Komla YAWO
Le Zimbabwe s'apprête à faire son grand retour au cœur de la gouvernance sécuritaire mondiale. Lors du scrutin organisé ce mercredi par l'Assemblée générale des Nations Unies, le pays d'Afrique australe a été officiellement élu en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2027-2028. Candidat pour le groupe africain, Harare a bénéficié d'une élection sans opposition, marquant une victoire diplomatique majeure pour ce pays qui fera son entrée officielle au sein du cénacle onusien le 1er janvier de l'année prochaine pour un mandat de deux ans.
Cette session de l'Assemblée générale a également permis de renouvellement complet de la cohorte des cinq membres non permanents. Aux côtés du Zimbabwe, l'Autriche, le Kirghizistan et le Portugal ont été choisis, tandis que Trinité-et-Tobago a décroché son siège pour le groupe des États d'Amérique latine et des Caraïbes après un duel face au Guyana. À partir du 1er janvier 2027, ces cinq nations remplaceront le Danemark, la Grèce, le Pakistan, le Panama et la Somalie, dont les mandats expireront à la fin de l'année 2026.
Harare intègre le cercle restreint de la diplomatie mondiale pour deux ans
Pour Harare, cette élection revêt une dimension symbolique et stratégique de premier plan. Longtemps mis au ban de la communauté internationale et soumis à de lourdes sanctions occidentales en raison de sa trajectoire politique intérieure, le Zimbabwe s'offre une tribune d'influence exceptionnelle. Ce siège lui confère une centralité diplomatique immédiate, obligeant les grandes puissances mondiales à composer et à négocier directement avec ses diplomates sur les grands dossiers de la planète.
Sur le plan intérieur, c'est un argument de poids pour les autorités zimbabwéennes qui peuvent ainsi valider l'efficacité de leur politique de réengagement international et redorer l'image du pays à l'échelle mondiale.
Droit de vote et présidence tournante; le cahier des charges des diplomates de Zimbabwe
Durant ses deux années de mandat, le Zimbabwe participera activement à la prise de décision sur le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Concrètement, le pays disposera d'un droit de vote sur toutes les résolutions soumises au Conseil, qu'il s'agisse du renouvellement des mandats des Casques bleus, de l'adoption de régimes de sanctions ou de la gestion des crises humanitaires mondiales.
Le rôle de Harare sera également de porter la voix de l'Afrique et de défendre les positions communes de l'Union Africaine (UA) au sein de l'ONU, notamment à travers le mécanisme de coordination des membres africains du Conseil ( le groupe des "A3"). Le Zimbabwe aura par ailleurs l'opportunité d'assurer, de manière rotative, la présidence mensuelle du Conseil de sécurité, un rôle clé qui lui permettra de définir l'agenda des débats et de mettre l'accent sur les thématiques de son choix, comme la pacification des conflits régionaux ou l'impact des crises climatiques sur la sécurité en Afrique australe.
Algérie, Sierra Leone, Somalie; la continuité de la voix africaine à l'ONU
Le Conseil de sécurité de l'ONU compte dix membres non permanents, dont trois sièges sont historiquement réservés au continent africain, renouvelés par roulement chaque année. Le Zimbabwe s'inscrit ainsi dans une lignée de représentations africaines successives.
À la fin de l'année 2026, la Somalie achèvera son mandat de deux ans au sein du Conseil de sécurité. Pour l'exercice en cours, l'Afrique est également représentée par l'Algérie et la Sierra Leone, qui ont entamé leur mandat au début de l'année 2025. Avant eux, ce sont le Mozambique et le Ghana qui avaient porté la voix du continent à New York, démontrant la vitalité et la rotation régulière de la diplomatie africaine au plus haut niveau des Nations Unies. Pour le Zimbabwe, les deux prochaines années constitueront un test majeur pour démontrer sa capacité à influencer l'échiquier géopolitique mondial.
