par Alfredo Jalife-Rahme
L'opération US au Venezuela doit être interprétée dans le contexte de la prise de contrôle par Donald Trump des réserves de pétrole et de lithium latino-américaines. Mais elle doit surtout être comprise comme un coup porté par Israël à l'alliance irano-vénézuélienne.

L'Alliance irano-vénézuélienne souscrite par les présidents Hugo Chávez et Mahmoud Ahmadinejad n'a pas été correctement conduite par leurs successeurs. Israël et les États-Unis tentent aujourd'hui de l'abattre.
Avec son « opération de décapitation » au Venezuela, Trump espère minimiser les retombées du scandale Epsteingate et il tente d'enrayer sa chute dans les sondages, à l'horizon des élections de mi-mandat. Il repousse la question de la grave crise financière que traversent les États-Unis, marquée par une inflation galopante et une dette abyssale. L'ère post-Maduro au Venezuela fait l'objet de nombreuses interprétations subjectives, certaines justes, d'autres non (j'ai développé dans une vidéo les points gagnés dans l'opération, en ce qui concerne le pétrole, l'or, le dollar, la suprématie géopolitique, l'élargissement de la doctrine Monroe devenue Donroe, s'appliquant bientôt de l'Arctique jusqu'à l'Antarctique, l'israélisation triomphale de l'Amérique latine, à la satisfaction totale de Netanyahou et du programme sioniste [1]).
Mais ce qui compte, ce sont les données concrètes : le marché boursier états-unien a grimpé en flèche avec une hausse remarquable des actions pétrolières, en particulier pour Chevron, qui n'a jamais cessé d'opérer au Venezuela, comme dans toute l'aire caraïbe, avec une augmentation de 6,3 %, de concert avec les gains sensibles pour les deux autres compagnies pétrolières Conocophillips et ExxonMobil [2], en plus des trois sociétés états-uniennes de services pétroliers : Halliburton - qui a gravement pollué le golfe du Mexique avec la complicité permissive de l'apatride Felipe Calderón -- SLB Ltd et Baker Hughes.
Aujourd'hui, Trump, farouchement anti-écologiste et anti-woke, a instauré son empire pétrolier dans tout l'hémisphère américain, régnant sur 40 % de la production mondiale d'or noir, ce qui va lui conférer une puissante influence mondiale [3], comme l'a reconnu Kirill Dmitriev, le négociateur du président Poutine et directeur du Fonds souverain russe [4].
Mais tout ne tourne pas autour du pétrole : des « guerres de l'énergie » supplémentaires se mènent sous couvert d'élections. Ainsi Trump contrôle déjà électoralement le « triangle du lithium » en Amérique du Sud : Argentine, Chili et Bolivie. Rappelons-nous la visite d'Ivanka Trump dans le nord de l'Argentine et son financement de 400 millions de dollars pour la « route du lithium » [5].
Le Venezuela va donc renouer avec son passé de « ranch Rockefeller », celui qui était le principal actionnaire d'ExxonMobil. Il convient de rappeler l'ouvrage de référence Private Empire : ExxonMobil and American Power [6]. Le lithium argentin a récemment été cédé par Milei à son collègue de parti, Netanyahou [7]. La rumeur court que la CIA aurait infiltré le gouvernement de Maduro, ce qui aurait facilité son enlèvement. Mais mes sources au Venezuela soulignent que le Mossad aurait infiltré le gouvernement décapité bien plus profondément que la CIA elle-même, car une guerre secrète se déroule dans le pays entre l'Iran, allié de Maduro, et Israël, impliqué dans son enlèvement, dans le cadre de cette nouvelle loi de la jungle impitoyable.
L'actuelle présidente par intérim, Delcy Rodríguez, ancienne ministre du Pétrole, des Mines et des Terres rares, a déclaré que l'opération de la Delta Force, soutenue par une complicité intérieure, présentait une « touche sioniste (oh là là !) », comme le reconnaissent tant le Times of Israel [8] que le Palestine Chronicle [9]. L'existence d'un axe Venezuela-Iran consolidé durant les treize années de règne de Maduro n'était un secret pour personne ; cela a été mis en lumière la nuit du 3 janvier, avec le bombardement états-unien de l'île Margarita, où vivaient de nombreux Libanais faussement accusés d'appartenir au Hezbollah, aujourd'hui décimé, accusés avec des Iraniens de certains des pires crimes au monde, dans un contexte d'accusations pour le moins obscures.
Selon la chaîne israélienne Channel 14, dans ce contexte délicat, Netanyahou va bientôt rendre visite à Milei, membre de son parti, qui, soit dit en passant, a bruyamment célébré la chute de Maduro [10]. L'année dernière, Milei a lancé l'initiative des « Accords d'Isaac », avec l'aval de Netanyahou, inspirée des « Accords d'Abraham » pour le Moyen-Orient, actuellement au point mort [11].
Yousef Ibrahim, membre du Comité d'action politique antisioniste américain (AZAPAC), présente une carte d'un « Israël sud-américain » - où ne figurent pas encore le Venezuela sans Maduro ni d'autres pays d'Amérique centrale et du Nord (en particulier le Honduras, depuis la très récente élection présidentielle [12]. La prise de contrôle du Venezuela équivaut-il à la « chute du mur de Berlin pour l'Amérique latine » ? De nombreux analystes soulignent la visite de Netanyahu à Trump à Miami cinq jours à peine avant l'enlèvement de Maduro, tandis que d'autres mettent l'accent sur la visite d'une délégation chinoise huit heures avant l'enlèvement.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
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[1] « VENEZUELA : Petróleo, Oro, Dólar, Darwinismo Geopolítico, Doctrina Monroe, Netanyahu, Sionismo », Alfredo Jalife, YouTube, 6 de enero de 2026.
[2] « Chevron, US Oil Stocks Rally as Trump Vows Venezuela Revival », Mitchell Ferman, Bloomberg, January 5, 2026.
[3] « Trump Now Has His Very Own Oil Empire », Javier Blas, Bloomberg, January 5, 2026.
[4] « @kadmitriev », X, January 3, 2025.
[5] « El "litio-golpe" de Bolivia con la bendición de la OEA y Estados Unidos // Oportunidad para mineras », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 17 de noviembre de 2019.
[6] Private Empire : Exxonmobil and American Power, Steve Coll, Penguin (2013).
[7] « Milei prácticamente regala parte del pletórico litio de Argentina a Israel », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 18 de febrero de 2024.
[8] « Maduro in NY jail after capture ; Venezuela's VP Rodriguez claims op had 'Zionist tint' », The Times of Israel, January 4, 2026.
[9] « 'Zionist Undertones' - Venezuela's Rodríguez Hints at Israeli Connection in Maduro's Kidnapping », The Palestine Chronicle, January 4, 2026.
[10] « @DD_Geopolitics », X, January 4, 2026.
[11] « @DD_Geopolitics », X, December 4, 2025.
[12] « @yousefiaa », X, January 4, 2026.