Trump menace l'Iran de nouvelles sanctions sur fond d'accusations risibles

12-07-2019 wsws.org 8 min #159044

Par Bill Van Auken
12 juillet 2019

Le président des États-Unis, Donald Trump, a menacé l'Iran mercredi de resserrer à nouveau les sanctions punitives de «pression maximale» imposées par les États-Unis.

Dans un tweet ignorant et mensonger, le président américain a déclaré: «L'Iran depuis longtemps «enrichit» en cachette, en violation totale du terrible accord de 150 milliards de dollars signé par John Kerry et l'administration Obama []... Les sanctions seront bientôt renforcées considérablement!»

Rien ne prouve que l'Iran «enrichit secrètement» de l'uranium. Le pays s'est soumis au régime d'inspection nucléaire le plus intrusif de tous les pays dans l'histoire.

Quant à la référence à «l'accord de 150 milliards de dollars», que Trump décrit comme une sorte de paiement américain à Téhéran, le chiffre représente des avoirs iraniens à l'étranger déjà existants qui avaient été gelés sous les sanctions nucléaires de l'ONU. Ils ont été rendus au pays dans le cadre de l'accord nucléaire de 2015, anciennement connu sous le nom de Plan d'action conjoint (JCPOA), conclu entre Téhéran et six grandes puissances mondiales: les États-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne.

Trump a dénoncé le «terrible accord» le jour même où les États-Unis organisaient une intervention ridicule devant le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne, en Autriche.

Washington a exigé la tenue d'une session d'urgence du conseil d'administration des 35 pays afin de dénoncer Iran pour les augmentations minimes des niveaux de stocks et d'enrichissement d'uranium de l'Iran, dépassant les plafonds fixés par l'accord de 2015, dans des conditions où l'administration Trump, en violation flagrante du droit international, a abrogé le traité entier il y a plus d'un an, tout en le dénonçant à plusieurs reprises comme inutile.

La performance américaine à Vienne a révélé un cas d'école de la nature de la «diplomatie» américaine, qui consiste en ultimatums conçus uniquement pour promouvoir le double objectif de changement de régime et de guerre.

L'ambassadrice américaine auprès des organisations internationales à Vienne, Jackie Wolcott, a accusé l'Iran «de chantage nucléaire» et a exigé que son «comportement déloyal ne soit pas récompensé». Elle a également insisté sur le fait «qu'il n'y a aucune raison crédible pour que l'Iran élargisse son programme nucléaire».

Tout le monde sait cependant que l'Iran a accepté de réduire son programme nucléaire en échange de garanties de la part des grandes puissances, y compris Washington, que les sanctions soient levées et que les liens commerciaux et économiques avec le pays soient rétablis.

Washington a non seulement dénoncé ces garanties en abrogeant unilatéralement l'accord, il a également instauré un régime de sanctions visant à réduire à zéro les exportations de pétrole iranien et à faire effondrer l'économie du pays en visant non seulement l'Iran, mais également toute entreprise ou pays qui oserait commercer avec lui.

Téhéran a lancé l'accusation, qu'un an après que les États-Unis ont abandonné l'accord et entamé leur campagne de sanctions, les trois signataires à l'accord de l'Europe de l'Ouest n'ont pas pris de mesures concrètes pour en contrer les effets et apporter l'aide qui avait été promise.

Le mois dernier, Téhéran a annoncé qu'il avait délibérément dépassé la limite de 300 kg imposée par le JCPOA sur ses stocks d'uranium enrichi et dimanche dernier, il a annoncé une deuxième violation délibérée d'une limite fixée dans l'accord, augmentant ainsi son niveau d'enrichissement d'uranium - qui avait été plafonné à 3,67 pour cent et a été augmenté à 4,5 pour cent.

Ces deux mesures sont en grande partie symboliques et ne mettent pas de façon significative à la portée d'Iran une production d'uranium à des fins militaires, ce qu'en tous cas Téhéran a répété à maintes reprises n'a jamais été son objectif. En outre, ces stocks et ces niveaux d'enrichissement ne violent nullement les termes des obligations de l'Iran vis-à-vis de l'AIEA, qui continue à inspecter ses installations nucléaires. Ni l'AIEA, ni d'ailleurs Washington, ne font partie du JCPOA, ce qui fait de l'agence un forum tout à fait inapproprié pour la diatribe de Washington.

Le gouvernement iranien a indiqué qu'il prendrait d'autres mesures dans un délai de 60 jours si les puissances européennes ne tiennent pas leur promesse faite l'année dernière, à la suite de l'annulation de l'accord par Washington, de fournir «des solutions pratiques afin de maintenir la normalisation des échanges et les relations économiques avec l'Iran».

