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Une image satellite montre les dégâts causés à la base militaire de Fuerte Tiuna à Caracas après les frappes américaines.
Par Karine Bechet Par
Le 3 janvier, l'armée américaine a lancé des frappes sur la capitale du Venezuela et a kidnappé le président Maduro. Donald Trump a ensuite menacé les autres pays de la région de représailles s'ils bougeaient. Pour Karine Bechet, le président américain a enterré le système de l'ONU et la Russie doit en tirer les conséquences pour l'Ukraine.
Des frappes sur Caracas ont surpris les habitants et provoqué la panique dans la capitale du Venezuela, survolé par l'aviation militaire américaine, ce qui s'est accompagné d'une intervention au sol. Le président du pays, Nicolás Maduro, ainsi que son épouse, ont été enlevés et conduits aux États-Unis, où ils sont retenus en otage.
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Maduro doit renoncer à la présidence, ce qu'il se refuse à faire pour l'instant. Il est sous le coup de quatre inculpations depuis 2020, à savoir participation à un complot lié à des activités de narcoterrorisme, trafic de cocaïne aux États-Unis, utilisation et possession de mitrailleuses et d'engins explosifs en lien avec des activités de narcoterrorisme et participation à un complot visant à utiliser et posséder lesdites armes et engins. Pour cela il risque la perpétuité.
Une fois n'est pas coutume, les États-Unis instrumentalisent la justice du pays pour soutenir leur politique internationale. Une justice totalement à la botte du pouvoir, grâce à l'élection des procureurs (devenant des acteurs politiques) et à la procédure du plaider coupable, qui force même des innocents à reconnaître tout et n'importe quoi pour éviter d'être condamnés à des peines cumulables, pouvant dépasser la centaine d'années de réclusion.
Elon Musk, le héros des libertariens, a salué cette victoire de Trump sur tous les « dictateurs » du monde. Les « autres » doivent bien se tenir. L'UE estime que, de toute manière, Maduro était illégitime, donc tout va bien. Barrot fait du « en même temps » : Nicolás Maduro aurait confisqué « le pouvoir au peuple vénézuélien », ce qui aura « porté une atteinte grave à sa liberté » et le prive de son droit à l'auto-détermination... mais en même temps, « l'opération militaire (...) contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international ». Traduisons : Maduro l'a bien cherché. S'il avait refusé de défendre le principe démocratique, selon lequel les peuples élisent librement leurs dirigeants, et s'il avait offert les ressources énergétiques aux États-Unis, rien ne se serait passé.
Trump a enterré le système de l'ONU à Caracas
D'ailleurs, Rubio met en garde : ce n'est que le début. Trump serait, je cite, le « président de l'action » : « Je ne comprends simplement pas comment vous ne l'avez pas encore compris. Et maintenant, vous le savez. Parce que ce sera ainsi. Les gens doivent le comprendre. »
Compris ?
D'ailleurs, Trump a averti les gouvernements du Mexique, de Cuba et de Colombie de rester à la niche, s'ils ne veulent pas être les prochains sur la liste.
En effet, ça vaut bien un prix Nobel de la paix, vous ne trouvez pas ?
Dans ce contexte, les appels à la « communauté internationale », ceux à l'ONU, les cris d'orfraie à la mise en péril du droit international sonnent étrangement, hypocritement faux. Ils ne sont que la triste parade des faibles, qui font semblant de réagir, sans en avoir le courage. Et la faiblesse est la caractéristique principale de la politique actuelle.
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Trump a enterré le système de l'ONU à Caracas, il a bombardé le droit international. Les masques sont tombés : le Monde global prend ce dont il a besoin par la force. Il a besoin de plus de ressources, il les prend où elles sont. Les compagnies américaines vont soi-disant s'implanter au Venezuela et fournir l'énergie - notamment financière - dont les États-Unis ont besoin pour continuer à maîtriser leur empire en dehors de leurs frontières. Et Rubio pourrait en prendre la direction.
Ensuite, quelle sera la réaction, quand le Groenland sera mis sous contrôle par la force ? Aucune de plus. Une énième réunion de Conseil de sécurité de l'ONU pourra encore être organisée. Il sera aussi efficace que la SDN à sa mort clinique. Certains pays condamneront, d'autres applaudiront docilement, en gros tous... observeront.
Le droit international est à terre, comme toutes les fois où la guerre fait rage. Et nous sommes en guerre, c'est la Première Guerre globale. La guerre des globalistes, qui utilisent les pays pour garantir leur domination. Ils s'attaqueront à tout ennemi, en adaptant leur stratégie en fonction de la capacité de résistance de ce pays.
