La Rédaction
AFP
La première victime de la guerre, c'est la vérité. Pour justifier leur intervention illégale contre l'Iran, les États-Unis et Israël font tourner la machine de propagande à plein pot. Fact-checking, infos écartées, analyses à contre-courant... Retrouvez dans nos bulletins consacrés à la guerre d'Iran des infos à partager pour contrecarrer la propagande de guerre et faire stopper cette agression impérialiste contre un pays souverain.
Comment Netanyahou a convaincu Trump d'attaquer l'Iran
Publié par Haaretz et s'appuyant sur une enquête du New York Times : Comment le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réussi à convaincre le président américain Donald Trump de lancer une guerre contre l'Iran. Lors d'une visite à la Maison-Blanche en février, Netanyahu et son entourage ont présenté à Trump un scénario de changement rapide de régime en Iran : destruction du programme balistique iranien, impossibilité pour l'Iran de fermer le détroit d'Ormuz, reprise de manifestations internes et effondrement du régime des ayatollahs, éventuellement aidé par des acteurs kurdes depuis l'Irak.
Un livre à paraître, rédigé par les journalistes du New York Times Jonathan Swan et Maggie Haberman, détaille ce processus décisionnel. Selon ce récit, Netanyahu a mis en avant des évaluations militaires très optimistes et a même présenté des figures susceptibles de diriger un Iran "post-ayatollah", comme Reza Pahlavi, fils de l'ancien shah.
Cependant, lors d'un briefing de renseignement réservé aux responsables américains, plusieurs hauts responsables ont jugé irréalistes les volets politiques du plan israélien (soulèvement populaire et changement de régime). Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a qualifié ces scénarios de "burlesques", tandis que le secrétaire d'État Marco Rubio les a rejetés de façon encore plus abrupte. Le vice-président J.D. Vance et le chef d'état major interarmées Dan Caine ont eux aussi exprimé leur scepticisme, mettant en garde contre les risques militaires, logistiques et stratégiques, notamment l'épuisement des stocks d'armes américains et la sécurité du détroit d'Ormuz.
Malgré ces réserves, aucune opposition ferme n'a été exprimée lors de la réunion finale du 26 février. Trump a tranché en faveur de l'attaque, estimant nécessaire d'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire et de continuer à menacer Israël et la région par ses missiles. Quelques minutes avant la date limite, il a donné son feu vert définitif à l'opération militaire baptisée "Épic Fury".
Le mouvement MAGA se fissure...
La fracture s'élargit au sein du camp trumpiste. Ancien soutien fidèle de Donald Trump, Tucker Carlson s'est montré particulièrement virulent après les menaces du président d'"anéantir une civilisation" en Iran pour forcer la réouverture du détroit d'Ormuz.
Dans une intervention remarquée , le commentateur s'inquiète d'une dérive morale et stratégique. Il évoque des frappes qui pourraient être menées "dans le but de tuer" et dénoncer une logique où "la forme la plus évidente de pouvoir [...] est d'éteindre la vie". Pour Carlson, une telle escalade serait inefficace : "Aucune personne sensée ne pense que cela va fonctionner."
Plus grave encore, il questionne les motivations américaines après la frappe meurtrière sur une école à Minab. "Ce n'est pas acceptable en aucune circonstance", insiste-t-il, appelant à refuser toute action injustifiable "en notre nom".
Ces critiques publiques illustrent le malaise croissant d'une partie du mouvement MAGA face au virage interventionniste de Donald Trump.
... Et Trump peine à colmater les brêches
Dans un message au vitriol publié sur son réseau Truth, Donald Trump s'en est pris frontalement à plusieurs figures emblématiques du mouvement MAGA, autrefois alliées, aujourd'hui critiques de sa ligne internationale. Tucker Carlson, Megyn Kelly, Candace Owens ou encore Alex Jones sont ainsi qualifiés de "gens stupides", dotés d'un "faible QI", accusés de trahir l'esprit du mouvement.
Le président américain leur reproche notamment leurs prises de position contre son soutien affirmé à Israël et son engagement dans le conflit avec l'Iran. Une orientation qui tranche avec la promesse initiale de Trump de mettre fin aux guerres et de privilégier une posture isolationniste. "Ils pensent qu'il est formidable que l'Iran [...] possède une arme nucléaire", écrit-il, avant de les décrire comme des "déséquilibrés" en quête de "publicité bon marché".
Plus loin, Trump raille leurs carrières, affirmant qu'"ils ont tous été virés de la télévision" et que "personne ne s'intéresse à eux". Il oppose ces critiques à un mouvement MAGA qu'il dit toujours aligné derrière lui : "MAGA, c'est gagner [...] et empêcher l'Iran d'avoir des armes nucléaires."
