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23/09/2021 mondialisation.ca  12 min #195524

L'essoufflement d'une prétendue puissance

Par  Maryse Laurence Lewis

Malgré l'aménagement d'environ 800 bases militaires, grugeant insidieusement la Terre, à la manière des mines antipersonnel, les États-Unis ne s'avèrent plus une super-puissance, si on se réfère aux nombreuses défaites de son histoire militaire. Les Chinois qualifie ce géant de « tigre de papier ». En effet, de petits pays comme la Corée du Nord et le Viêt-Nam l'ont embourbé. Ses armées officielles ou de mercenaires furent expulsées de Syrie, déroutées d'Afghanistan On évalue à huit milliards de dollars US le coût de ses défaites aux Moyen-Orient. Le budget militaire de ce pays s'élevait à 740 milliards de dollars en 2020 et atteindra 756 milliards en 2022. Un exploit facilité par la réduction des apports aux services sociaux, bien que ceux-ci soient payés par les taxes et impôts des citoyens. ¹

Le 11 septembre 2001, trois forteresses s'écroulèrent de manière ahurissante aux États-Unis. Deux en entier, l'autre perdant une aile. L'aigle à tête blanche ne planait plus aussi orgueilleusement. Trois jours plus tard, on demandait aux habitants de la planète d'observer une minute de silence, en communion avec les victimes des attentats exécutés à New York. J'ai entendu ce message et je compatis avec les employés qui se trouvaient en poste ce matin-là; avec les touristes qui ont été prisonniers des tours jumelles et des allées du Pentagone; avec les enfants qui ont vu ce drame, alors qu'ils croyaient vivre en un État privilégié; avec les pompiers, secouristes et policiers morts en service, sous les décombres. En tant que citoyenne d'un pays où l'on prétend accorder aux individus la liberté d'expression, je propose également d'observer une minute de silence.

Une minute de silence

Pour la douzaine de millions d'autochtones, éliminés pendant la colonisation des États-Unis. Une minute pour les Mexicains contraints de guerroyer, lorsque les États-Unis décidèrent d'annexer de force une partie de leurs terres. Une minute pour les générations d'esclaves africains maintenus dans la peur, le boulet au pied, par un État qui prétendait s'ouvrir au monde et permettre la réalisation de tous les rêves. Et pour leurs descendants haïtiens, soumis aux intérêts de l'Oncle Sam dès 1915. Une minute pour les 230,000 civils calcinés par les bombes atomiques lancées par les États-Unis, sur Hiroshima et Nagasaki. Une autre pour les civils morts pendant la guerre de Corée, durant laquelle les anti-communistes se sont enlisés. Une minute pour les victimes de l'esclavage, suivi d'un régime d'apartheid, en Afrique du Sud, pendant lequel aucun comité de l'ONU ne parvint à imposer d'embargo. Son achèvement et la libération de l'avocat Mandela furent négociés, en partie, grâce à Fidel Castro qui retira ses troupes d'Angola. Ce révolutionnaire cubain que les États-Unis ont incité à se déclarer communiste et président à vie, suite à des menaces d'invasion, alors que son gouvernement ne cherchait qu'à nationaliser les entreprises et donner des terres aux paysans, spoliés par les intérêts étrangers et la mainmise de Batista. J'ajoute une minute pour la population du Viêt-Nam, assassinée, brûlée vive par le napalm fabriqué par l'ancêtre de la compagnie Monsanto. Une minute pour rappeler l'amitié du Président Reagan pour Ferdinand Marcos qui enfonça les Philippins dans la pauvreté, tout en proclamant la loi martiale jusqu'à sa prise absolue du pouvoir. ²

Une minute pour les Chiliens victimes de la répression militaire d'Augusto Pinochet, parvenu à renverser le gouvernement de Salvador Allende, grâce au soutien de la CIA. Une autre pour souligner que le gouvernement des États-Unis ne s'est pas empressé de sauver la population Haïtienne, sous le régime de papa Duvalier, et rappeler qu'on a permis à son fils de se réfugier en France, avec l'argent du peuple. Quoique la CIA ait contribué au renversement de Jacobo Arbenz, en 1954, lequel eut l'audace de procéder à une réforme agraire, en faveur des paysans, et déloger des multinationales qui mutaient son pays en « république de bananes », on n'intervint pas lors des dictatures suivantes. Une minute, donc, pour les 200,000 morts et 43,000 réfugiés Mayas et Métis, assassinés au Guatemala, par le régime xénophobe de Rios Montt. Une minute pour les victimes des Contras, entraînés par les États-Unis, en vue de renverser le gouvernement sandiniste opposé à la dictature de la famille Somoza, au Nicaragua. En 1980, on dilapida un million de dollars dans cette opération belliqueuse. ³

