
Par Pepe Escobar, le 14 avril 2026
La planète entière se pose la même question : le CENTCOM osera-t-il entrer en guerre contre la Chine ?
Ce n'est plus une supposition farfelue.
Selon les données de MarineTraffic, le pétrolier Rich Starry, propriété chinoise battant pavillon du Malawi, affrété par Shanghai Xianrun et parti de Sharjah aux Émirats arabes unis avec environ 250 000 barils de méthanol à son bord, a traversé le détroit d'Ormuz ce mardi, arborant le message "China Owner & Crew" [propriétaire et équipage chinois].
Le Rich Starry est donc le premier pétrolier à transiter et sortir du détroit d'Ormuz en route pour la Chine, depuis que le blocus de Trump pour "débloquer" le blocus du détroit est en vigueur.
Pékin signale ostensiblement que l'administration Trump, aux abois, ne jouera pas les "Pirates des Caraïbes" - enfin, les "Pirates d'Ormuz" - avec la Chine.
Le CENTCOM a précisé que le blocus vise les navires entrant ou sortant des ports iraniens. Le Rich Starry venait de Sharjah. Techniquement, il n'était donc pas une cible. Le véritable test du blocus aura lieu lorsque le premier pétrolier chinois aura quitté Bandar Abbas.
Le poste de péage du CGRI ne se soucie guère des intentions du CENTCOM. Il fonctionne désormais en temps réel et s'est perfectionné en un système de contrôle sophistiqué à cinq niveaux s'appliquant à tous les navires provenant de n'importe quel port. Tous les navires qui ont récemment pu passer, en provenance de Chine, d'Inde, du Pakistan et de quelques autres nations amies, ont emprunté les mêmes voies maritimes étroites dans les eaux territoriales iraniennes, le long des îles de Qeshm et de Larak.
Tous les navires doivent s'acquitter d'un péage de 1 dollar par baril, en bitcoins ou en yuans, sauf cas particuliers. Le paiement est validé en moins de cinq secondes. Le pétrolier reçoit alors un mot de passe par VHF.
Tout navire assuré, immatriculé dans un État du pavillon et autorisé à accéder aux ports occidentaux ne passera pas. Ces navires sont déjà en route vers les ports américains.
Le plus fascinant, c'est la vaste flotte fantôme iranienne : non assurée, pouvant utiliser n'importe quel pavillon, sans besoin d'accéder aux ports occidentaux, déjà sanctionnée à mort et donc totalement étrangère au dispositif américain de blocus. Blocus ou pas, d'ailleurs, plusieurs pétroliers continuent de se ravitailler dans les terminaux iraniens.
Il y a actuellement environ 160 millions de barils de pétrole en pleine mer, au large du détroit d'Ormuz. L'Iran peut donc continuer à approvisionner ses clients en Asie, notamment la Chine, jusqu'à la mi-juillet au moins, à condition que le volume d'importation de la Chine reste à 1,8 million de barils par jour.
Un blocus pour protéger le pétrodollar ?
Rappelons qu'à l'instar de la guerre contre l'Iran, fidèle à la tradition de l'Empire du Chaos, qui bafoue une fois de plus le droit international - appelons cela Bellum iniustum, ou "guerre injuste" -, le blocus naval proclamé constitue lui aussi un acte de guerre au regard du droit international.
Mardi, le président Xi Jinping a été très clair : l'État de droit ne peut être
"invoqué au gré de ses intérêts et ignoré s'il dérange" ! Et d'ajouter : "Nous ne laisserons pas le monde retourner à la loi de la jungle".
Comparez ces propos à la justification donnée par Trump lui-même pour ce blocus - illégal. Il a affirmé :
"Nous ne laisserons pas l'Iran vendre du pétrole à qui il veut, et rien à qui lui déplaît. Ce sera tout ou rien". Puis, "Que la Chine nous envoie ses navires. Qu'elle les envoie au Venezuela. Nous avons du pétrole en abondance. Nous le vendrons même moins cher".
