17/10/2020 reseauinternational.net  16 min #180508

Au nom de la santé

par Jean-Dominique Michel

C'est un très grand honneur pour moi que de publier le texte reçu ce matin même de Mme Hélène Strohl, Inspectrice générale des affaires sociales honoraire, auteure de L'État social ne fonctionne plus (Albin Michel, 2008) et co-auteure, avec Michel Maffesoli, de l'excellent et essentiel La Faillite des élites (éditions du Cerf, 2019) dont je recommande vivement la lecture pour y voir plus clair dans le naufrage civilisationnel en cours.

Elle passe ici en revue de manière magistrale les principales lignes de force de l'annonce du couvre-feu par le président Macron, ce dont il est le symptôme préoccupant ainsi que de ses impacts prévisibles.

J'avais -je le confesse- espéré en une maturation de la conscience collective à la faveur de l'absence évidente de « 2ème vague ». Il aura suffi d'une petite reprise ( prévisible puisque saisonnière) des hospitalisations et des décès pour que tout reparte en vrille. A la faveur certes de l'exploitation que le président de la république en a immédiatement faite, préparée quelques jours auparavant par la locution sans ambiguïté de son premier ministre, affirmant que «  les Français avaient besoin de mesures saignantes. » Halloween n'est pas éloigné il est vrai... et les pauvres Français vont être servis au-delà de tout ce qu'ils peuvent imaginer.

A nouveau pour le pire hélas : un couvre-feu comme celui-ci n'a aucune pertinence sanitaire avérée, et il achèvera d'achever différents pans d'activité économique qui sont autant de gagne-pain pour des millions de personnes, tout en précipitant le saccage de tout ce qui fait la vie en société (et même la vie tout court.)

L'industrie des  arts vivants entre autres ne s'en relèvera probablement pas. Sans doute pas grave pour un président-banquier issu du capitalisme financiarisé.

Le tout -et c'est bien cela le plus déprimant- sous les applaudissements d'une population déboussolée au point de ne pas voir que le faux remède signe (probablement définitivement) sa perte.

« Apocalypsis cum figuris » fut le titre d'une  pièce de théâtre magistrale de Jerzy Grotowsky et de son « théâtre pauvre » il y a cinquante ans. Ici, cette même valeur précipite un futur théâtre de la pauvreté chez nous dont seule la grande dépression des années '30 peut donner une vague préfiguration. Ceci alors que la situation épidémique n'est pas particulièrement préoccupante à ce stade.

Emmanuel Macron  s'est -à nouveau- appuyé sur des chiffres sans valeur épidémiologique . En affirmant par exemple que le but était de faire baisser le nombre de nouvelles contaminations de 20'000 cas par jour à 3'000.

Voyez la perversité :  le calibrage des « tests » à 40 ou 45 cycles d'amplification ne révèle aucunement le nombre de contaminations mais des traces de débris ARN issus du nouveau coronavirus ou d'autres.Il produit donc une grande majorité de « faux positifs » qui ne sont ni infectés ni contagieux. Pourtant, même l'excellent journaliste Pierre Ruetschi, Directeur exécutif du Club suisse de la presse,  affirme ce matin dans la Tribune de Genève que les gens testés positifs sont des « cas de Covid-19 » (soit des malades), ce qui est simplement et absolument FAUX.

Pour connaître la valeur des nouvelles infections, il faudrait que les tests PCR soient calibrés à 30 cycles d'amplification, pour n'être sensibles que dans les cas où le coronavirus actif est réellement présent.

Or avec un CT de 30 (médicalement pertinent), le  nombre défini comme étant l' »objectif » de Emmanuel Macron serait d'ores et déjà déjà atteint  !

Violence mimétique

Pendant ce temps, la violence mimétique se déchaîne violemment contre celles et ceux qui tentent, un peu désespérément, de rappeler certains repères de bon sens.

Après d'autres,  le Pr Laurent Toubiana fait part de sa lassitude face aux attaques insensées et violentes dont il est l'objet du fait qu'il continue de réfuter à juste titre la notion de « deuxième vague ».

Très simplement, s'il y avait dû y avoir une seconde vague, elle se serait produite au moment du déconfinement alors qu'aucune des mesures imposées depuis n'était en place ! Ce à quoi nous faisons face est la saisonnalité de ce qui est devenu une endémie, avec un caractère de gravité beaucoup moins grave qu'au printemps, du fait notamment des progrès majeurs des traitements en soins intensifs : la maladie ne tue plus aujourd'hui que des gens en toute fin de vie !

