
Par Pepe Escobar, le 15 avril 2026
Les Iraniens ne demandent qu'à se battre - au cas où le cessez-le-feu volerait en éclats.
Saluons tous le retour triomphal des Pirates des Caraïbes, désormais Pirates du golfe Persique.
L'effondrement spectaculaire du diktat d'Islamabad - la Barbarie est venue faire la loi, pas négocier - a entraîné une opération psycho-militaire musclée : un certain Jésus (posté par Trump sur Truth Social) menace tous les navires transitant par le détroit d'Ormuz.
Comme tous les grains de sable du désert de Gobi au Sahara le savent déjà, c'est la Chine qui est dans le collimateur.
Donc, la question se pose à nouveau. Le CENTCOM a désormais fusionné avec l'INDOPACOM, une nouvelle hydre pirate. Et l'INDOPACOM aura-t-il le courage de harceler un superpétrolier chinois passant par le détroit d'Ormuz après son acquittement du péage en yuans ?
Dans son délire suprémaciste légendaire, le secrétaire au Trésor américain Bessent a déclaré que la Chine ne sera plus en mesure de s'approvisionner en pétrole auprès de l'Iran.
Cette manœuvre du babouin de Barbarie se traduit dans les faits par une guerre économique non seulement contre la Chine, mais aussi contre toute une série de nations, principalement asiatiques, perturbant les flux énergétiques mondiaux, le commerce et le transport maritime de toutes sortes de marchandises de l'Ouest vers l'Est et de l'Est vers l'Ouest. Un blocus pétrolier ciblant non seulement la Chine, mais aussi une grande partie du monde multipolaire.
Avant le début du blocus américain, seuls les navires de cinq nations pouvaient transiter par le détroit d'Ormuz : la Chine, la Russie, l'Inde, l'Irak et le Pakistan. Encore une fois : l'INDOPACOM osera-t-il saisir ou couler les navires de quatre puissances nucléaires ?
La Corée du Sud a pris une longueur d'avance et dépêché un envoyé spécial pour négocier directement avec Téhéran afin de garantir un passage sûr par Ormuz et acheter davantage de pétrole et de gaz à moindre coût. À l'heure actuelle, au moins 26 pétroliers sud-coréens sont toujours bloqués.
Comparons maintenant les propos de Bessent à ceux du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à Pékin, après son entretien avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et sa réception en personne par le président Xi :
"La Russie peut, sans aucun doute, compenser le déficit de ressources constaté".
Environ 13 % des importations de pétrole de la Chine proviennent d'Iran, soit environ 1,38 million de barils par jour.
Parallèlement, Power of Siberia-1 - fonctionnant à pleine capacité - fournit 38 milliards de mètres cubes de gaz par an, et l'oléoduc ESPO atteint des niveaux records. Power of Siberia-2 ne sera opérationnel que l'année prochaine. La Russie fournit déjà jusqu'à 20 % du pétrole de la Chine. "Compenser", selon les termes de Lavrov, signifie pousser les capacités de réserve à leur limite. Mais c'est tout à fait faisable.
L'Iran, quant à lui, peut compter sur un oléoduc alternatif et sur le terminal pétrolier de Jask, d'une capacité de 1 million de barils par jour, qui contourne complètement le détroit d'Ormuz.
À ce jour, 8 pétroliers chinois ont transité par Ormuz depuis l'annonce du blocus. De plus, la Chine dispose de pas moins de 1,3 milliard de barils en stock, suffisamment pour amortir pendant des mois une partie des pertes liées à l'Iran.
Et la Chine continuera - en théorie - à recevoir du pétrole provenant de pétroliers au départ d'autres ports du golfe Persique non iraniens (mais devra tout de même s'acquitter du péage).
La grande question est de savoir combien de temps l'Iran - et la Chine, d'ailleurs - tolérera que la flotte fantôme soit interceptée par l'INDOPACOM sans riposter par des frappes balistiques.
En attendant le blocus du triangle Al-Aqsa
Un blocus de tous les ports iraniens - et non du détroit d'Ormuz en soi - pourrait bientôt se heurter à un obstacle de taille : le blocus du triangle Al-Aqsa (Bab-al-Mandeb, le port de Yanbu en Arabie saoudite, Suez, en lien avec Ormuz), tel que défini par Ansarallah au Yémen. Les Houthis n'attendent que l'instant stratégique par excellence pour entrer en scène. Ce qui aura inévitablement pour conséquence de faire grimper le prix du pétrole à plus de 200 dollars le baril - et ce n'est qu'un début.
Autrement dit, un choc d'approvisionnement irrémédiable à l'échelle du système.
