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Qui sont vraiment les Houthis ? Les origines religieuses et politiques d'Ansar Allah

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par Mizane Info

Qui sont réellement les Houthis et quelles sont leurs croyances ? Devenus un acteur incontournable du Moyen-Orient, les Houthis contrôlent aujourd'hui une grande partie du Yémen et se présentent comme l'un des principaux soutiens armés de la cause palestinienne dans la région. Leurs attaques contre Israël puis leur confrontation avec les États-Unis et l'Arabie saoudite, ont donné une dimension internationale à un mouvement longtemps cantonné aux montagnes du nord du Yémen.

Issu du zaydisme, une branche du chiisme historiquement beaucoup plus proche du sunnisme que le chiisme iranien, le mouvement Ansar Allah (nom local des Houthis au Yémen) s'est progressivement transformé en une puissance politico-militaire. Retour succinct sur près de treize siècles d'histoire religieuse et politique.

Aux origines du Zaydisme

Les Houthis sont issus du zaydisme, une branche ancienne du chiisme profondément implantée au Yémen et sensiblement différente du chiisme duodécimain dominant en Iran. Pour en comprendre l'origine, il faut remonter au VIIIe siècle et à Zayd ibn 'Ali, arrière-petit-fils d'Ali ibn Abi Talib et petit-fils de Hussein ibn Ali. Figure respectée dans la tradition musulmane pour sa science et son appartenance à la famille du Prophète ﷺ, Zayd se soulève à Koufa en 740 contre le pouvoir omeyyade, qu'il considère injuste. Abandonné par une partie de ses soutiens, il est tué au combat par les forces du calife Hicham ibn Abd al-Malik. Autour de sa mémoire et de ses enseignements va progressivement se constituer le zaydisme.

Contrairement au chiisme duodécimain, les zaydites ne reconnaissent pas une succession prédéterminée de douze imams infaillibles et ne croient pas en l'occultation d'un douzième imam destiné à revenir à la fin des temps. Pour eux, l'imam dirigeant doit cependant appartenir à la descendance de Hassan ou Hussein et posséder les qualités religieuses requises. Le zaydisme se distingue également par son rapport aux premiers compagnons du Prophète ﷺ. Ali est considéré comme le plus méritant pour lui succéder, mais Abu Bakr et Omar ne sont généralement pas rejetés.

Sur plusieurs questions de jurisprudence et de théologie, le zaydisme présente ainsi d'importantes proximités avec le sunnisme. Il est souvent décrit comme la branche du chiisme historiquement la plus proche des écoles sunnites.

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Enracinement des Houthis au Yémen

Le zaydisme s'enracine véritablement au Yémen à la fin du IXe siècle. En 897, Yahya ibn al-Hussein, descendant du Prophète connu sous le nom d'al-Hadi ila'l-Haqq, arrive dans la région de Saada et y établit un imamat zaydite. L'imamat désigne ici un système dans lequel un imam réunit une autorité religieuse et politique sur la communauté qu'il gouverne. Sous différentes formes et malgré de longues interruptions, cette tradition politique marquera le nord du Yémen pendant près d'un millénaire, jusqu'à la révolution républicaine de 1962.

À partir des années 1970-1980, l'équilibre religieux du nord évolue avec la progression du salafisme, notamment grâce à des réseaux soutenus depuis l'Arabie saoudite. À Dammaj, en plein cœur de la région zaydite de Saada, le prédicateur Muqbil ibn Hadi al-Wadi'i fonde le centre salafiste Dar al-Hadith, qui attire progressivement des milliers d'étudiants yéménites et étrangers. Une partie des élites zaydites perçoit cette progression comme une menace pour son héritage religieux.

C'est dans ce contexte qu'apparaît dans les années 1990 le mouvement des Jeunes croyants (al-Shabab al-Mu'min), initialement consacré à la transmission de la culture et de la théologie zaydites. La famille al-Houthi y prend progressivement une place importante. Badreddine al-Houthi sera un savant zaydite reconnu de cette lignée. Son fils Hussein Badreddine al-Houthi, ancien député, transforme peu à peu ce renouveau religieux en mouvement de contestation politique, rebaptisé : Ansar Allah.

