Nous publions ci-dessous de larges extraits de la réaction du journaliste israélien Gideon Levy, qui se réjouit, dans un édito du quotidien Haaretz, de l'élection d'Abdul El-Sayed, aux USA en rêvant à une situattion similaire en Israël
"JD, habibi ("chéri", en arabe), il y a une ironie délicieuse dans le fait que tu sois constitutionnellement tenu de me faire prêter serment en janvier." J'ai regardé, encore et encore, le sénateur élu du Michigan, Abdul El-Sayed, taquiner avec entrain le vice-président JD Vance - lequel l'avait qualifié, par le passé, de "petite fouine", de "quelqu'un de très, très mauvais" et même de "petit psychopathe".
Un vrai régal. Quel plaisir, aussi, de le voir piquer Donald Trump de la même manière, en faisant remarquer que le président américain semblait avoir du mal à prononcer son prénom - Abdulrahman - et en lui suggérant, une fois sa prestation de serment effectuée, de "simplement m'appeler"sénateur"".
"Dans un Israël paranoïaque et provincial, l'élection d'El-Sayed a été présentée comme une victoire du diable, voire comme une menace existentielle. Après tout, il détesterait Israël et serait, par-dessus le marché, antisémite. Mais, dans des contrées plus éclairées, son élection a été perçue comme une nouvelle preuve que les États-Unis demeurent la terre des possibilités infinies.
Impossible de ne pas être impressionné par le charme personnel d'El-Sayed, son charisme, son humour, sa chaleur humaine et son immense confiance en lui. Il est parfois rafraîchissant de voir un musulman, fils d'immigrés arabes - ce qu'on appellerait en Israël un"membre d'une minorité"- répondre à la majorité blanche avec une pointe d'audace bravache.
La population du Michigan, l'État qui l'envoie au Sénat, avoisine les 10 millions d'habitants, soit un chiffre comparable à celui de la population israélienne. Seuls 3 à 4 % de la population du Michigan sont d'origine arabe. Par conséquent, il est vain de vouloir présenter la minorité arabe comme le principal soutien de cette étoile montante - un médecin, enfant d'immigrés, qui a grandi à Alexandrie, en Égypte.
Le vote du Michigan en faveur d'El-Sayed n'avait rien à voir avec son origine ethnique, tout comme le vote de la ville de New York pour Zohran Mamdani n'avait aucun lien avec sa religion.
C'est précisément ce qui devrait susciter l'envie chez nous, Israéliens : la normalisation, tant des musulmans que des socialistes de gauche, qui sont élus indépendamment de leur identité, et non en raison de celle-ci. Une telle réalité est étrangère à Israël. Certes, des Arabes sont élus en Israël, mais aucun ne l'est indépendamment de son identité.
Imaginez un instant qu'un Arabe soit élu maire de Tel Aviv-Jaffa - et pas seulement grâce aux voix des habitants de Jaffa, mais avec celles d'une majorité des résidents de Tel Aviv. Cela ne s'est jamais produit, et il est fort probable que cela n'arrive jamais.
Après son élection, El-Sayed a explicité une fois de plus sa position : ses vives critiques à l'égard du gouvernement israélien ne découlent pas d'une haine des juifs. Lui et d'autres, comme lui, s'opposent simplement au financement d'un pays qui commet des crimes de guerre. Une position qui, en soi, est admirable.
Mamdani et El-Sayed incarnent un nouveau visage prometteur de l'Amérique. Ce sont des hommes jeunes, engagés à gauche et dotés d'une conscience, qui refusent que les États-Unis continuent de financer les"guerres de choix"menées par Israël. Le lobby pro-Israël AIPAC a dépensé environ 30 millions de dollars pour empêcher qu'El-Sayed ne soit désigné comme candidat du Parti démocrate ; pourtant, il a battu une alliée d'Israël, la représentante Haley Stevens, lors des primaires. Au vu des interviews embarrassantes qu'elle a accordées après son échec, ma joie face à l'élection d'El-Sayed n'en est que plus grande. Oui, même un Israélien a le droit de se réjouir de l'élection d'un homme remarquable, fidèle à ses principes, issu d'une minorité et, qui plus est, musulman. Ya habibi, Abdulrahman El-Sayed. Félicitations, depuis Israël également."
Source :Haaretz
CPJPO-Europalestine