Un des éléments importants est la capacité de trahison des élites internes dans ces pays « dérangeants ». Au Venezuela, une partie des élites a trahi, la vice-présidente Delci Rodriguez est déjà désignée par la Cour suprême comme présidente par intérim et celle-ci a déjà prêté allégeance à Trump.
C'est une excellente leçon pour la Russie.
Trump ne négocie pas et encore moins la paix, comme nous l'écrivons depuis longtemps. Il fait pression et ce pour obtenir la victoire.
Le ton et la stratégie de la Russie doivent changer
Le vice-président du comité des relations internationales de la chambre basse du Parlement russe Alexeï Tchepa envisage un possible « changement de ton » dans le processus de négociations entre la Russie et les États-Unis de Trump.
Le ton et la stratégie de la Russie doivent en effet impérativement changer. Et ce officiellement. C'est-à-dire de manière assumée. La Russie n'a aucun intérêt à poursuivre la fable politico-communictionnelle de « Trump, le pacifiste ». Elle a en revanche directement intérêt à rappeler l'implication directe des États-Unis de Trump dans le conflit en Ukraine, qu'ils ne cessent évidemment de soutenir, puisque c'est « leur » guerre contre la Russie. Et ils ne sont pas arbitre dans leur propre guerre.
D'ailleurs, ils viennent de passer un accord avec l'Ukraine, l'UE, le Canada et l'OTAN concernant une stratégie commune pour les garanties de sécurité en Ukraine (donc concernant l'envoi de forces armées et de garanties équivalentes à l'article 5 du traité de l'OTAN) et la reconstruction du pays (donc exploitation des ressources et utilisation des actifs russes, certainement).
Les élites russes doivent retirer leurs lunettes roses, celles qui leur ont été offertes à la chute de l'URSS, pour voir le monde actuel tel qu'il est. La trahison intérieure est la manière la plus efficace de faire chuter un pays. Comme le déclare Andreï Ilnitski: « Briser les sens, briser les idées, semer le chaos et contrecarrer les objectifs de l'adversaire. C'est-à-dire d'abord saper l'état mental de l'ennemi, saper son idéologie, saper globalement ses fondements intellectuels et conceptuels. C'est la guerre du plus haut niveau. Alors, on peut vaincre sans engager la guerre. Soit : s'emparer des esprits, rompre les communications, et vous avez gagné. »
Il est existentiel pour la Russie de changer le paradigme, pour ne pas reproduire le sort de l'URSS ; de comprendre que le système international, tant institutionnel que matériel, est vidé de son sens, n'est plus qu'une coquille vide. Les institutions internationales ne fonctionnent pas en temps de guerre, car il ne peut y avoir de compromis ; le droit n'a pas de place, quand les canons parlent, car c'est un rapport de forces. Ces canons hurlent aujourd'hui. Un nouveau système international sera mis en place, évidemment, mais à la fin de ce conflit, et il correspondra au nouveau rapport de forces qui en résultera.
C'est pour cela, que la Russie doit se battre.
Et sur le front ukrainien, en assumant le Monde russe et en cessant de s'excuser, de « répondre » aux tirs, de chercher des compromis. Le temps n'est pas au compromis, ce serait de la compromission.
Le néolibéralisme triomphant en Russie doit être remis en cause
Et sur le front idéel, en sortant des dogmes globalistes, en contrôlant ses élites pro-trumpiennes (qui ne peuvent par définition alors défendre l'intérêt national russe) et en assumant une voie idéologique, qui dépasse largement la question des valeurs traditionnelles. C'est tout le néolibéralisme triomphant en Russie dans des domaines aussi variés que l'enseignement, la fonction publique, la médecine ou encore la finance, qui doit impérativement être remis en cause.
Cette guerre globale n'est pas une guerre mondiale, dans le sens classique, elle se joue principalement sur le plan idéologique. Sa complexité vient de son caractère multidimensionnel et de sa capacité à produire des « illusions » : les États n'y sont que des instruments, non pas des sujets. À l'exception des États-Unis et de la Russie, qui se bat pour être un sujet. Ce qui ne peut se faire dans le paradigme globaliste, puisqu'il sous-entend par définition l'existence d'un seul centre de pouvoir.
Il n'est pas toujours possible de concilier toutes les élites à l'intérieur d'un pays. Si en temps de paix, ce difficile exercice est réalisable (même si certaines prennent toujours le dessus en réalité, comme nous l'avons vu avec les néolibéraux en Russie ces 30 dernières années), cela est périlleux en temps de guerre, alors que ces élites portent une vision du monde incompatible - globaliste ou étatiste. Le consensus national soit se faire autour d'une seule vision idéologique, pour que le pays soit fort. La Russie remportera la victoire à ce prix. Au prix des élites globalistes.
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