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Contestation du gouvernement en place et prise de pouvoir

Le 11 septembre 2001, la 2e Intifada palestinienne puis les interventions américaines en Afghanistan et en Irak contribuent à renforcer le discours contestaire houthiste. Hussein al-Houthi mêle enseignement religieux, dénonciation de l'hégémonie américaine, opposition à Israël et critique des gouvernements arabes alliés de Washington. C'est dans ce contexte qu'est popularisé le slogan devenu emblématique du mouvement : "Dieu est grand, mort à l'Amérique, mort à Israël, malédiction sur les juifs, victoire à l'islam".

Sa formulation visant collectivement les juifs vaut depuis aux Houthis des accusations d'antisémitisme. Ansar Allah présente pour sa part ce slogan comme un mot d'ordre dirigé contre les politiques américaine et israélienne. Hussein al-Houthi développe parallèlement une critique virulente du wahhabisme, qu'il considère comme une idéologie importée d'Arabie saoudite ayant affaibli l'identité religieuse historique du Yémen. En parallèle, les tensions avec le gouvernement d'Ali Abdallah Saleh s'intensifient.

Le pouvoir accuse al-Houthi de constituer un mouvement armé et de vouloir restaurer l'ancien imamat ; ses partisans dénoncent au contraire la corruption du régime, son autoritarisme et son rapprochement avec Washington et Riyad. En 2004, l'armée lance une offensive dans la province de Saada. Hussein al-Houthi est tué en septembre. Sa mort ne met pas fin au mouvement. Entre 2004 et 2010, six guerres opposent les forces gouvernementales aux Houthis. Abdel-Malek al-Houthi, frère de Hussein al-Houthi, prend progressivement la tête d'Ansar Allah. Le soulèvement yéménite de 2011 (le "printemps" arabe) et l'affaiblissement du pouvoir central offrent ensuite au mouvement l'occasion d'étendre considérablement son territoire.

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Opposition au wahhabisme et entrée en scène de l'Arabie saoudite

Cette expansion provoque notamment une confrontation avec le centre salafiste de Dammaj. Les Houthis accusent alors Dammaj d'être devenu un foyer armé d'influence wahhabite et étrangère. La confrontation devient militaire. Les houthis encercle le site tandis que des hommes armés et des soutiens tribaux défendent le "dar al-hadith". Après plusieurs mois de conflits particulièrement violents, des milliers de salafistes et leurs familles quittent finalement Dammaj début 2014. Quelques mois plus tard, en septembre 2014, les Houthis prennent Sanaa.

Ansar Allah affirme combattre la corruption, défendre l'indépendance du Yémen et débarrasser le pays des influences étrangères, particulièrement l'influence wahhabite liée à l'Arabie saoudite. Ses adversaires l'accusent d'avoir réalisé un coup d'État et de vouloir rétablir une nouvelle forme de gouvernance influencé par le pouvoir iranien. En mars 2015, l'Arabie saoudite intervient militairement à la tête d'une coalition afin de restaurer le gouvernement reconnu internationalement et empêcher Ansar Allah d'étendre son contrôle à l'ensemble du pays.

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Les Houthis et les sunnites : entre coexistence et "houthification"

Malgré les apparences, la guerre civile au Yémen ne peut toutefois pas être réduite à une opposition entre Houthis chiites et Yéménites sunnites. Une grande partie de la population vivant dans les territoires administrés par Ansar Allah est sunnite, principalement de rite chaféite. Historiquement, zaydites et chaféites ont vécu ensemble pendant des siècles et les frontières confessionnelles yéménites ont longtemps été moins rigides que dans d'autres régions du Moyen-Orient. Ansar Allah ne désigne d'ailleurs pas officiellement les sunnites comme ses ennemis.

La situation est néanmoins plus problématique concernant l'exercice du pouvoir. Des ONG accusent les autorités houthis d'avoir progressivement imposé leur propre idéologie dans l'école, certaines mosquées et les institutions publiques, notamment par la modification des programmes scolaires, l'encadrement des sermons et le remplacement des responsables religieux. Les milieux salafistes étant particulièrement ciblé. Le pouvoir houthi apparaît ainsi moins engagé dans une persécution générale des sunnites que dans une houthification idéologique de l'État et de la société qu'il administre.