Déjà, en 1953, l'Iran à tendance laïque du Premier ministre Mossaddegh, déplaisait par ses réformes agraires, ses aides sociales et la nationalisation du pétrole. On mit fin à cette embellie politique en le remplaçant par le général Fazlollah Zahedi. La nappe pétrolière fut remise aux mains étrangères et le Shah Pahlavi put polir gentiment ses griffes. Après la nationalisation de l'Irak Petroleum Company, au détriment de l'Angleterre et des États-Unis, le gouvernement d'Ahmad Hasan Al-Bakr donnait-il trop de droits aux femmes, en prônant la laïcité? En 1979, on l'incita à démissionner pour le remplacer par Saddâm Hussein. J'ajoute donc une minute pour les innombrables civils iraniens, morts au cours des années de guerre entreprise contre eux, lorsque Saddâm Hussein bénéficiait des bonnes grâces des États-Unis, sous forme d'armements, entre 1980 et 1988, cette fois pour combattre un meneur des plus religieux Trop sûr de lui, en 1990, il envahit le Koweït (une portion de l'ancien territoire irakien enlevé jadis par l'Angleterre). De protégé, Saddâm Hussein devient l'ennemi des États-Unis et des intérêts européens. On l'accusa de dissimuler des armes de destruction massive, alors que les Français et les États-uniens savaient très bien quelles armes il possédait, puisqu'ils les lui vendaient! Je sollicite donc une minute de silence tragique, pour les milliers d'enfants qui moururent en Irak, des suites de l'embargo imposé par les États-Unis sur ce pays. 4

Une minute pour rappeler l'envahissement de la Grenade, considérée trop socialiste par les États-Unis. Une minute pour dire que l'armée états-unienne eut l'occasion de tester de fines armes sur la population du Panama, lorsque leur ancien collaborateur, Noriega, prit trop d'indépendance et de pouvoir à son goût. Une minute pour rappeler que de haut gradés américains ont demandé qu'on taise l'annonce d'un génocide au Rwanda, pays pauvre habité par des Noirs, qui ne présentait aucun intérêt justifiant une intervention humaine. On cacha aussi la vente d'armes réalisée par Israël aux dirigeants du pays. Une minute pour rappeler que les États-Unis ont aidé le dictateur Suharto a prendre le pouvoir en Indonésie. Son invasion du Timor oriental fit périr 80,000 personnes, tandis que 300,000 autres perdaient leur gîte et plus de 100,000 citoyens moururent des suites du saccage de leur île. Une minute pour la population civile de l'ancienne République fédérale de Yougoslavie, en 1999, et du Kosovo, en 2008, qui souffrira pendant des générations des bombardements d'uranium appauvri lancé par la main généreuse des États-Unis, sous l'égide de l'OTAN, malgré les résolutions de l'ONU et l'interdiction fictive d'armes de destruction massive. Une minute pour les Russes qui goûtent maintenant au capitalisme. Une pour féliciter les États-uniens, défenseurs de la paix sur Terre, de parvenir à augmenter leur vente d'armes cette année 2001, se propulsant au rang de fournisseur de la moitié de tout l'arsenal vendu à travers le monde. 5

Je propose une minute intensive d'écoute de Baby Bush, déclarant vengeance et guerre, sous le conseil de son papa, dans une sainte église américaine. Une minute pour méditer sur le fait que les États-Unis arrachèrent 20 milliards de dollars, du fonds de réserve attribué aux services sociaux, pour les offrir à l'armée, tout en ne donnant pas un sou aux victimes des attentats. Écoutons aussi le maire de ce moment, à New-York, rappeler aux citoyens d'aider leur pays en consommant davantage. Cette contrée promouvant le libéralisme viola ses propres lois de marché, en subventionnant des compagnies aériennes.

On me répondra que, en 2001, les victimes furent des civils. C'est vrai, comme ce fut le cas dans les pays envahis par les élus du Pentagone, pour des guerres « préventives » ou « humanitaires ». Certains êtres ne pleurent ou ne s'horrifient que lorsque les États-Unis ou l'Europe occidentale subissent un attentat. Lorsque la journaliste Lesley Stahl, à l'émission Sixty minutes, demanda son avis, en évoquant les 500,000 enfants morts des suites de l'embargo décrété contre l'Irak, la secrétaire d'État, Madeleine Albright répondit : « Nous pensons que le prix en vaut la peine ». 6

Il nous faudrait donc au moins une minute, pour applaudir tous les pays démocratiques du monde, qui dépensent des milliards de dollars par année pour la militarisation de la Terre, alors que l'UNICEF et OXFAM assure qu'une trentaine de milliards suffirait à nourrir, éduquer et soigner tous les enfants de la planète pendant un an. Enfin J'ajoute une minute suprême et capitale, pour rappeler à tous ceux qui doutent encore de l'inexistence de la démocratie, que ce sont les États-Unis qui ont entraîné et soutenu Oussama Ben Laden, afin qu'il mate les Talibans après les communistes, en Afghãnistãn. 7

