À Mayotte, l'opération Wuambushu se poursuit avec la destruction d'un nouveau bidonville

Mi-mai, le bidonville Talus 2 a été démoli par les autorités. Crédit : Grégoire Mérot pour InfoMigrants

Dès 7h du matin lundi 19 juin, 80 gendarmes ont été déployés dans le bidonville de Barakani, sur la commune de Koungou, au nord-est de Mayotte. Peu de temps après, les tractopelles sont entrées en action pour détruire les dernières cases en tôle encore debout.

Ce quartier informel, composé à l'origine de 80 habitations précaires selon la préfecture, n'en comptait plus qu'une dizaine lundi matin. Dans ce bidonville, « tout a été démonté par les habitants eux-mêmes. Souvent, ils veulent récupérer les matériaux car ils coûtent très cher ici », a expliqué à l'AFP le général Olivier Capelle, qui dirige la gendarmerie de Mayotte. Restent des amas de tôles, des résidus de bois et des bassines en plastique ou autres ustensiles de cuisine.

Ce matin, les tractopelles ont commencé à détruire le bidonville de Barakani, sur la commune de Koungou, au nord de l’île de Mayotte.
Une nouvelle destruction qui intervient un mois après celle de Talus 2, dans le cadre de l’opération Wuambushu.

Il a fallu « tout déblayer avant de commencer à détruire les cases restantes », selon Psylvia Dewas, chargée de la résorption de l'habitat insalubre à la préfecture de l'île. Le chantier devrait durer jusqu'à mercredi.

Des propositions de relogement restées sans réponse

Au total, 20 familles vivaient dans ce quartier de Barakani installé sur une colline surplombant la mer. Et alors que les « deux tiers étaient en situation régulière, aucune n'a été relogée », souligne Psylvia Dewas.

« Les gens sont partis très vite », complète-t-elle. « Nous étions en contact avec deux familles ayant déposé des recours mais elles ont refusé les propositions de relogement ». Le 9 juin, la justice administrative avait rejeté le recours de ces habitants, arguant que des solutions de relogement avait été proposé par les autorités.

Reste que la majorité des personnes vivant dans les bidonvilles de Mayotte ne donnent pas suite aux propositions de l'État. Les logements mis à leur disposition sont souvent trop éloignés de leurs habitudes, notamment des écoles des enfants. Beaucoup ont trouvé refuge dans des restaurants, chez des amis ou n'ont d'autres solutions que de dormir dehors.

Entre 150 et 200 migrants expulsés chaque jour

La destruction du quartier de Barakani s'inscrit dans le cadre de  l'opération Wuambushu. Débutée mi-mai avec  la démolition d'un des plus importants bidonvilles de Mayotte, Talus 2, elle vise à réduire l'habitat insalubre et à expulser les personnes en situation irrégulière, pour la plupart venues de l'archipel voisin des Comores. Entre 150 à 200 migrants sont renvoyés tous les deux jours dans leur pays.

 @infomigrants_fr Après la destruction du bidonville « Talus 2 », à Mayotte, de nombreux Comoriens sont aujourd'hui à la rue. Fatima, en situation régulière sur le territoire, a perdu la maison en dur qu'elle avait bâtie. Elle dort maintenant dans un restaurant. Journalistes : Grégoire Mérot, Charlotte Oberti  #wuambushu  #wuambushuoperationmayotte  ♬ son original - InfoMigrants Français 

Un demi-millier de policiers et gendarmes français ont été mobilisés pour l'occasion. Un premier contingent a quitté les lieux. Mais selon le préfet de l'île, Thierry Suquet, plus de 400 forces de l'ordre supplémentaires sont toujours à Mayotte. « Quatre escadrons de gendarmes mais également la CRS8 et des renforts au sein de la police aux frontières ont pris la relève des renforts qui viennent de partir », a-t-il énuméré devant la presse lundi.

La préfecture a déposé sept autres arrêtés pour la démolition de quartiers informels, notamment en Petite-Terre et à Hamouro.

« Nous sommes sollicités de plus en plus par les maires, donc on travaille sur de nouveaux périmètres », a ajouté le préfet. Mi-mai, il avait précisé que l'État prévoyait de détruire à Mayotte dans les prochains mois « 1 000 cases identifiées » comme étant des logements insalubres.

L'opération Wuambushu est dénoncée par des associations comme « brutale », « anti-pauvres » et violant les droits des migrants, mais elle est soutenue par les élus et de nombreux Mahorais.

 infomigrants.net

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