerre contre la terreur" - c'est-à-dire l'assaut impérialiste sur le Moyen-Orient, l'Asie centrale et du Nord et l'Afrique centrale - est une nécessité incontournable.

Au milieu de cette orgie d'hypocrisie démocratique, aucune référence n'est faite au fait que l'armée étasunienne, dans le cadre de ses guerres au Moyen-Orient, est responsable de la mort d'au moins 15 journalistes. Dans le récit en cours de "la liberté de parole attaquée", il n'y a pas place pour la moindre mention de l'attaque d'un missile air-sol de 2003 sur les bureaux d'Al Jazeera à Bagdad qui a tué trois journalistes et fait quatre blessés.

Rien non plus d'écrit ou de dit au sujet de l'assassinat, en juillet 2007, de deux journalistes de Reuters à Bagdad, le photographe Namir Noor-Eldeen et son chauffeur Saeed Chmagh. Les deux hommes ont été délibérément pris pour cible par des hélicoptères de combat US Apache alors qu'ils travaillaient à l'est de Bagdad. Le public américain et international a d'abord pu voir une vidéo de l'assassinat de sang froid des deux journalistes ainsi que d'un groupe d'Irakiens - tués par le même appareil - à la suite de la diffusion par WikiLeaks de documents classifiés qu'ils avaient obtenus d'un soldat américain, le caporal Bradley Chelsea Manning.

Et comment les États-Unis et l'Europe ont-ils agi pour protéger l'exercice de la liberté d'expression de WikiLeaks ? Julian Assange, le fondateur et l'éditeur de WikiLeaks, a été soumis à une persécution implacable. Des leaders politiques et des personnalités des médias aux États-Unis et au Canada l'ont dénoncé comme un « terroriste » et exigé son arrestation, avec certains même appelant publiquement à son meurtre. Assange est poursuivi sous une inculpation de « viol » frauduleuse concoctée par les services des renseignements américain et suédois. Il a été contraint de chercher refuge dans l'ambassade équatorienne à Londres, qui est sous la garde constante de la police britannique qui saisira Assange s'il sort de l'ambassade. Quant à Chelsea Manning, elle est actuellement en prison, et purge une peine de 35 ans pour trahison.

Voilà comment les grandes capitalistes « démocraties » d'Europe et d'Amérique du Nord ont démontré leur attachement à la liberté d'expression et la sécurité des journalistes !

Le récit hypocrite et malhonnête concocté par l'État et les médias exige que Charlie Hebdo et ses caricaturistes et journalistes assassinés soient présentés comme des martyrs de la liberté d'expression et des représentants d'une tradition démocratique vénérée du journalisme iconoclaste percutant.

Dans [une chronique] publiée mercredi dans le Financial Times, l'historien libéral Simon Schama place Charlie Hebdo dans une glorieuse tradition d'irrévérence journalistique qui « est la pierre angulaire de la liberté. » Il rappelle les grandes satiristes européens entre les XVIe et XIXe siècles qui soumettaient les grands et les puissants à leur mépris cinglant. Parmi leurs cibles illustres, nous rappelle Schama, se trouvaient le brutal duc d'Albe, qui, dans les années 1500, a noyé la lutte néerlandaise pour la liberté dans le sang ; le « Roi soleil » français, Louis XIV ; le premier ministre Britannique William Pitt ; et le Prince de Galles. « Satire », écrit Schama, « devint l'oxygène de la politique, faisant souffler de sains hurlements de dérision dans les cafés et tavernes où les caricatures circulaient chaque jour et chaque semaine ».

Schama place Charlie Hebdo dans une tradition à laquelle il n'appartient pas. Tous les grands satiristes auxquels se réfère Schama étaient des représentants d'un éveil démocratique qui ont dirigé leur mépris contre les défenseurs puissants et corrompus des privilèges aristocratiques. Dans ses représentations dégradantes sans relâche des musulmans, Charlie Hebdo a raillé les pauvres et les faibles.

Pour parler franchement et honnêtement, le caractère sordide, cynique et dégradé de Charlie Hebdo ne doit pas fermer les yeux sur l'assassinat de son personnel. Mais quand le slogan « Je suis Charlie » est adopté et fortement encouragé par les médias comme le slogan des manifestations de protestation, ceux qui n'ont pas été submergés par la propagande d'État et de médias sont obligés de répondre : « nous sommes opposés à l'agression violente sur le magazine, mais nous ne sommes pas - et n'avons rien en commun avec - "Charlie". »

Les Marxistes ne sont pas étrangers à la lutte pour surmonter l'influence de la religion parmi les masses. Mais ils mènent ce combat en comprenant que la foi religieuse est soutenue par des conditions d'adversité et de misère désespérée. La religion ne doit pas être moquée, mais comprise et critiquée comme Karl Marx l'a comprise et critiquée :

« La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple.