La preuve est ainsi faite que le blocus est au cœur de la guerre du pétrodollar. La Chine achète en effet du pétrole à l'Iran en pétrodollars. Le but de Trump n'est pas de vendre du pétrole, mais de rendre la Chine dépendante du pétrodollar.
Pour faire simple, l'"invincible armada" de Trump ne peut instaurer un blocus naval sans une flotte conséquente. Or, à l'heure actuelle, on la cherche encore.
L'USS Abraham Lincoln a été localisé dans le golfe d'Oman, à environ 200 km au sud-est de l'Iran, une cible de choix pour les missiles iraniens. À peu près la distance à laquelle les buanderies des porte-avions américains ont tendance à prendre feu.
L'USS George H. W. Bush et son groupe aéronaval navigent actuellement au large des côtes namibiennes.
Voilà ce qu'on peut appeler de la lâcheté thalassocratique : ils contournent l'Afrique parce qu'ils ont peur d'affronter les Houthis dans le détroit de Bab-el-Mandeb. Et la force de dissuasion des Houthis yéménites n'est d'ailleurs pas comparable à la puissance de feu de l'Iran.
Même si le blocus s'avérait réellement efficace, l'Iran pourrait toujours acheminer son pétrole par voie terrestre à travers l'Eurasie jusqu'en Chine, via un tronçon de la ligne ferroviaire Chine-Iran, un projet de la Nouvelle Route de la Soie/BRI financé par Pékin. Comme on pouvait s'y attendre, le cartel Epstein a bombardé un tronçon, mais il a déjà été remis en état. De plus, l'Iran peut conclure un accord avec le Turkménistan pour utiliser son gazoduc (également financé par la Chine).
Cette guerre démente dépasse l'entendement. En tout cas, il est impensable que le CENTCOM ose intercepter un navire chinois et le confiner, voire le couler, à Djibouti, soit un acte de guerre. Après tout, avec un sioniste chrétien perturbé comme secrétaire américain aux guerres éternelles, tout est possible.
Tandis que, dans une perspective plus large...
Trois développements majeurs sont déterminants pour saisir dans quel sens souffle le vent.
- Le processus de reconnaissance de la souveraineté iranienne sur le détroit d'Ormuz est déjà en cours. Ce système a été légalisé par le Parlement iranien le mois dernier et des négociations sont en cours avec Oman pour finaliser les détails. Même le Japon a adopté ce système. Un émissaire spécial a été envoyé à Téhéran par la Corée du Sud précisément pour en discuter. La Corée du Sud finira par lever les sanctions contre l'Iran et s'acquittera du péage. Et si Séoul, un client asiatique clé, conclut un accord de type préférentiel, pratiquement tout le monde suivra. Et Washington sera impuissant.
- L'appel téléphonique Poutine/Pezeshkian. L'appel téléphonique entre Poutine et Pezeshkian est lui aussi très révélateur. Poutine a clairement indiqué que pour la Russie, la sécurité de l'Iran et la sienne sont "intrinsèquement liées". Toute agression contre Téhéran doit donc être considérée comme une déstabilisation majeure de l'Eurasie. En outre, Poutine et Pezeshkian souhaitent mettre en service le Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC) dans les meilleurs délais. L'INSTC compte parmi les nouveaux corridors de connectivité clés du XXIe siècle, aux côtés de la Route de la soie arctique (voir mon documentaire sur l'INSTC, tourné l'année dernière en Iran, de la mer Caspienne au golfe Persique et à la mer d'Oman). C'est donc un message discret de Poutine à la Maison Blanche, à l'instar de celui de la Chine. Si le CENTCOM ose attaquer des navires iraniens, il agresse le partenaire stratégique de la première puissance nucléaire mondiale.
- La cerise sur ce gâteau mortel. Mardi et mercredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est en visite officielle en Chine, où il rencontre son homologue chinois, Wang Yi. Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est plus que jamais d'actualité.
Le nouveau triangle Primakov-RIC (Russie-Iran-Chine) est en place.
Un blocus ? Quel blocus ?
Traduit par Spirit of Free Speech