Écoutons le propos du Dr Olivier de Soyres :

« Médecin réanimateur à Toulouse, j'ai eu l'honneur de soigner des patients Covid-19 graves.
Ceux qui sont si malades qu'il faut les maintenir endormis, intubés, sous respirateur artificiel, parfois pendant six semaines.
À ce titre, je me permets ici d'aborder les questions de maladie, de soins et de liberté que cette crise soulève.
À l'heure où les villes françaises instaurent le masque obligatoire dans les rues, où les cinémas referment faute de public, où les restaurateurs constatent la frilosité des clients, où les plans sociaux se préparent, on désespère d'entendre la voix de la raison et de la liberté.
À condition d'avoir des réanimations en état de fonctionner, on ne meurt pour ainsi dire plus du Covid-19.
Cette phrase peut choquer mais c'est notre expérience.
Quand les services n'étaient pas débordés, seulement très mobilisés, avec des personnels préparés et formés, ce qui a été notre cas à Toulouse, les patients ont survécu.
Certains sont morts AVEC le Covid, mais pas DU Covid. »

Sans même parler de l' agression abjecte qu'elle a perpétrée à mon endroit, la RTBF a  mis en accusation de manière scandaleuse un ensemble de scientifiques belges qui avaient plaidé pour une approche raisonnable et raisonnée de l'épidémie.

Ce média public et financé par les impôts a osé rendre ces scientifiques responsables de la recrudescence du nombre de « cas » (avec la même réserve qu'exprimée plus haut) parce qu'ils avaient appelé à raison garder !

Bernard Rentier, virologue et recteur émérite de l'Université de Liège  a répondu avec l'élégance qui le caractérise à cette attaque vile et veule. Il n'en reste pas moins : l'hystérie entretenue par les autorités déclenche un ensauvagement et des incivilités de plus en plus grave des corps intermédiaires, de tous ces petits lieutenants et caporaux qui ont la reconnaissance du ventre face aux pouvoirs en place.

Dernier exemple : un ancien député genevois, pourtant observateur habituellement avisé et facétieux de la vie politique, vient de publier ceci sur les réseaux sociaux :

Coronavirus et système de santé : pour limiter les risques de saturation du système de santé, je propose que toutes les personnes qui trouvent les mesures excessives portent sur elles cette attestation dûment datée et signée. Ça facilitera le tri et la priorisation des malades...

« COVID-19 : Attestation de renoncement aux soins

Je soussigné.e M./Mme X Y atteste par la présente renoncer à toute hospitalisation ainsi qu'à toute admission aux soins intensifs si mon état de santé le nécessitait mais que les hôpitaux ou les services de soins intensifs étaient saturés en raison d'un nombre trop important de patients atteints du COVID-19 à traiter.

J'atteste qu'il en va également de même pour les enfants mineurs dont je suis le représentant légal

Le jj.mm.aaaa, signature »

A quoi j'ai répondu évidemment ceci :

« Ok, et pareillement, que tous ceux qui soutiennent des mesures excessives et inutiles qui feront perdre leur gagne-pain à des millions de personnes s'engagent à payer leurs indemnités chômage de leur poche !

Il faut vraiment arrêter ces enfantillages. La seule question qui compte est : quelles sont les mesures à prendre qui soient réellement pertinentes et présentent une balance coûts / bénéfices raisonnable en prenant tous les paramètres de santé (y compris socio-économique) en considération. Le reste est menuet de politicien. »

En ce qui concerne l'épidémie elle-même, voici ce que partageait hier un médecin-urgentiste :

« Bon les enfants
Il va falloir se réveiller
Espérance de vie moyenne en France 82 ans
Moyenne des DC COVID 84 ans
Rien ne vous choque ?
Un couvre feu,
Interdiction de vie sociale,
Un stress permanent,
Des jeunes culpabilisés à l'idée de transmettre et donc de tuer leurs ainés
Dans le 31, l'activité des urgences a baissé de 10%
Nous ne sommes pas débordés enfin pas plus que d'habitude.
Il y a dans les établissements privés dotés de service de Réanimation entre 0 et 5 patients hospitalisés donc l'immense majorité sont en service simple
L'hôpital n'est pas sous l'eau non plus
Hier soir à la régulation du SAMU essentiellement des gens terrifiés à l'idée d'avoir le COVID mais pas de détresse respiratoire...
D'où viennent ces chiffres fous qui ne correspondent pas à la réalité ? »

Mais voici aussi ce que m'a envoyé une fidèle lectrice :

« Jean-Dominique, je lis pratiquement toutes vos publications et j'y adhère pour la plupart. Vous lire m'aide chaque fois à placer les choses en perspective et je vous en sais gré. Vous faites un grand travail nécessaire.