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Les Houthis en voie d'iranisation ?

L'Arabie saoudite présente depuis longtemps Ansar Allah comme une milice soutenue par l'Iran et intégrée à l'"axe de la résistance" organisé autour de Téhéran. Les Houthis ne nient d'ailleurs pas leur proximité avec Téhéran. "Nous ne sommes pas gênés par notre alliance avec l'Iran, nous en sommes fiers", déclarait récemment l'un de leurs responsables. Une alliance revendiquée qui ne signifie pas pour autant identité doctrinale : les Houthis restent issus du zaydisme et non du chiisme duodécimain iranien.

L'influence de la révolution iranienne, de l'ayatollah Khomeini et du Hezbollah est néanmoins perceptible dans le discours politique, les symboles et la culture militante d'Ansar Allah. Ses opposants parlent ainsi d'une "iranisation", voire d'une "duodécimanisation" du mouvement. Le discours saoudien a lui-même contribué à confessionnaliser le conflit. Dans certains médias locaux, les Houthis ont été qualifiés de "rafidites" ou de représentants d'un projet "safavide", vocabulaire opportuniste les rattachant au chiisme iranien.

Le 25 septembre, le grand mufti d'Arabie saoudite Saleh al-Fawzan a d'ailleurs appelé les soldats combattant les Houthis à rester unis face à ce qu'il qualifie de "secte égarée", décrivant le mouvement comme une "bande du mal" fondée sur une "croyance et une méthodologie corrompues". La rhétorique houthie fonctionne partiellement en miroir. Elle vise rarement les "sunnites" en tant que tels, mais dénonce les "wahhabites", les "takfiris", les "mercenaires" de Riyad et ce qu'elle présente comme la soumission de la monarchie saoudienne aux États-Unis et à Israël.

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Défense de la Palestine et contrôle de la mer Rouge

L'opposition à Israël et la défense de la cause palestinienne constituent depuis les origines l'un des principaux marqueurs idéologiques du mouvement, le slogan de Hussein al-Houthi remontant au contexte de la seconde Intifada au début des années 2000. Cette solidarité s'inscrit plus largement dans une longue tradition yéménite de soutien à la Palestine, partagée bien au-delà des seuls milieux zaydites.

Après le 7 octobre 2023, Ansar Allah transforme cependant pour la première fois cette position en engagement militaire direct de grande ampleur : missiles et drones sont lancés contre Israël et des navires sont attaqués en mer Rouge, les Houthis affirmant vouloir faire pression pour mettre fin à la guerre et au blocus de Gaza.

Cette intervention a eu un coût humain, militaire et économique considérable pour le Yémen, soumis en retour aux frappes américaines, britanniques et israéliennes. Elle a aussi perturbé durablement une des principales routes commerciales mondiales.

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Une guerre économique régionale

Depuis 2026, la guerre engagée par les États-Unis contre l'Iran a profondément modifié le contexte du conflit yéménite. Après la forte perturbation du trafic dans le détroit d'Ormuz par Téhéran, Bab el-Mandeb est devenu une seconde artère stratégique de la confrontation régionale, notamment pour l'Arabie saoudite qui avait réorienté une partie importante de ses exportations pétrolières vers la mer Rouge.

Dans ce contexte, les Houthis ont repris leur progression militaire sur la façade occidentale du Yémen. En septembre, ils se sont emparés de nouvelles positions sur la mer Rouge, renforçant considérablement leur contrôle sur Bab el-Mandeb. Cette avancée donne potentiellement à l'axe formé par Téhéran et ses alliés un levier sur les deux principales voies maritimes encadrant la péninsule Arabique : Ormuz à l'est et Bab el-Mandeb à l'ouest.

Au Yémen, face aux Houthis, subsiste un ensemble fragmenté de forces : gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par Riyad, formations indépendantistes du Sud, forces locales appuyées par différents États du Golfe, auxquels s'ajoutent des poches djihadistes sunnites notamment Ansar al-Charia.

Cette nouvelle séquence a également transformé le Yémen en front de la guerre économique régionale. Les conséquences sont aussi directement humaines. La reprise des combats au Yémen a provoqué plus de 130 000 nouveaux déplacements et près de 700 morts selon les données de l'ONU.

source :  Mizane Info

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