Les exportations de pétrole iranien ayant été ramenées de 2,5 millions de barils par jour (bpj) en avril 2018 à seulement 300.000 bpj aujourd'hui, il va de soi que cette «normalisation» n'a pas eu lieu. En attendant, le déploiement par les puissances européennes d'Instex (Instrument de soutien des échanges commerciaux), un mécanisme commercial censé échapper aux sanctions imposées par les États-Unis et contourner le système financier basé sur le dollar, a été reporté à plusieurs reprises pour des raisons prétendument techniques.

Alors que la bourgeoisie européenne craint les conséquences catastrophiques d'une guerre américaine contre l'Iran et a ses propres ambitions d'exploiter les marchés et les ressources du pays, elle n'a pas contesté l'agression de Washington.

Avant la réunion du conseil de l'AIEA, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune lâche et cynique dans laquelle ils ne faisaient aucune mention du sabotage du JCPOA par les États-Unis ni de leurs propres obligations en vertu de l'accord, tout en dénonçant l'Iran pour avoir «poursuivi des activités en contradiction avec le JCPOA» et exigeant que Téhéran «fasse marche arrière immédiatement».

Aux termes de l'accord nucléaire, l'Iran est habilité à «cesser de s'acquitter en tout ou en partie des obligations qui lui incombent en vertu du JCPOA» s'il constate que les parties signataires à l'accord font preuve d'une «inexécution significative» de leurs obligations, jusqu'à ce que le différend soit résolu.

Lors de la réunion de l'IAEA, Kazem Gharib Abadi, chef de la diplomatie iranienne auprès des organisations internationales basées à Vienne, a qualifié de «triste ironie» le fait que les États-Unis soient venus à l'AIEA pour dénoncer l'Iran au sujet d'un accord que Washington avait répudié. Il a décrit les sanctions unilatérales et extraterritoriales américaines comme une forme de «terrorisme économique» qui ne sont «ni légitimes ni légales» et équivaut à «des armes de guerre».

Le président iranien Hassan Rouhani aurait condamné l'hypocrisie des puissances européennes dans une allocution prononcée mercredi devant le gouvernement. «D'un côté, les Américains ont décrit le JCPOA comme le pire accord possible et s'en sont retirés», a déclaré Rouhani. «D'un autre côté, lorsque l'Iran réduit ses engagements vis-à-vis de l'accord, tout le monde exprime sa préoccupation, alors qu'ils devraient s'inquiéter des États-Unis, qui ont violé l'accord dans son ensemble». Il a qualifié de «ridicule» la convocation de la réunion de l'AIEA par Washington.

Le représentant iranien auprès de l'AIEA a indiqué après la session que Washington avait tenté en vain de solliciter d'autres pays membres à convoquer la réunion. Il a noté que l'IAEA n'a pris aucune décision ni publié de déclaration officielle en réponse à l'intervention américaine, soulignant son caractère «ridicule».

Le représentant américain à l'AIEA a exigé de manière provocatrice que Téhéran entame des négociations «sans condition préalable». Après avoir rejeté les résultats de plus d'une décennie de négociations, Washington exige maintenant, sous la pression de sanctions visant à affamer la population du pays, que l'Iran engage des pourparlers dont l'objectif serait de transformer le pays en une semi-colonie de l'impérialisme américain.

Le Pentagone a également intensifié sa menace militaire contre l'Iran mercredi. Le général de la marine Joseph Dunford, président du Comité des chefs d'état-major, a annoncé que les États-Unis formaient une «coalition» pour «assurer la liberté de navigation à la fois dans le détroit d'Ormuz et dans les eaux du Bab al-Mandeb», les points de passage «stratégiques» qui relient respectivement le golfe Persique à l'océan Indien et la mer Rouge au golfe d'Aden.

Dunford a déclaré aux journalistes que la coalition serait «évolutive». Il a poursuivi: «Donc, avec un petit nombre de contributeurs, nous pouvons commencer une petite mission et nous l'étendrons à mesure que les pays désireux de participer s'identifient.»

La remarque laissait entendre qu'à ce stade, la «coalition» ne comprendrait que les États-Unis et les régimes pétroliers des cheiks sunnites menés par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Mark Esper, le plus récent des secrétaires à la Défense par intérim de Trump, a évoqué la possibilité d'une telle coalition le mois dernier avec les alliés supposés de Washington au sein de l'OTAN, mais il a été rabroué.

Quels que soient les pays qui s'embarquent dans cette nouvelle intensification de l'intervention militaire américaine dans le golfe Persique, la multiplication des opérations navales ne fera qu'aggraver la menace d'un affrontement militaire.

Tandis que Washington tente d'affirmer par la puissance militaire son hégémonie illimitée sur le Moyen-Orient et ses vastes réserves d'énergie, un tel affrontement pourrait s'étendre à toutes les grandes puissances, y compris la Russie et la Chine dotées de l'arme nucléaire, posant le grave danger d'une troisième guerre mondiale.

(Article paru en anglais le 11 juillet 2019)

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