J'aimerais partager une expérience personnelle ici : deux membres de ma famille sont depuis quelques jours hospitalisés, l'un en réanimation, intubation (58 ans), l'autre aux soins intensifs (68 ans). Suite à un anniversaire. Rien ne laissait penser que nous en arriverions là. Et nous y sommes, hélas. Beaucoup ignorent leurs fragilités... ou les cachent. Soyons critiques, doutons, pensons par nous même mais restons vraiment vigilants en matière de responsabilité individuelle. Pour soi, pour l'autre en face de nous. Merci. »

avec ma réponse, complétée de celle d'un internaute :

« Je vous adresse toute ma compassion, accompagnée de tous mes vœux de rétablissement pour vos proches. Oui, une épidémie n'est pas rien ! Heureusement les soins prodigués en réanimation ont fait d'immenses progrès depuis avril (cf.  vidéo du Dr Louis Fouché à ce sujet ) et les perspectives de guérison sont très bonnes. Si on soignait précocement avec l'HCQ encore plus... L'intubation ne se pratique plus normalement: on ré-oxygène prioritairement de façon douce désormais. Bon courage à vous tous et chaleureusement. »

Eh oui, la réalité est toujours complexe. Ces deux dernières citations sont les « bordures » du champ de la question qui nous intéresse. Ce qui rend une contribution comme celle de Mme Strohl d'autant plus précieuse et nécessaire. Pour résister à cette simplification abusive qui emporte tout sur son passage...

Bonne lecture !

*

Au nom de la santé

par Hélène Strohl, Inspectrice générale des affaires sociales honoraire

Auteure de L'État social ne fonctionne plus, Albin Michel, 2008

Un couvre-feu décidé dictatorialement

C'est la dimension symbolique de cette décision de couvre-feu qui est sans doute la plus significative. Bien sûr les conséquences « économiques » en seront importantes, comme celles sanitaires d'ailleurs, notamment psychiatriques.

Couvre-feu : c'est à dessein que le président a employé ce mot, plutôt que celui de confinement sanitaire partiel ou nocturne. Car bien sûr le couvre-feu évoque la guerre, et donc le légitime lui comme chef de guerre. D'autant qu'il a pu, dans un pays dit démocratique, décider, tout seul, sans aucune opposition ni aucune délibération, ni aucune consultation obligatoire, de priver vingt millions de Français d'une large part de leur socialité de base. Le couvre-feu a pour objectif d'empêcher, pendant quatre semaines, six semaines, six mois, un an, sait-on jamais, le « manger et le boire ensemble ».

Les livreurs de pizza et les producteurs de télévision comme les plateformes de jeux et de films peuvent se réjouir, il n'y aura plus de repas conviviaux en Île-de-France et dans dix grandes villes. Exécution immédiate, pas même un samedi de répit !

Ni le Parlement, ni le Conseil d'État, ni le Conseil constitutionnel, ni le juge judiciaire, gardien des libertés publiques ne peuvent mais contre cette voie de fait.

Au nom de la santé !

Comme le dit un hebdomadaire mainstream, « les rassuristes sont à contre-courant », car la grande majorité des politiques, des hauts fonctionnaires, des médecins, des scientifiques, des journalistes applaudit à grands cris le choix « cornélien » qu'a fait notre Président.

Pourquoi y croit-on ?

Le mythe se construit lentement, mais sûrement. Il n'est même plus besoin de parler de la guerre explicitement, il suffit d'évoquer les scènes épouvantables auxquelles nous échappons : des réanimations saturées, et personne ne s'avise de dire qu'une toute petite partie des personnes en réanimation est intubée, que l'oxygène qu'on leur administre pourrait l'être à domicile de même que les corticoïdes dans grand nombre de cas, et qu'en tout état de cause ces malades en réanimation ne constituent qu'un petit pourcentage des malades hospitalisés qui eux-mêmes sont un petit pourcentage des malades symptomatiques, qui eux-mêmes ne sont qu'une petite part des testés positifs dont une large partie sont de faux positifs.

