France : Robert Badinter, ancien ministre de la Justice, est décédé


© Ian LANGSDON / POOL / AFP Source: AFP

Robert Badinter, ancien ministre français de la Justice, le 9 octobre 2021 (photo d'illustration).

Père de l'abolition de la peine de mort en France en 1981, l'ancien ministre socialiste de la Justice et avocat Robert Badinter est décédé dans la nuit du 8 au 9 février, à l'âge de 95 ans. Garde des Sceaux du président socialiste François Mitterrand (1981-1986), il porta la loi du 9 octobre 1981 qui abolit la peine de mort, dans une France alors majoritairement en faveur de ce châtiment suprême. Il s'investit par la suite pour l'abolition universelle de la peine capitale.

Le président Emmanuel Macron a salué sur X «une figure du siècle, une conscience républicaine, l'esprit français». Un homme national lui sera rendu, a-t-il précisé. «Il aura consacré chaque seconde de sa vie à se battre pour ce qui était juste, à se battre pour les libertés fondamentales. L'abolition de la peine de mort sera à jamais son legs pour la France», a jugé le Premier ministre Gabriel Attal. Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a pour sa part salué sa «force de conviction sans pareille», se souvenant d'un être «tout simplement lumineux».

Robert Badinter est né à Paris le 30 mars 1928, dans une famille juive émigrée de Bessarabie (l'actuelle Moldavie). Il est mort le jour anniversaire de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon, le 9 février 1943, au cours de laquelle son père a été arrêté - il est mort en déportation dans le camp de concentration de Sobibor, en Pologne.

Après des études de lettres et de droit et un diplôme de l'université Columbia, il devient avocat au barreau de Paris et mène parallèlement une carrière d'avocat d'affaires et d'enseignant universitaire. Au début des années 50, il s'engage dans la défense des libertés en soutenant des «porteurs de valises», des militants français qui organisaient le transport de fonds en soutien aux indépendantistes algériens en guerre contre la France.

«Pour l'opinion publique, j'étais l'avocat des assassins»

Cofondateur d'un prestigieux cabinet d'avocats, il défend des personnalités, des grands noms de la presse ou de l'entreprise et plaide occasionnellement aux assises. Son combat contre la peine de mort trouve son origine dans ce matin du 28 novembre 1972 : un de ses clients, Roger Bontemps, complice d'une prise d'otages meurtrière, vient d'être exécuté.

Cela «remet en question votre vision de la justice. Je me suis juré, en quittant la cour de la Santé ce matin-là à l'aube, que toute ma vie je combattrais la peine de mort», avait-il déclaré à l'AFP en 2021. En 1977, il évite la peine capitale au meurtrier d'enfant Patrick Henry, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est accueilli par de la fureur et de l'incompréhension. Après cela, cinq autres hommes échappent grâce à lui à l'échafaud.

Dans ces années-là, il arrive souvent à Robert Badinter de monter les marches des tribunaux sous les insultes et de recevoir des lettres de menace. «Pour l'opinion publique, j'étais l'avocat des assassins», reconnait-il. Le 3 juin 1983, des centaines de policiers manifestent sous les fenêtres de son bureau aux cris de «Badinter assassin!» et «Badinter à Moscou!». Le patron de la police devra démissionner.

Cet homme à la fine silhouette et aux épais sourcils noirs était marié depuis 1966 à la philosophe Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, avec qui il a eu trois enfants.

En août 1982, il fait voter la dépénalisation de l'homosexualité. À son actif aussi, la suppression des quartiers de haute sécurité, l'accès des justiciables français à la Cour européenne des droits de l'homme ou une loi sur l'indemnisation des victimes d'accidents.

Après son départ du gouvernement, il a présidé pendant neuf ans le Conseil constitutionnel (1986-1995). Toujours très actif, il planche sur une réforme de l'ONU dans les années 2000 et sur la réforme du Code du travail pendant le mandat du président socialiste François Hollande (2012-2017). Le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, lui a rendu hommage en évoquant auprès de l'AFP «un juste entre les justes», qui a fait «progresser le droit et l'humanisme».

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