15/01/2020 reseauinternational.net  4 min #167491

Libye - Haftar et ses soutiens veulent la guerre ou l'option suicidaire

Quel grossier personnage que ce Khalifa Haftar, maréchal autoproclamé et grand déserteur devant l'éternel ! Il avait déserté avec ses troupes lors de la guerre du Tchad face à la France dans les années 80. Le revoilà qu'il quitte en catimini Moscou pour ne pas avoir à signer l'Accord de cessez-le-feu que son rival Fayaz Al-Sarraj, président du Conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale de Libye, le seul à être reconnu par les Nations Unies, a pourtant paraphé.

Fayaz Al-Sarraj

Les négociations furent extrêmement difficiles. Aggravées par l'arrogance extrême de Haftar. Refus d'un dialogue autour d'une table car ses interlocuteurs ne représentent rien face au génie du maréchal. Les négociations ont donc été conduites indirectement entre les deux délégations via l'intermédiaire des russes et des turcs. Haftar voyait de haut tout le monde : les russes, « cette race d'esclaves à l'âme tourmentée que les occidentaux auraient dû exterminer depuis longtemps » ; les turcs, l'ennemi désigné et dont Fayaz al-Sarraj, ce représentant des élites citadines raffinées d'origine ottomane, est l'allié naturel. Inutile de s'attarder sur le mépris teinté de haine viscérale et tenace que Haftar, un descendant de bédouins déracinés, nourrit pour cette classe. Haftar et ses soutiens ne sont pas du côté de la paix.

Khalifa Haftar

Haftar se sent sûr de sa force. Cependant depuis neuf mois, ses troupes ou plutôt ses milices qui ont usurpé illégalement le titre d'Armée Nationale Libyenne, pataugent devant Tripoli qu'ils veulent enlever de force, en dépit d'offensives continuelles. Les soutiens de Haftar et du gouvernement non reconnu de Tobrouk (Cyrénaïque), poussent à la guerre pour que Haftar établisse une tyrannie absolue sur ce pays très riche en pétrole et assurer leurs intérêts stratégiques et énergétiques. Ces puissances se réjouissent un peu vite d'un hypothétique « échec diplomatique russe » ou d'un « fiasco italien en Libye » mais se montrent très réservés quand il s'agit d'évoquer la position de l'Algérie, pays qui revient en force dans le dossier libyen et la Tunisie dont les élites se reconnaissent infiniment dans Al-Sarraj et méprisent le parvenu qu'ils voient en Haftar.

Le Grand Turc est maintenant très remonté contre Haftar et il ne se privera aucunement d'exploiter la première opportunité pour le corriger sur le terrain. Mais il n'y pas que la Turquie qui soit très remontée contre Haftar. L'Algérie a affirmé que « Tripoli est une ligne rouge » et perçoit non seulement de plus en plus mal les interférences des pays du Golfe et du Machrek dans la zone maghrébine mais considère la guerre et le chaos en Libye comme les conséquences directes des politiques erronées et égarées de la France et de l'OTAN.

Le présdient turc Tayep Reçep Erdogan est très remonté contre Haftar

Un scénario dans lequel Haftar prendrait le pouvoir en Libye et s'en prendrait à la Tunisie obligerait l'Algérie à intervenir militairement pour prêter main forte à Tunis comme du temps où Gaddafi avait voulu envahir le sud tunisien à l'époque de Bourguiba. On se rappelle également comment le général Liamine Zeroual, ex-président algérien de 1995 à 1999 avait menacé Gaddafi lors d'une conversation téléphonique d'envahir la Libye en quelque heures et de venir boire son café à Tripoli même quand les libyens avaient multiplié à l'époque des provocations non loin des principaux gisements d'hydrocarbures algériens. Aujourd'hui l'Algérie dispose de l'arme blindée la plus structurée, la mieux organisée et la mieux équipée d'Afrique avec une prédominance croissante de chars de combat T-90 SA et de véhicules blindés Terminator et techniquement, l'Armée algérienne serait capable d'écraser les milices de Haftar en un seul coup de main. D'où la multiplication des signes d'apaisement que Haftar a commencé à envoyer en direction des Algériens. En vain.

Haftar et ses soutiens veulent la guerre. Une option suicidaire pour Haftar et préjudiciable pour la Cyrénaïque ; laquelle risque de se retrouver marginalisée à nouveau comme du temps de Gaddafi.

source :  strategika51.org

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