25/03/2026 investigaction.net  9min #308892

 Iran: Journal de Guerre #1

Iran: Journal de Guerre #7

La Rédaction

Manifestant à Téhéran (AFP)

La première victime de la guerre, c'est la vérité. Pour justifier leur intervention illégale contre l'Iran, les États-Unis et Israël font tourner la machine de propagande à plein pot. Fact-checking, infos écartées, analyses à contre-courant... Retrouvez dans nos bulletins consacrés à la guerre d'Iran des infos à partager pour contrecarrer la propagande de guerre et faire stopper cette agression impérialiste contre un pays souverain.

Le Pentagone demande 200 milliards de dollars pour la guerre en Iran

Le ministère de la Guerre a demandé à la Maison Blanche d'approuver une demande au Congrès de plus de 200 milliards de dollars pour financer la guerre en Iran,  selon le Washington Post, qui a qualifié cette initiative de "nouvelle demande énorme qui se heurtera presque certainement à la résistance des législateurs opposés au conflit".

Ce Montant viserait à donner les moyens d'augmenter d'urgence la production d'armes critiques consommées à une cadence inédite dans l'histoire récente des conflits modernes.

D'après les déclarations du Pentagone, Les États-Unis et Israël ont touché  plus de 15 000 cibles lors de la guerre contre l'Iran. "Cela représente bien plus de 1 000 par jour", a déclaré Pete Hegseth lors d'une conférence de presse.

Les analystes du CSIS (The Center for Strategic and International Studies) estiment qu'on tourne autour de 1,3 munition par cible dans ce type de campagne à base de frappes de précision.

Si l'on applique ce ratio à plus de 15 000 cibles frappées en Iran, cela donne au moins 20 000 munitions de frappe utilisées (missiles de croisière, bombes guidées, etc.), sans compter les intercepteurs de défense aérienne.

Le CSIS évalue que les seuls six premiers jours de la guerre ont coûté plus de  11,3 milliards de dollars, principalement à cause de l'emploi intensif de munitions coûteuses, ce qui donne une idée du tempo et du volume consommés.

Le site  investigaction.net effectue un suivi e temps réel des dépenses engagées par les États-Unis d'après les déclarations lors des briefings du Pentagone.

 Estimation du coût américain de la guerre en Iran en temps réel

Les experts soulignent que le vrai point de tension se voit sur les missiles d'interception (Patriot, THAAD, SM‑3, etc.), dont les stocks étaient déjà bas après l'Ukraine et le Moyen‑Orient, et qui peuvent être entamés en quelques semaines de conflit à haute intensité.

A titre d'exemple, les États‑Unis et leurs alliés du Golfe ont déjà tiré plus de 1 000 intercepteurs Patriot PAC‑3 depuis le début de la guerre contre l'Iran, soit l'équivalent de près de deux ans de production "normale"

Le coût est colossal : chaque missile PAC‑3 est autour de 3,7-4 millions de dollars, et des estimations parlent de plus de  3 milliards de dollars dépensés en Patriot en quelques jours de conflit intense.

L'utilisation de missiles à 4 millions de dollars pour détruire des drones iraniens Shahed-136 à 20 000 dollars illustre un problème qui hante les planificateurs militaires occidentaux depuis le début de la guerre en Ukraine : les armes bon marché peuvent dévorer des ressources destinées à des menaces bien plus complexes.

À moyen terme, la solution reste l'augmentation massive de production (contrats d'urgence, investissements industriels, éventuelle coproduction avec des alliés), mais même dans un scénario optimiste, il faudrait plusieurs années pour reconstruire un stock confortable.

Nouveau sondage : La majorité des Américains affirment que la guerre en Iran profite à Israël plutôt qu'à l'Amérique (publié le 19 mars)

56 % des américains estiment que la guerre contre l'Iran profite plus à Israël qu'à l'Amérique, seulement 29 % estiment que c'est l'Amérique qui en profite davantage.

53 % désapprouvent les attaques de Trump contre l'Iran, tandis que 43 % approuvent. Ce résultat s'ajoute aux nombreux autres sondages qui montrent qu'une majorité des américains sont contre cette guerre - C'est d'ailleurs la plus faible approbation pour le début d'une guerre américaine depuis des décennies.

51 % soutiennent la proposition que le Congrès adopte une résolution sur les pouvoirs de guerre pour freiner les actions militaires de Trump contre l'Iran, ils sont 44 % à s'opposer à une résolution qui limiterait les pouvoirs de guerre.

Une majorité d'électeurs estime qu'Israël a trop d'influence sur la politique étrangère américaine

43 % des électeurs estiment qu'Israël a trop d'influence sur la politique étrangère américaine, tandis que 41 % disent que c'est la juste mesure et seulement 5 % en disent que c'est trop peu.

 56 % des américains estiment que la guerre contre l'Iran profite plus à Israël qu'à l'Amérique, seulement 29 % estiment que c'est l'Amérique qui en profite davantage.