Le 14 septembre, on a observé une minute de silence pour les victimes des attentats perpétrés contre les États-Unis. Cette minute émouvante fut plus totale qu'on ne se l'imagine, car en ce même jour, dans les journaux à grand tirage, on a aussi observé un silence absolu, en ce qui a trait aux Palestiniens qui se faisaient harceler sur leurs territoires occupés, alors que le 14 septembre 1993, on aurait pu mettre un terme définitif à ce conflit

En respectant cette minute de silence, nous avons rassuré les dirigeants de ce monde. Ils pourront veiller sur nous, en ayant la certitude que nous garderons encore longtemps le silence, puisque le Québec amendait la section 25 du code civil qui accordait le droit à la population de manifester son opinion sur la place publique, enfreignant du même coup l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Étant justes, nos dirigeants, eux aussi, garderont le silence, puisque la clause numéro 11 de l'ALENA permet aux multinationales de faire fi des mesures promulguées par les États qui se verront traînés en cour, dès que les lois qui protègent leurs citoyens et l'environnement seront jugées « entraves au libre commerce ». En définitive, je demande à tous les gens de bonne volonté d'observer une minute de silence Pour la mort annoncée de la liberté d'expression, et toutes les victimes que feront les Guerres Saintes que les États-Unis livreront aux peuples du Mal qui s'opposeront dorénavant à sa présumée puissance, grâce à la loi 107-40 qui permet d'assaillir une nation entière, plutôt que son armée ou son gouvernement. 8

Que penser des menaces de représailles, déclarées par des élus qui ont formé, financé et armé des dizaines de dictateurs notoires, en instituant des Centres tels que la Red Stone School d'Alabama, l'École des Amériques? Qui pratiquent l'ingérence, décrètent des embargos, destituent des gouvernements démocratiquement élus. Qui détruisent des infrastructures vitales et installent des spires à leur service, abandonnant les centaines de milliers de victimes de leur intolérance. Un gouvernement qui refuse de signer tout accord visant la protection de l'environnement ou l'arrêt de production d'armes nucléaires. Des présidents qui s'arrogent le pouvoir de juger du bien et du mal sur la Terre entière. Hélas Le seul fait que la Cour Internationale de Justice ne puisse officier qu'à la condition de ne jamais initier de procès contre les élus états-uniens prouve sa faiblesse et l'absence totale de démocratie en ce monde.

Maryse Laurence Lewis

Notes et références :

(N.B. Que les citoyens des îles ou les nations non énumérées dans cet article aient l'indulgence de reconnaître qu'il est presque impossible de procéder à un relévé exhaustif des actions politiques états-uniennes.)

1. Budget des États-Unis en 2020

 ici.radio-canada.ca

Budget des États-Unis en 2021-22

 latribune.fr

Coût des guerres :  ledevoir.com

2. Génocides :  aa.com.tr

Mexique : fr.wikipedia.org

Haïti :  lactualite.com

fr.wikipedia.org

Corée : fr.wikipedia.org

Cuba : fr.wikipedia.org

Afrique :  savoirs.rfi.fr

Viêt-Nam :  herodote.net

3. Chili :  ledevoir.com

Guatemala :  nsarchive2.gwu.edu

Pour télécharger la version complète en espagnol ou en français de Nunca más, rédigé par Juan José Gerardi et son équipe. Deux jours après la publication, il fut assassiné.  odhag.org.gt

Nicaragua : fr.wikipedia.org

4. Iran : fr.wikipedia.org

Irak : fr.wikipedia.org

5. Panama : fr.wikipedia.org

Rwanda : fr.wikipedia.org

Les identités lourdes à porter, de Jean-Marie Vianney Rurangwa, aux Éditions les impliqués, 2016.

Suarto, Indonésie et Timor oriental :  sites.cvm.qc.ca

Kosovo :  liberation.fr

 sortirdunucleaire.org

6. Ben Laden :  humanite.fr

Encore un siècle américain? Les États-Unis et le monde au XX1e siècle, de Nicholas Guyatt, traduit de l'anglais par Mariam Brûlon et Caroline Harvey, aux Éditions Enjeux Planète, 2002.

p. 29 pour la citation de Madeleine Albright.

7. idem. p.19 « Quelques journaux américains firent savoir que ben Laden avait pris part au jihad en Afghãnistãn dans les années 1980 et que durant cette période les moudjahidin dépendaient du soutien des États-Unis. Les fonds américains avaient servi à mettre au point les terrains d'entraînement et le réseau de galeries et abris souterrains ou ben Laden se cacherait maintenant. »

8. Déclaration des droits de la personne :  un.org

Clause 11 ALENA :  voir.ca

Loi 107-40 :  mondialisation.ca

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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 mondialisation.ca

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