Cette sortie particulièrement agressive illustre les fractures grandissantes au sein de la galaxie trumpiste. Elle trahit aussi une certaine fébrilité, alors que l'intervention américaine en Iran peine à convaincre et que les élections de mi-mandat approchent. Derrière l'unité affichée, le mouvement MAGA apparaît plus divisé que jamais.
Attaque contre une base US au Koweït : Des soldats contredisent le Pentagone
CBS News rapporte les témoignages de survivants d'une attaque de drone iranien survenue le 1er mars 2026 au port de Shuaiba au Koweït, qui a causé la mort de six militaires américains et fait plus de vingt blessés. Pour la première fois, des soldats présents sur le terrain contestent publiquement la version officielle du Pentagone, affirmant que leur unité n'était ni correctement fortifiée ni préparée à faire face à une attaque aérienne.
Selon ces témoins, contrairement aux déclarations du secrétaire à la Défense qualifiant la base de "fortifiée", le centre d'opérations n'offrait aucune réelle protection contre les drones, se limitant à des barrières en béton inefficaces face aux frappes venues du ciel. Les soldats décrivent un site improvisé, composé de structures légères, situé dans une zone pourtant identifiée comme cible potentielle par l'Iran.
L'attaque a eu lieu peu après la levée d'une alerte missile. Un drone de type Shahed a frappé directement le bâtiment principal, provoquant une scène de chaos : blessures graves, tentatives de premiers secours improvisées, évacuation des blessés vers des hôpitaux civils koweïtiens. Les survivants soulignent cependant le courage et la réactivité des soldats, qui ont permis de sauver des vies malgré le manque de préparation matérielle.
Enfin, tout en réaffirmant leur loyauté envers l'armée, plusieurs témoins insistent sur l'importance de dire la vérité afin de tirer des leçons de cette attaque, qu'ils estiment évitable. Le Pentagone, invoquant une enquête en cours, a refusé de répondre en détail aux accusations formulées par les soldats.
Risque d'une grave crise en Afrique
La guerre impliquant l'Iran a provoqué une forte hausse des prix du carburant en Afrique (entre 15 % et 40 %), avec des conséquences économiques et humanitaires majeures pour le continent. Malgré une trêve temporaire entre les États Unis et l'Iran, les analystes estiment qu'elle arrive trop tard pour éviter des dommages importants, selon un article de CNN.
De nombreux pays africains, fortement dépendants des importations de carburant, d'engrais et de denrées alimentaires, subissent de plein fouet les perturbations du commerce mondial, notamment à cause de la fermeture partielle du détroit d'Ormuz. Cela entraîne des pénuries d'engrais au moment clé des plantations, menaçant les rendements agricoles et aggravant l'insécurité alimentaire.
La situation est d'autant plus critique que l'aide internationale est en baisse. Les agences humanitaires alertent sur une possible "première grande crise de l'ère post aide", avec des millions de personnes supplémentaires exposées à la faim aiguë, notamment en Afrique de l'Ouest, au Soudan, en Somalie et en Éthiopie. Des cargaisons d'aide vitale sont retardées ou bloquées à l'étranger.
Face à la crise, les gouvernements africains adoptent des mesures d'urgence variées : restrictions d'électricité, économies d'énergie, rationnement et déclarations d'urgence énergétique. À plus long terme, experts et chercheurs appellent à réduire la dépendance de l'Afrique aux chocs mondiaux en renforçant le commerce intra africain, en développant la production locale (notamment alimentaire et énergétique) et en mettant en œuvre plus rapidement la Zone de libre échange continentale africaine (AfCFTA).
La BBC prise la main dans le pot de propagande
Une polémique secoue la BBC après la modification discrète d'un article consacré à l'Iran. En cause: une citation attribuée à un jeune Iranien, se disant favorable à une attaque nucléaire contre son propre pays. Face à l'indignation en ligne, le passage a été supprimé en quelques heures, sans explication immédiate, relançant les critiques sur la rigueur éditoriale de la chaîne.
Dans la foulée, le site Grayzone s'est penché sur le profil de la journaliste à l'origine de l'article, Ghoncheh Habibiazad. Présentée comme "senior reporter" à la BBC malgré une expérience encore limitée, elle aurait rapidement gravi les échelons après des débuts au sein de médias et structures liés à l'opposition iranienne.
Selon cette enquête, elle a notamment effectué un stage au sein de Radio Free Europe/Radio Liberty, un média historiquement financé par les États-Unis, avant de collaborer avec Radio Farda, sa branche en langue persane. Parallèlement, elle aurait travaillé pour Marjan TV et sa chaîne Manoto, décrite comme proche de milieux monarchistes iraniens en exil.
Le média souligne également ses collaborations avec des figures de l'opposition et le recours à des sources anonymes ou militantes dans certains reportages, notamment lors des manifestations iraniennes de 2022. Autant d'éléments qui, selon The Grayzone, interrogent sur l'impartialité de son travail et sur les processus de validation au sein de la BBC.