Ce sont là des faits, les personnes qui les établissent et les diffusent n'ont pas été poursuivies pour diffusion de fake news et, pour cause, n'ont pas été démenties.

C'est sans doute d'abord par peur que nombre de personnes ne mettent pas en cause le fondement du mythe macronien du Covid. Chacun connaît maintenant un proche qui soit a perdu un proche, soit a lui-même été malade et on n'ose pas infirmer la gravité de la maladie. Pourtant, même en Suède, pays qui du fait du refus de tout confinement a connu une forte mortalité au printemps, mais qui maintenant a surmonté l'épidémie (plus aucun mort depuis début octobre), on n'a assisté qu'à une surmortalité de 15% par rapport à celle de 2019. Il est d'ailleurs fort possible que cette surmortalité soit compensée en 2021 par une « sous-mortalité » presque équivalente, car il s'agit essentiellement de personnes qui sont morte six mois à un an plus tôt qu'elles ne seraient mortes sans le virus. C'est ce qui s'est vu durant la canicule de 2005. Mais trop de gens ont entendu quelqu'un leur raconter combien cette maladie l'a fatigué (comme une grosse grippe effectivement), combien ils peinent à s'en remettre, etc. Sans doute aussi la manière dont les personnes sont mortes frappe-t-elle de sidération la majorité des gens qui sont dès lors incapables de relativiser le phénomène. Car il est vrai qu'il est scandaleux de se dire qu'à cause d'une épidémie qui a représenté moins de 10% des morts de l'année, on a été incapable d'accompagner les mourants et de les enterrer dignement. Ils sont morts seuls et souvent ont été mis en cercueil sans même que les proches puissent les voir ! Dès lors, il faut, pour accepter cela, comparer cette épidémie à un épisode guerrier, une sorte d'immense catastrophe (18 000 morts directs pour la catastrophe de Fukushima, 260 000 morts pour le Tsunami de l'Océan indien) sans commune mesure avec les causes de mortalité ordinaires.

Honte et peur, culpabilité d'être le survivant d'une catastrophe, on trouve là tous les ingrédients propres à expliquer une partie de la docilité des populations face aux manipulations par la caste au pouvoir, ceux qui comme le dit Michel Maffesoli ont le pouvoir de dire et de faire 1.

Il y a aussi de la bêtise et de la paresse chez nombre de commentateurs de la politique gouvernementale. Comme le disait naïvement une journaliste à qui on faisait remarquer que son analyse de la mortalité par pays était erronée, « on ne peut pas tous être devenus des épidémiologistes ». Mais alors, si vous ne faites pas l'effort de comprendre ces chiffres et ce à quoi ils renvoient, pourquoi donc les reprenez-vous comme de petits perroquets ? Il y a assez actuellement de littérature critique des conceptions diffusées par les autorités pour pouvoir être au courant. Toussaint, Perronne, l'IHU, l'université John Hopkins, Jean-Dominique Michel, etc. Il n'est pas besoin de faire Polytechnique pour comprendre que ces faits sont probants. Il faut juste considérer les chiffres sans fascination ni sidération. Ce sont de simples mesures. Qui les a établis, comment ? Que recouvrent-ils ? Comment les comprendre ? Ce ne sont pas les épidémiologistes qui choisissent ce qu'on va mesurer, ce sont plutôt les cliniciens. Ce ne sont pas non plus les épidémiologistes qui savent quels médicaments pourraient être efficaces, tout au plus peuvent-ils à priori (essai randomisé) ou à posteriori (données observationnelles) comparer des traitements entre eux ou l'absence de traitement et un traitement. Ce sont les médecins au lit des malades qui ont « l'idée » du traitement. Ce sont les réanimateurs qui en observant les malades et en échangeant entre eux ont changé le protocole conseillé au départ. Ces médecins, ces réanimateurs 2, ces épidémiologistes parlent, écrivent, il suffit de les écouter de manière attentive plutôt que de perdre son temps à écouter en boucle le chœur des pleureuses patentées. Car sauf de très rares exceptions ̶ il faut citer l'émission d'André Berkoff sur Sud Radio ̶, et les informations de grande qualité diffusées par le collectif France Soir actualités, dans les médias traditionnelles, on n'entend que répéter à l'envi les mêmes versions de l'épopée guerrière de notre président.