Tulsi Gabbard témoigne de la divergence des objectifs de guerre américains et israéliens en Iran

La directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, a déclaré jeudi aux parlementaires que  les objectifs des États-Unis et d'Israël dans la guerre en Iran ne convergeaient pas. "Nous constatons que le gouvernement israélien s'est concentré sur la neutralisation des dirigeants iraniens et l'élimination de plusieurs de leurs membres, à commencer par le Guide suprême", a déclaré Mme Gabbard devant la commission permanente spéciale du renseignement de la Chambre des représentants.

Les objectifs américains sont, selon Mme Gabbard, "de détruire la capacité de lancement de missiles balistiques de l'Iran, sa capacité de production de missiles balistiques et sa marine". Elle a été interrogée sur  la démission du directeur de la lutte antiterroriste, Joe Kent, qui avait déclaré que l'Iran ne représentait pas une menace d'attaque imminente. Gabbard a refusé de désavouer explicitement sa lettre, tout en rappelant que l'évaluation de la menace relève du président.

John Ratcliffe (Directeur de la CIA) soutient que l'Opération Epic Fury n'a pas pour objectif un changement de régime, contrairement à ce que  la rhétorique initiale de Donald Trump pouvait laisser entendre.

Par ailleurs Gabbard affirme que les services de renseignement n'ont aucune preuve que l'Iran ait tenté de reconstruire son programme d'enrichissement après les frappes américaines de juin dernier.

Elle a aussi évité de confirmer si elle maintenait ses critiques de 2020 sur l'assassinat de Qassem Soleimani, qu'elle jugeait alors "illégal" et potentiellement déstabilisateur et risquait d'entraîner une guerre de plus grande ampleur qui serait "si coûteuse et dévastatrice qu'elle ferait passer nos guerres en Irak et en Afghanistan pour une partie de plaisir". Sa position a été de dire qu'en tant que DNI, elle doit mettre de côté ses opinions personnelles.

Tout cela montre les Fissures stratégiques qui se forment entre les États-Unis et Israël dans la conduite de la guerre. Ces différentes déclarations révèle une confusion politique autour des objectifs américains, exacerbée par les déclarations contradictoires de Trump qui évoluent en fonction des événements.

Gabbard marche sur une corde raide, elle est sommée de concilier ses positions passées et son rôle institutionnel. Elle a évité de saper sous serment la guerre du président Donald Trump en Iran mais ce n'est pas pour rien qu'elle a été  exclue de la Maison-Blanche pour planifier des opérations militaires en Iran et au Venezuela, et qu'elle n'a participé à aucun briefing au Congrès sur le conflit en cours.


La directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, témoigne lors d'une audition du Comité du renseignement du Sénat sur les menaces mondiales le 18 mars 2026 (AFP)

La guerre au Moyen-Orient provoque une flambée des prix en Afrique

L'escalade du conflit israélo-iranien fait grimper les prix des carburants, des engrais et des denrées alimentaires,  menaçant de famine des pays fragiles et pouvant affecter jusqu'à 45 millions de personnes supplémentaires cette année.

Le Soudan et la Somalie sont parmi les plus exposés, du fait de leur dépendance aux importations transitant par le détroit d'Ormuz.

Le Soudan est un pays extrêmement vulnérable.

Déjà plongé dans l'une des crises humanitaires les plus graves au monde avec la moitié de sa population qui souffre d'insécurité alimentaire aiguë.

Le pays dépend fortement des importations via le détroit d'Ormuz 54 % des engrais maritimes viennent du Golfe. Le carburant transite majoritairement par la même route.

Les prix du carburant ont augmenté de près de 30 %, entraînant une flambée des prix alimentaires. La saison des semis est menacée : pénuries d'engrais, coûts d'intrants en hausse, risque de baisse des plantations.

La Somalie des crises multiples et un soutien international qui a fortement diminué

Plus de 6,5 millions de personnes souffrent déjà de faim sévère et une nouvelle sécheresse se profile. Le prix du riz à Baidoa est passé de 0,75 $/kg à 1 $/kg. Le carburant a augmenté jusqu'à +130 % dans certaines régions.

Les États-Unis sont passés de 462 M$ d'aide en 2024 à seulement 3 M$ en 2026. Cette chute brutale a contraint les organisations d'aide à fermer des cliniques de santé, à réduire les programmes de nutrition et à arrêter les efforts de prévention de la malnutrition.

Il existe bien un risque systémique pour la sécurité alimentaire mondiale lié au choc des prix des engrais.

Les pays du Golfe exportent plus d'un tiers des engrais à base d'urée dans le monde. Les engrais azotés de la région contribuent à produire environ la moitié de la nourriture mondiale. Des perturbations prolongées pourraient provoquer une crise alimentaire majeure notamment dans les pays les plus fragiles.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, provoquée par l'escalade militaire entre l'Iran, les États-Unis et Israël, ne menace pas uniquement les flux pétroliers mondiaux. Le conflit frappe également un maillon stratégique, celui de l'économie agricole  via le commerce international des engrais. Pour l'Afrique, dont une part significative des approvisionnements dépend des producteurs du Golfe, cette rupture logistique intervient à un moment critique des cycles agricoles.

Les transits de navires à travers le détroit d'Ormuz sont presque à l'arrêt. Cette infographie, tirée d'un rapport de l'ONU, montre la chute brutale (97%) des mouvements quotidiens de bateaux à travers le détroit d'Ormuz.

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