L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l'exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu'il renonce à une situation illusoire, c'est exiger qu'il renonce à une situation qui a besoin d'illusions.

La critique de la religion est donc dans son germe, la critique de la vallée des larmes, dont l'auréole est la religion. La critique de la religion détruit les illusions de l'homme pour qu'il pense, agisse et façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l'âge de raison, pour qu'il gravite autour de lui-même, c'est à dire autour de son soleil réel. La religion n'est que le soleil illusoire qui gravite autour de l'homme tant que l'homme ne gravite pas autour de lui-même. » (1)

On n'a qu'à lire ces mots pour voir le gouffre intellectuel et moral qui sépare le marxisme du milieu malsain du cynisme politique ex-gauche qui a trouvé son expression dans Charlie Hebdo. Il n'y a rien eu d'instructif, et encore moins d'édifiant, dans leur dénigrement puéril et souvent obscène de la religion musulmane et de ses traditions.

Les caricatures anti-musulmanes cyniquement provocatrices qui ont paru sur tant de couvertures de Charlie Hebdo ont flatté et facilité la croissance de mouvements chauvinistes de droite en France. Il est absurde de prétendre, par le biais de la défense de Charlie Hebdo, que ses caricatures sont juste "pour rire" et n'ont aucune conséquence politique. Outre le fait que le gouvernement français cherche désespérément un soutien à sa politique militariste croissante en Afrique et au Moyen Orient, la France est un pays où l'influence du Front National néo-fasciste croit rapidement.

Dans ce contexte politique, Charlie Hebdo a facilité la croissance d'une forme d'anti-islamisme politisé qui a une ressemblance troublante avec l'antisémitisme politisé qui a émergé comme un mouvement de masse en France dans les années 1890. Dans son utilisation des caricatures grossières et vulgaires qui donnaient une image sinistre et stéréotypée des musulmans, Charlie Hebdo rappelle les publications racistes à bon marché qui ont joué un rôle important dans la promotion de l'agitation antisémite qui a balayé la France au cours de la célèbre affaire Dreyfus, qui a éclaté en 1894 après qu'un officier juif a été accusé et faussement déclaré coupable d'espionnage pour le compte de l'Allemagne. En flattant la haine populaire envers les Juifs, La Libre Parole ["Free Speech"], publié par l'infâme Edouard Drumont, a fait une utilisation très efficace de dessins qui ont employé les dispositifs antisémites familiers. Les caricatures ont servi à enflammer l'opinion publique, à inciter à manifester contre Dreyfus et ses défenseurs, comme Emile Zola, le grand romancier et auteur de J'Accuse.

Le World Socialist Web Site, sur la base de principes politiques de longue date, s'oppose et condamne sans équivoque l'agression terroriste sur Charlie Hebdo. Mais nous refusons de participer à la représentation de Charlie Hebdo comme un martyr à la cause de la démocratie et la liberté d'expression, et nous mettons en garde nos lecteurs pour qu'ils se méfient de l'agenda réactionnaire qui motive cette campagne hypocrite et malhonnête.

(1) Marx. Critique de la philosophie du droit de Hegel. 1843.

Source :  World Socialist Web Site

 ism-france.org

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29/01/2015 mondialisation.ca  24min #95110

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Du sort tragique de Charlie Hebdo et de la comédie qui s'ensuivit

Par Fida Dakroub

Généralités

Le matin du 7 janvier (heure de l'est, Canada) - c'est-à-dire le jour de l'attaque terroriste contre le journal Charlie Hebdo - assise dans le fauteuil à bascule en osier, mon thé vert sur la table devant moi, je regardais la télé. Droguée par la propagande et la manipulation médiatique, n'ayant su s'il fallait en avaler de plus ou s'il fallait m'en échapper vers la cuisine, où j'eus plantai en plein hiver de roses, de fougères et de bégonias pour me protéger des maux du siècle, lorsque je commençai à quitter le sol et à m'élever avec le fauteuil dans lequel j'étais assise.

28/01/2015 altermonde-sans-frontiere.com  9min #95065

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Les attentats de Paris montrent l'hypocrisie de l'indignation occidentale

Par Noam Chomsky (http://newsnet.fr/1)

Après l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo qui a fait 12 morts dont le rédacteur en chef et quatre autres dessinateurs, et le meurtre de quatre juifs le lendemain dans un supermarché casher, le premier ministre français Manuel Valls a déclaré « la guerre contre le terrorisme, contre le djihadisme, contre l'Islam radical, contre tout ce qui vise à détruire la fraternité, la liberté, la solidarité. » C'est sous la bannière « Je suis Charlie » que des millions de personnes ont manifesté pour condamner ces atrocités et dénoncer en chœur ces horreurs.