La construction d'une épopée

Les visées sont-elles bassement politiques ? S'agit-il de reculer l'échéance électorale des régionales (perdues d'avance pour LREM) ? S'agit-il même de mener l'épopée jusqu'à quelques mois de la campagne présidentielle pour apparaître comme Moïse sauvant son peuple ? Les vagues de l'épidémie sont-elles à comparer aux douze plaies d'Égypte ou bien aux eaux qui se retirent pour laisser passer le cortège présidentiel vainqueur ?

Il y a en tout cas, depuis le début, une adhésion au mythe de ceux qui « font l'information » tout à fait extraordinaire. Certes aucun des auteurs ou des conteurs de cette épopée ne sont véritablement touchés par les décisions de confinement ou de couvre-feu.

Ce sont les sans grade, les prostitués, les mendiants, les travailleurs au noir, les déviants de toutes sortes, les chauffeurs d'Uber, les auto-entrepreneurs, les intérimaires et les saisonniers, bref tout ce grouillement de gens qui se débrouillent dans les interstices du système, qui sont malades et surtout qui se retrouvent sans ressources. Et que, pour part, on s'emploie depuis quelques années à virer ou en tout cas à désinciter 3. En ce sens la « gestion » du Covid aura été un formidable instrument de rationalisation de l'économie et d'accroissement de la productivité. Activités et travailleurs inutiles peuvent mourir de leur belle mort. Ils n'apparaissent même pas dans les statistiques, sinon dans celles larmoyantes de la pauvreté : comme si c'était un scoop que de découvrir que les personnes pauvres vont plus facilement tomber malades et mourir dans une épidémie, elles qui ont déjà une espérance de vie bien amoindrie et souffrent plus que les riches de toutes les pathologies qui rendent le Covid mortel.

Cette épopée avec ses coups de force laissant béats les vieilles institutions, les parlementaires, les juridictions, les universités, empêchant les rassemblements rituels traditionnels, quotidiens ou festifs, mettant à mal les rites collectifs de toutes les religions se fait au nom des plus vieilles valeurs de la modernité dix-neuviémiste : hygiénisme, puritanisme, individualisme.

Elle s'inscrit parfaitement dans l'idéologie construite par notre système public. Car ce combat contre « l'obscurantisme, les croyances irrationnelles, l'absence de scientificité » est celui qui sous-tend pour une large part l'action publique ; c'est en tout cas ce à quoi s'est réduit le service public.

Les acteurs ne sont pas tant les ministres, qui passent, mais les hauts fonctionnaires qui eux jouent, jour après jour, à cette bataille navale.

L'épopée covidienne de Macron s'inscrit parfaitement dans ce petit monde. Choisir la santé contre l'économie, quel beau slogan pour enfin moderniser, rationaliser l'économie, en faisant le bien des gens, contre leur gré. Quel bel outil d'asservissement des esprits et des comportements.

Et tout ceci pendant qu'applaudissent comme les moutons bêlants qu'ils sont tous ces beaux messieurs et ces belles dames que reconduiront à leur domicile leur chauffeur, après 20 h bien sûr.

Cette prétention à devenir une légende vivante (le sauveur), à écrire une épopée morbide, la tentative de jouer et faire jouer un « Puy du fou du Covid » n'est cependant pas sans risque. Car le « bas peuple », privé de ce qui fait l'essence même de la vie, les amours, les amitiés, les solidarités proches, peut sombrer dans la désespérance, se suicider collectivement, mais aussi se révolter.

Le conte de l'apprenti sorcier est à relire d'urgence.

----------- 1 Michel Maffesoli et Hélène Strohl, La Faillite des élites, éditions du Cerf, 2019.

2 Il faut écouter par exemple la très belle vidéo de Louis Fouchet, médecin réanimateur à l'hôpital de la Conception à Marseille sur le site de l'IHU.

3 On peut renvoyer aux travaux de Sarah-Marie Maffesoli dans sa thèse, La Déviance en droit : analyse d'un processus implicite de normalisation, thèse soutenue à Paris X en 2013, qui montre bien l'ensemble des instruments juridiques désincitatifs employés pour « empêcher » des comportements qui ne sont pas interdits, mais que tout simplement la morale et l'opinion majoritaire réprouvent.

source:  jdmichel.blog.tdg.ch

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