Daniel Garcia
Rassemblement en soutien au président Nicolás Maduro à Caracas le 7 janvier 2026 (AFP)
Face aux attaques extérieures et aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux et dans certains médias, il est important de défendre le droit du Venezuela révolutionnaire à exister.
Le journaliste Romain Migus du site d'info Les 2 Rives :
3 jours après l'attaque des USA contre le Venezuela et le kidnapping du président Maduro, Romain MIGUS analyse les événements. Quelle est la situation au Venezuela ? Y'a t-il eu une trahison institutionnelle ? Quel est la réponse du gouvernement vénézuélien face aux menaces des USA qui veulent administrer le pays ? Quelles ont été les relations diplomatique à l'ONU ? Maduro était il un dictateur qui affamait son peuple ? En une heure, Romain Migus fait le tour de toutes ces questions.
Romain Migus traite 2 questions importantes autour de l'enlèvement de Maduro que bon nombre de médias tente de justifier.
Pourquoi Maduro n'est pas un dictateur ?
Sur quels arguments s'appuie Romain Migus pour réfuter l'idée que Nicolas Maduro serait un dictateur :
- Élections et légitimité démocratique : Maduro a été élu lors d'élections en 2013. Dès la proclamation des résultats, l'opposition radicale a tenté de le renverser par tous les moyens, y compris la violence, mais il est resté en place grâce au soutien populaire et institutionnel.
- Liberté d'expression et démocratie participative : Le Venezuela est décrit comme un pays où la liberté d'expression est présente et où la démocratie participative est centrale. Il existe environ 50 000 conseils communaux et près de 5 000 communes, impliquant 14 millions de citoyens dans des débats et des référendums réguliers pour décider des projets locaux. Ce modèle est présenté comme une colonne vertébrale du chavisme, loin d'une dictature centralisée.
- Respect des institutions : Malgré l'enlèvement du président, la continuité institutionnelle est assurée. Tous les pouvoirs du Venezuela reconnaissent Maduro comme président constitutionnel, et la vice-présidente Delcy Rodriguez assume l'intérim sans qu'il y ait de coup d'État ou de guerre de succession.
- Réponse à la déstabilisation étrangère : Les mesures prises contre certains activistes sont justifiées par le fait qu'ils seraient financés par des gouvernements étrangers pour déstabiliser le pays, ce qui serait sanctionné dans n'importe quel autre État souverain. Imaginez un leader des gilets Jaunes financés par la Russie...
Pourquoi Maduro n'a pas ruiné et affamé son pays
Romain Migus développe plusieurs arguments pour défendre le bilan économique de Maduro :
- Impact du blocus américain : La crise économique du Venezuela est attribuée principalement au blocus financier et économique imposé par les États-Unis depuis 2014. Ce blocus a touché tous les secteurs, notamment l'industrie pétrolière, les médicaments, les pièces de rechange et les produits agricoles. Des témoignages et rapports internationaux sont cités pour montrer que le blocus a provoqué une grande migration et une chute brutale du niveau de vie.
- Résilience et relance économique : Malgré ces difficultés, le gouvernement bolivarien, sous la direction de Maduro et de Delcy Rodriguez, a mis en œuvre des stratégies pour relancer l'économie. Le pays a connu une croissance de 8 % selon le FMI, et la production locale couvre désormais 92 % des besoins alimentaires, alors qu'il dépendait auparavant quasi exclusivement des importations.
- Amélioration des conditions de vie : L'insécurité a fortement diminué, les supermarchés sont pleins, et le salaire minimum dans le secteur privé s'aligne sur les standards latino-américains (250 à 300 dollars). Migus, qui a vécu au Venezuela, témoigne d'une nette amélioration par rapport aux années précédentes.
Au sujet du trafic de drogue supposé
Les rapports de l'ONU et de la DEA montrent que le Venezuela joue un rôle marginal dans le trafic de drogue, contrairement à la Colombie ou au Pérou, ce qui contredit l'accusation de narcoterrorisme portée contre Maduro. La justice américaine vient d'ailleurs de revoir son acte d'accusation contre Nicolas Maduro. Cette révision soulève des doutes sur la légitimité des désignations antérieures, notamment celle d'organisation terroriste étrangère.
