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 L'Iran annonce une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz à cause des « violations incessantes » du cessez-le-feu par les États-Unis et Israël

26/06/2026 reseauinternational.net  6min #318259

 L'Iran annonce une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz à cause des « violations incessantes » du cessez-le-feu par les États-Unis et Israël

L'Iran exige des comptes à l'Otan après les révélations de Rutte sur la guerre contre Téhéran

par Mickaël Lelièvre

  • 500 avions américains ont décollé de bases italiennes lors de l'opération Epic Fury, selon les déclarations publiques du secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte.
  • L'Iran a nommément cité l'Italie et la Roumanie comme complices, réclamant qu'elles rendent des comptes pour chaque conséquence de la campagne militaire.
  • L'Italie accueille 120 installations militaires américaines sur son sol : jusqu'où un État hôte peut-il réellement refuser d'être impliqué dans une opération qu'il n'a pas choisie ?
  • Quelles conséquences pour la souveraineté des alliés européens quand Washington décrit publiquement l'étendue de leur soutien à des frappes qu'ils disent ne pas avoir autorisées ?

La déclaration du secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, à Fox News a eu l'effet d'une grenade dégoupillée dans les chancelleries européennes. En affirmant publiquement que 500 avions américains avaient décollé de bases américaines situées en Italie pour soutenir l'opération Epic Fury, et que la Roumanie avait réduit son trafic commercial pour libérer un aéroport à des fins de ravitaillement, Rutte a, involontairement ou non, placé ses alliés européens dans une position diplomatique délicate. Téhéran n'a pas tardé à saisir l'ouverture.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a qualifié ces déclarations de "confession claire et accablante de la complicité active de l'OTAN" dans ce qu'il a décrit comme une guerre d'agression illégale contre un État souverain membre de l'ONU. Il a nommément cité l'Italie et la Roumanie, les enjoignant de rendre des comptes pour "chaque conséquence de la campagne". La formulation est politiquement chargée, même si Téhéran n'a précisé aucun mécanisme concret de mise en cause.

L'Iran exige que l'OTAN rende des comptes sur son rôle dans la guerre américaine contre Téhéran. Après les déclarations de Mark Rutte sur les avions américains partis de bases en Italie et le soutien logistique européen, la façade se fissure : l'Europe prétend ne pas être...  pic.twitter.com/pzafS8ZdiP

- GÉOPOLITIQUE PROFONDE (@GPTVoff)  June 25, 2026

Une alliance exposée malgré elle

La réponse de Rome illustre l'inconfort profond dans lequel se retrouvent les capitales européennes. Le ministre de la Défense italien, Guido Crosetto, a immédiatement démenti la version de Rutte, affirmant que l'Italie n'avait autorisé que des "activités exclusivement techniques et logistiques, non cinétiques", et qu'elle avait refusé les demandes allant au-delà de ce cadre. Il a également reproché au secrétaire général d'avoir entretenu une confusion dommageable entre vols de soutien et missions de combat.

"Nous avons été déçus", avait déclaré Donald Trump à des journalistes après sa rencontre avec Rutte, avant d'ajouter que les États-Unis n'avaient de toute façon pas eu besoin d'aide pour frapper l'Iran.

Cette pique présidentielle en dit long sur la mécanique de l'alliance. D'un côté, Washington revendique une victoire solitaire et fustige les alliés jugés défaillants. De l'autre, ces mêmes alliés ont bel et bien mis à disposition leurs bases, leur espace aérien et leurs infrastructures logistiques. La distinction que tente d'établir Rome entre soutien logistique et participation combattante est juridiquement plausible, mais politiquement difficile à maintenir quand le secrétaire général de l'alliance en décrit lui-même l'ampleur à une chaîne d'information américaine.

L'Italie accueille environ 120 installations militaires américaines sur son territoire, dont la base aéronavale de Sigonella, en Sicile, et la base aérienne d'Aviano, dans le nord du pays. Cette présence n'est pas un accident de l'histoire récente : elle structure depuis des décennies la posture de défense italienne et sa relation avec Washington. C'est précisément ce type de dépendance infrastructurelle qui rend la distinction entre "soutien" et "participation" si difficile à tenir, non seulement aux yeux de Téhéran, mais aussi vis-à-vis de l'opinion publique italienne.

Car la question qui se pose ici n'est pas seulement diplomatique. Elle touche à la capacité réelle de l'Italie, ou de tout autre État hôte de forces américaines, à refuser d'être engagé dans une opération militaire qu'il n'a pas décidée. La Première ministre Giorgia Meloni avait publiquement refusé de soutenir une action directe contre l'Iran, ce qui lui avait valu les critiques de Donald Trump. Mais ce refus politique a-t-il effectivement limité l'utilisation des bases italiennes ? Les déclarations de Rutte suggèrent que non, ou du moins pas entièrement.

Le hiatus entre autonomie déclarée et dépendance structurelle

C'est là que le réalisme de la situation s'impose avec le plus de clarté. Lorsqu'un État consent, il y a plusieurs décennies, à accueillir des bases militaires étrangères sur son sol, il cède une partie de sa liberté d'action future, même s'il conserve formellement sa souveraineté. La capacité à dire "non" à une opération spécifique est réelle, mais elle est enserrée dans un faisceau de contraintes pratiques, d'obligations d'alliance et de rapports de force asymétriques qui la limitent considérablement.

L'incident révèle également une tension propre au fonctionnement de l'OTAN. Le secrétaire général, qui, selon Crosetto, "n'a joué aucun rôle dans l'opération", a néanmoins jugé utile d'en défendre publiquement l'ampleur du soutien européen. Ce faisant, il a exposé ses alliés sans les avoir consultés, brouillant encore davantage la frontière entre solidarité d'alliance et co-responsabilité opérationnelle. La sortie de Rutte soulève une question de gouvernance interne à l'alliance : jusqu'où le secrétaire général peut-il parler au nom de membres qui ont explicitement posé des limites à leur participation ?

Quant à la demande iranienne de "reddition de comptes", elle restera vraisemblablement sans suite institutionnelle formelle, faute de mécanisme crédible pour la faire valoir. Mais sa fonction n'est pas nécessairement juridique. Elle vise à inscrire dans le registre diplomatique la co-implication des États européens, à compliquer la position de ceux qui voudraient se présenter comme neutres dans un éventuel processus de normalisation, et à alimenter les tensions déjà vives entre Rome et Washington. Sur ce terrain-là, la déclaration de Rutte aura fait plus pour Téhéran que n'importe quelle démarche onusienne.

Reste une interrogation centrale pour les capitales européennes : comment gérer, à l'avenir, le hiatus entre une souveraineté formellement revendiquée et une dépendance militaire structurellement contraignante, dans un contexte où leur principal allié n'hésite pas à décrire publiquement, et en détail, l'étendue de leur contribution à des opérations qu'elles disent ne pas avoir pleinement choisies ?

source :  Géopolitique Profonde

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