27/01/2015 mondialisation.ca  5min #95017

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

L'immense espace ouvert devant les « droits de l'homme à coups de fusils »

Par Michel J. Cuny

Le terrain de chasse des multinationales en quête de travailleurs pauvres est aujourd'hui d'une dimension proprement colossale, ainsi que permet de le constater le rapport de l'Organisation internationale du travail (O.I.T.) : « Tendances mondiales de l'emploi 2011.«

Ce document montre que « sur un total de près de 1,2 milliard de travailleurs dans le monde« , on estime à 20 % ceux qui vivent et font vivre leur famille avec moins de 1,25 dollar EU par personne par jour ; et à 39 % ceux qui le font avec moins de 2 dollars US.

26/01/2015 mondialisation.ca  11min #95008

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Bas les masques ! Je ne suis pas Charlie

Par Mohamed El Bachir

Les graves attentats perpétrés à Paris les 7, 8 et 9 janvier 2015 n'ont pu laisser indifférent aucun citoyen de France un tant soit peu pourvu d'humanité. Fallait-il pour autant obéir à ceux qui interpellent la communauté musulmane et la somment d'exprimer sa douleur face à l'horrible événement et donc sa condamnation sans autre forme de procès si l'on ose dire ? Je suis de ceux que ces horreurs révulsent, révoltent, sans toutefois atteindre leur raison, leur faculté de discernement.

25/01/2015 voltairenet.org  10min #94982

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

De quoi ont peur les politiques et les journalistes français ?

par Réseau Voltaire

L'invraisemblable campagne de presse conduite en France, au nom de la liberté d'expression, contre tous ceux qui se sont interrogés sur les attentats de janvier à Paris s'est progressivement étendue à tous les pays de l'Otan. Désormais, l'esprit critique est susceptible de devenir un délit et de conduire en prison.

Réseau Voltaire International | Genève (Suisse) | 25 janvier 2015

25/01/2015 altermonde-sans-frontiere.com  7min #94973

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

France : un principe de liberté d'expression, 400 textes de censure

Le 11 janvier, la France s'est levée en masse pour défendre les libertés d'opinion, d'expression et de caricature après l'attentat sanglant contre Charlie Hebdo. Le 12, plusieurs personnes comparaissaient devant les tribunaux pour "apologie du terrorisme" après avoir clamé leur soutien aux frères Kouachi et à Amedy Coulibaly. Le même jour, une enquête était ouverte contre le polémiste Dieudonné qui, au soir de la marche républicaine, avait eu le bon goût d'écrire sur sa page Facebook "Je suis Charlie Coulibaly".

21/01/2015 voltairenet.org  6min #94840

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Les porte-étendard de la liberté

par Manlio Dinucci

Qu'est ce que la « liberté de la presse » ? Selon les Révolutionnaires français de 1789, c'était un préalable à la démocratie. Dans ce cas, tout ce qui pouvait participer au débat public devait être autorisé -ce qui n'était pas le cas des injures et des diffamations-. Pour l'Otan, la réponse est autre : la « liberté de la presse » ne s'applique qu'à ceux qui soutiennent l'Alliance et elle donne le droit d'injurier et de diffamer les religions.

21/01/2015 mondialisation.ca  14min #94835

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Provocations Usa-Otan-Israël contre la Russie. La Russie n'ira pas en croisade contre le Moyen-Orient

Par Israel Shamir

Le monde qui a émergé de l'après-1991 est en train de s'effondrer devant nos yeux. La décision du président Poutine de ne pas être présent au pèlerinage d'Auschwitz, juste après son absence à la marche pour Charlie à Paris, a donné le coup de grâce. C'était amusant à souhait de provoquer la Russie, aussi longtemps qu'elle restait dans la ligne. Plus maintenant.

19/01/2015 mondialisation.ca  8min #94761

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

Attentats contre Charlie Hebdo - « le monde entier est un théâtre... », disait déjà Shakespeare.

Par Daniel Vanhove

Abasourdis... Glacés... Qui le nierait, face aux scènes de violence mortelle de la semaine dernière, auxquelles les chaînes-infos nous ont désormais habitués lors de tels évènements... A la suite de quoi, dans ce qui paraissait comme une communion nationale, européenne, voire planétaire - « Paris est la capitale du monde », déclarait Fr. Hollande (rien que ça !) - la plupart des gens se sont sentis « Charlie »...

19/01/2015 legrandsoir.info  4min #94723

 Hypocrisie de la « liberté d'expression » à la suite de l'attaque contre Charlie Hebdo

On nous aurait trompés ?

Jean ORTIZ

Ils nous ont trompés (ou essayé) en pleurant avec le peuple sur les terribles conséquences de la fracture de notre « contrat » social, républicain, laïque, international... Monstruosité il y a eu, et une émotion, un élan populaire, comme rarement, et réconfortants. Ce jaillissement, même s'il n'a pas charrié que de bons sentiments, devrait marquer un avant et un après « Charlie », une meilleure compréhension du monde impitoyable dans lequel nous vivons.