L'administration barbare et lâche du Babouin n'a certainement pas envisagé cette éventualité - car elle est obsédée par l'idée de priver la Chine de pétrole et de dollars américains tout en détruisant, en théorie, les points clés des Nouvelles Routes de la Soie/BRI.
Ce à quoi tout le monde s'intéresse, c'est la façon dont le blocus imposé par l'INDOPACOM va dévaster des dizaines de nations en dehors de la Chine.
Ce qui nous amène à un calcul simpliste, mais tout à fait plausible - en phase avec des crapules comme Bessent : privons tout le monde de pétrole et de dollars américains afin de les pousser à vendre leurs bons du Trésor américain aux États-Unis bien en dessous de leur valeur nominale, pourvu qu'ils puissent obtenir du pétrole et/ou des dollars américains en échange. Nous sommes au cœur du repaire des escrocs : les Américains suppriment leur dette - grâce à une énorme décote - et effacent tout simplement les intérêts colossaux sur la dette qu'ils sont incapables de payer.
Rien ne garantit que l'administration du Babouin de Barbarie obtiendra ce qu'elle veut. Téhéran ne dépend pas des routes maritimes. Après des décennies de sanctions, l'Iran a développé un ensemble de corridors terrestres alternatifs, de canaux de troc et de mécanismes d'échange, par exemple via le Turkménistan.
La Chine, une fois encore, n'est plus prisonnière du dilemme de Malacca - entre la Malaisie et Sumatra en Indonésie - car elle a méticuleusement diversifié ses sources d'approvisionnement, à commencer par les gazoducs sino-russes. De plus, le gazoduc Chine-Myanmar contourne totalement Malacca. Le long gazoduc Chine-Asie centrale traversant le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan - financé par la Chine et contournant la thalassocratie américaine - est en service depuis le début des années 2010.
Vient ensuite le port en eau profonde de Gwadar, dans la mer d'Oman, nœud clé du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et pilier de la BRI. Gwadar se trouve à seulement 80 km à l'est du port de Chabahar, dans le Sistan-Baloutchistan en Iran : il est donc éloigné du golfe Persique, ouvrant ainsi une voie terrestre reliant la mer d'Oman au Xinjiang.
La Chine ne mourra pas de faim si elle est privée du pétrole iranien. La Chine est leader dans presque tous les secteurs de la production d'énergie et d'électricité. Elle dispose de la capacité industrielle - en termes de capitalisme productif -, des matières premières, des chaînes d'approvisionnement et d'une main-d'œuvre qualifiée suffisante pour produire la technologie et les infrastructures nécessaires à tous les systèmes énergétiques pertinents : panneaux solaires, turbines, batteries, lignes de transmission, tout ce qui concerne l'énergie solaire, éolienne, hydraulique et nucléaire de nouvelle génération. Voilà ce que j'ai pu constater en traversant le Xinjiang à plusieurs reprises l'année dernière lors du tournage d'un documentaire.
De toute évidence, les sbires bornés du Babouin de Barbarie ne peuvent comprendre comment la stratégie chinoise de mainmise totale sur les véhicules électriques, les batteries solaires et l'exportation d'électricité protège l'Empire du Milieu contre les chocs pétroliers et gaziers artificiels tels que le blocus.
À l'heure actuelle, l'Armada invisible se trouve encore à la périphérie du golfe d'Oman, hors de portée des missiles et drones iraniens - mais pas de tous -, tout en demeurant une cible potentielle pour les missiles balistiques longue portée et les armes hypersoniques. Les Américains vont continuer à utiliser leurs systèmes du renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) pour suivre les navires. Ensuite, ce seront les petits bateaux et les hélicoptères qui se chargeront de la procédure d'"interdiction".
Jusqu'à présent, il ne s'est rien passé. En fait, un événement majeur s'est produit : un supertanker non iranien, soumis aux sanctions, capable de transporter 2 millions de barils de pétrole, a navigué vers l'Iran via le détroit d'Ormuz avec son AIS activé, à la vue et au su de tous les traqueurs. L'INDOPACOM n'a pas bronché.
Les Iraniens, quant à eux, se contentent d'attendre. De manière asymétrique. Mais ne vous y trompez pas : ils ont hâte de passer à l'action - au cas où le cessez-le-feu serait rompu.
Dans ce cas, nous nous retrouverions plongés dans le plus grand des suspense. Il suffirait à l'Iran de couler un seul destroyer américain et/ou de "neutraliser" l'une de ces cibles faciles valant plusieurs milliards de dollars à l'aide d'une salve de missiles ou de drones, guidés par les renseignements chinois.
La planète entière comprendra alors ce que signifie la défaite stratégique définitive et flagrante de l'Empire du chaos, du mensonge, du pillage, de la piraterie et du "si je ne t'aime pas, je te tue".
Nous sommes prêts.
Traduit par Spirit of Free Speech