
Par Larry C Johnson, le 28 juin 2026
D'après mes dernières informations, les États-Unis et l'Iran devaient se rencontrer en Suisse à partir de ce dimanche 28 juin pour poursuivre les négociations sur le protocole d'accord. Cependant, l'échange de missiles et de drones qui a eu lieu aujourd'hui dans le détroit d'Ormuz pourrait bien sonner le glas de ce protocole d'accord.
L'escalade d'aujourd'hui constitue l'échange le plus grave depuis la signature du protocole d'accord le 17 juin et une violation manifeste du premier paragraphe de ce protocole par les États-Unis :
"La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique, ainsi que leurs alliés dans la guerre actuelle, en signant ce protocole d'accord, déclarent la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s'engagent dès à présent à ne lancer aucune guerre ni aucune opération militaire l'un contre l'autre, à s'abstenir de toute menace ou recours à la force, et à garantir l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L'accord final confirmera la cessation définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe".
Rien dans le protocole d'accord n'empêche l'Iran de tirer sur un navire non respectueux des protocoles de l'Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA). Dans le cadre de la PGSA, les armateurs reçoivent des consignes vérifiables et peuvent solliciter des autorisations de transit directement via la procédure officielle de la PGSA, instaurant ainsi un mécanisme centralisé de coordination du transit dans le détroit avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. L'Ever Lovely a tenté de contourner la PGSA en empruntant le couloir omanais. L'Iran a ouvert le feu sur lui, provoquant une riposte américaine contre des positions iraniennes dans le détroit... une violation manifeste du protocole d'accord.
La situation s'est aggravée samedi. Voici le déroulement des événements.
L'incident déclencheur
L'Iran a lancé un drone d'attaque à usage unique qui a frappé le M/T Kiku aujourd'hui. Le pétrolier battant pavillon panaméen a tenté d'emprunter la route omanaise sans en informer le Corps des gardiens de la révolution islamique, conformément au protocole du PSAG. Il transportait plus de deux millions de barils de pétrole brut qatari et faisait route vers le port de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis.
Un deuxième navire touché
Le Centre des opérations du commerce maritime du Royaume-Uni a également signalé samedi une autre attaque contre un autre navire commercial, près des côtes d'Oman. Le navire a subi des dommages au niveau de sa passerelle. Tous les membres d'équipage sont sains et saufs et aucun dommage environnemental n'a été signalé. L'incident a été signalé vers 11 h 30, heure locale.
L'Iran frappe Bahreïn
Après la deuxième tentative d'un navire commercial de passer outre les protocoles PGSA, l'Iran a lancé plusieurs drones contre l'ancien quartier général de la Cinquième Flotte de la marine américaine. Le ministère des Affaires étrangères de Bahreïn a qualifié cet acte de
"violation flagrante de sa souveraineté, de menace flagrante pour la sécurité des citoyens et des résidents, et de violation flagrante des normes internationales".
L'Égypte et le Koweït ont rapidement condamné cette attaque. L'Arabie saoudite et le Qatar ont également condamné par la suite les frappes de drones menées par l'Iran.
Frappes de représailles américaines - deuxième vague
Tard dans la nuit de vendredi à samedi, le Commandement central américain (CENTCOM) a lancé une deuxième vague de frappes de représailles contre l'Iran, affirmant avoir attaqué plusieurs cibles en Iran sur ordre du président Donald Trump. Le CENTCOM a indiqué que des avions militaires américains ont pris pour cible des infrastructures de surveillance militaire iraniennes, des systèmes de communication, des sites de défense aérienne, des installations de stockage de drones et des installations de stockage de mines. Cette opération a été nettement plus importante que les frappes de vendredi, qui s'étaient concentrées sur les sites de stockage de missiles et de drones ainsi que sur les radars côtiers. L'ajout des "capacités de minage" à la liste des cibles constitue une escalade significative en termes d'ampleur.
Trump, violant une nouvelle fois le premier paragraphe du protocole d'accord, a déclaré samedi soir sur Truth Social que des avions américains ont frappé des sites de stockage de missiles et de drones iraniens ainsi que des sites de radars côtiers
"pour avoir ENCORE violé l'accord de cessez-le-feu !" Le président a averti que si l'Iran n'en "tire pas de leçons", les États-Unis "seront contraints d'achever militairement la tâche entreprise avec succès" et que "la République islamique d'Iran cesserera d'exister".
La logique stratégique de chaque camp est désormais pleinement exposée. L'Iran qualifie tout navire empruntant la route d'Oman de "navire contrevenant" et toute frappe américaine de violation du cessez-le-feu - présentant ainsi ses propres attaques comme des mesures défensives. Les États-Unis qualifient les attaques de drones iraniens contre la marine marchande de violations du cessez-le-feu nécessitant des représailles. Ebrahim Azizi, président de la commission parlementaire iranienne de la sécurité nationale, a écrit que
"le président américain, qui vient d'échouer, a montré son manque d'engagement envers les principes de la négociation ou d'un cessez-le-feu" et que "cette violation imprudente du cessez-le-feu conduira, comme toujours, à son retrait et aux regrets".
Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a publié la déclaration suivante tôt dans la matinée du 28 :
"Cher et noble peuple de l'Iran islamique : Vos courageux fils des Forces navales et aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique, lors d'une opération conjointe de missiles et de drones menée entre 2 h et 3 h du matin, ont frappé huit cibles américaines importantes, dont la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït et le quartier général de la 5e flotte de la marine américaine à Bahreïn."L'ennemi agresseur, dont la trahison et la violation des traités sont inhérentes à sa nature, a attaqué tôt ce matin cinq sites côtiers en Iran sous prétexte de s'opposer à la marine du CGRI en réponse à la saisie d'un navire dans le détroit d'Ormuz.
"Conformément au protocole d'accord d'Islamabad relatif à la réglementation du trafic dans le détroit d'Ormuz conclu avec la République islamique, les navires qui enfreindront désormais les instructions de l'Iran se heurteront à davantage de moyens de coercition".
"Toute nouvelle agression potentielle de l'ennemi, pour quelque raison que ce soit, même si elle s'apparente aux attaques de la nuit dernière contre des cibles insignifiantes, entraînera une riposte dévastatrice.
"L'ennemi doit être conscient que la violation du cessez-le-feu est contraire au paragraphe 1 du protocole d'accord d'Islamabad et conduira à l'arrêt complet des négociations".
L'Iran a lancé une série significative de frappes combinées de missiles et de drones contre les bases aériennes du Koweït et de Bahreïn. Au moment où j'écris ces lignes, les États-Unis n'ont pas encore réagi. La balle est désormais dans le camp de Donald Trump... Les États-Unis continueront-ils à encourager les navires à contourner le protocole PGSA iranien ou prendront-ils du recul ? Si la décision penche en faveur de la première option, le protocole d'accord sera caduc, et la probabilité de nouvelles attaques américaines contre l'Iran sera élevée. Si la deuxième option l'emporte, le protocole d'accord, bien qu'en sursis, pourra peut-être être sauvé. Voyons ce que nous réserve ce dimanche.
Traduit par Spirit of Free Speech