Article publié sur notre site
Le journaliste Manolo De Los Santo :
Dans un contexte d'escalade sans précédent, les États‑Unis ont mené une opération militaire illégale visant à enlever Nicolás Maduro, déclenchant une crise majeure mais aussi une démonstration inattendue de résilience du Venezuela.
Manolo De Los Santos montre comment, derrière la puissance technologique américaine, se cachent des faiblesses politiques que l'administration Trump n'a pu masquer.
Malgré les bombardements et la capture du président, l'État bolivarien est resté debout : la chaîne de commandement a fonctionné, les institutions ont tenu, et la mobilisation populaire s'est immédiatement intensifiée.
Il dénonce également la campagne de désinformation qui accuse Delcy Rodríguez de trahison, en rappelant son parcours révolutionnaire et la cohérence stratégique de ses décisions.
Loin d'une capitulation, les appels au dialogue avec les États-Unis s'inscrivent dans une tactique de repli visant à préserver l'État face à un rapport de forces défavorable. Ces événements sont à mettre en perspective historique, en comparant la situation actuelle au traité de Brest‑Litovsk (1918) signé par les bolcheviks pour sauver la révolution russe.
Manolo De Los Santos souligne aussi l'isolement géopolitique du Venezuela et l'insuffisance du soutien international face à l'agression américaine. Pourtant, la révolution bolivarienne continue de s'appuyer sur une base populaire organisée, féminisée et déterminée, qui occupe les rues et les communes.
Cet article, que nous avons publié sur notre site, nous invite à déjouer la propagande médiatique et à renforcer la solidarité internationale. C'est une lecture indispensable pour comprendre ce moment charnière et les enjeux réels derrière le récit dominant.
La gauche française et le Venezuela : Analyse très lucide du journaliste Maurice Lemoine spécialiste de l'Amérique latine dans une interview réalisée par le Café Marxiste le 8 février 2025 (à partir de 1:09:55)
La gauche française, dans son ensemble, a largement abandonné le Venezuela, souvent pour des raisons historiques ou idéologiques, sans réelle compréhension de la situation sur le terrain.
Le Parti socialiste, historiquement lié à la social-démocratie, s'est opposé au chavisme dès le départ, notamment à cause de ses liens passés avec le président vénézuélien Carlos Andrés Pérez et l'international socialiste.
Le Parti communiste français est divisé, mal informé sur la réalité vénézuélienne, et hésite à prendre position, notamment à cause de la scission du parti communiste vénézuélien.
La France insoumise, initialement défenseur du Venezuela, a subi de fortes critiques et s'est rétractée, évitant désormais le sujet pour ne pas être assimilée à la crise vénézuélienne. Vous pouvez visionner cet échange tendu du 6 janvier 2025 entre Apolline de Malherbe et Mathilde Panot sur Trump et Maduro pour en mesurer la portée
L'extrême gauche médiatisée, influente dans les médias et les universités, critique fortement le Venezuela, préférant une « révolution imaginaire » pure et idéale, plutôt que d'accepter les complexités et imperfections du processus vénézuélien.
Beaucoup de ces courants de gauche récupèrent symboliquement les succès du chavisme quand tout va bien, mais se désolidarisent dès que la situation devient difficile. Cette attitude crée une confusion et une incompréhension, renforçant le discours de la droite qui utilise ces critiques pour discréditer le gouvernement vénézuélien sur le ton « même la gauche critique le Venezuela ! »
La gauche française reproche à tort au Venezuela des politiques néolibérales, alors que le pays développe la démocratie participative, protège l'agriculture locale et interdit les OGM. Les écologistes et certains courants de gauche s'acharnent contre le Venezuela, malgré des mesures progressistes sur l'environnement et la justice sociale.
Finalement, la gauche française se réfugie dans une posture confortable de critique, sans proposer d'alternative concrète ni reconnaître les avancées sociales du Venezuela, ce qui affaiblit son propre discours et son impact politique.




