Ce à quoi nous assistons, c'est à un fascisme débridé, soutenu par la force militaire et protégé par le silence des médias.
Source : L.A Progressive, Henry A. Giroux
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
J'ai regardé les reportages diffusés dans la nuit du 3 janvier sur CBS et NBC concernant l'attaque américaine contre le Venezuela et l'enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, et ce à quoi j'ai assisté n'était pas du journalisme, mais une chorégraphie de propagande. CBS, en particulier, a diffusé pendant trente minutes sans interruption un récit fantasmé approuvé par l'État, ponctué d'une interview flagorneuse du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, un homme impliqué dans le meurtre de plus d'une centaine de personnes en mer, tuées sans aucun élément de preuve, sans qu'il ait à rendre de comptes et sans procédure régulière.
Plutôt que d'interroger ceux qui détiennent le pouvoir, les chaînes se sont adonnées sans vergogne au spectacle. À aucun moment, les deux chaînes n'ont soulevé les questions les plus élémentaires de légalité, de souveraineté ou de droit international. À aucun moment, l'une ou l'autre des chaînes n'a soulevé les questions fondamentales de légalité, de souveraineté ou de droit international. Au contraire, les deux journaux télévisés ont diffusé des images de gens dansant dans les rues, manifestant leur joie face à ce qui était en fait une violation flagrante du droit international et national. L'impérialisme, avec sa répression, est devenu une réalité viscérale et visuelle. Il agit maintenant autant par le regard que par les armes. Le terrorisme d'État n'est plus seulement imposé par la violence, il est normalisé et inculqué, rendu légitime par une forme de terrorisme pédagogique produit et diffusé par presque tous les médias grand public. Ce qui est en train de prendre forme, c'est un nouvel appareil de terreur coloniale, où le pouvoir, les médias sociaux et la vie quotidienne fusionnent en une fabrique unique du consentement, conditionnant le public à considérer la violence comme un spectacle et la domination comme normale..
À aucun moment n'a été mentionné le fait que l'attaque et l'enlèvement ont été condamnés par les présidents du Mexique et du Brésil, par des juristes internationaux et par un cercle de plus en plus large de dirigeants mondiaux alarmés par le précédent créé. Il n'y a pas eu d'examen approfondi des affirmations fabriquées de toutes pièces selon lesquelles le Venezuela préparait une invasion des États-Unis ou servait d'épicentre au trafic de drogue, des affirmations discréditées depuis longtemps mais recyclées à l'infini pour justifier la violence impériale. Il n'y a pas non plus eu de reconnaissance de l'hypocrisie stupéfiante de Trump : tout en déclarant une guerre contre la drogue au nom de la sécurité nationale, il a gracié l'un des narcotrafiquants les plus notoires jamais poursuivis aux États-Unis, Juan Orlando Hernández, décrit par les procureurs comme une figure centrale d'une opération de dix-huit ans qui a inondé les États-Unis de plus de 400 tonnes de cocaïne.
Il n'y a pas eu non plus d'analyse critique de la reprise par Trump de la doctrine Monroe, désormais dépouillée de ses prétentions antérieures et refondue en une doctrine de coercition ouverte, de droit colonial et de capitalisme mafieux. Ce silence n'était pas fortuit ; il a servi à protéger le cadre idéologique qui rend la violence impériale normale et lucrative.
Cette agression impériale reflète la logique de la doctrine du Lebensraum d'Adolf Hitler, une idéologie raciste et expansionniste qui justifiait la conquête, la terreur et l'annexion au nom du destin national. L'Histoire ne se répète pas mécaniquement, mais elle revient cependant avec de nouveaux uniformes, de nouveaux slogans et les mêmes ambitions impériales meurtrières.
La menace n'aurait pas pu être plus claire lorsque Marco Rubio a publiquement mis en garde les gouvernements de Colombie, de Cuba, du Mexique et d'autres nations de la région, les avertissant qu'ils subiraient des représailles s'ils ne se soumettaient pas aux exigences de l'administration Trump. Il s'agissait d'une déclaration d'intention de caractère impérialiste, un signal qui indique que les États-Unis revendiquent désormais le droit de décider quels gouvernements ont le droit d'exister et lesquels doivent être éliminés.
Tout aussi absente de l'émission, toute réflexion sur la portée toxique du néolibéralisme lui-même, même si Trump s'est ouvertement félicité des réserves pétrolières du Venezuela et s'est étonnamment déclaré prêt à céder le contrôle de ces ressources aux plus grands conglomérats pétroliers américains. C'était une reconnaissance ouvertement affichée du soutien à la fusion entre violence étatique, pillage entrepreneurial et droit impérial. Dès lors, la conquête ne se dissimulait plus derrière une politique de sécurité ; elle était annoncée comme une transaction commerciale. Une telle franchise aurait contraint George Orwell et Aldous Huxley à ajouter de nouveaux chapitres à leurs mises en garde contre la dictature, des chapitres dans lesquels le pouvoir autoritaire ne prendrait plus la peine de dissimuler ses motivations et où l'extraction des richesses remplacerait l'idéologie comme logique pure et simple de la domination.
Pendant la Guerre froide, Charles E. Wilson, alors président de General Motors, a déclaré à une commission du Congrès que « ce qui était bon pour notre pays était bon pour General Motors, et vice versa ». Aujourd'hui, cette logique s'est métastasée. Nous vivons désormais à une époque où ce qui est dans l'intérêt de Chevron, ExxonMobil et les conglomérats du pétrole et de l'armement est considéré par réflexe comme étant dans l'intérêt de la démocratie elle-même.
Vu sous cet angle, le danger principal n'est pas uniquement Trump, même s'il se présente ouvertement comme un gangster mafieux orchestrant l'enlèvement d'un adversaire présumé. Il n'est pas à l'origine de cette violence, mais en est le symptôme le plus grotesque. Comme le souligne Nikos Bogiopoulos, aux côtés du gangster Trump, « il y a leurs sbires. L'artillerie médiatique et les perroquets à leur solde. Ceux qui, dans une tentative de « normaliser » et de » justifier » le gangstérisme, s'empressent de nous signaler les problèmes liés aux droits humains et aux libertés démocratiques au Venezuela ». Le problème le plus grave est l'impérialisme américain, qui est devenu tellement agressif et ouvertement criminel que ses dirigeants ne se sentent plus obligés de dissimuler leurs ambitions derrière le langage de la diplomatie ou de la démocratie. À l'heure actuelle, la puissance impériale a choisi comme porte-parole idéal un démagogue fasciste sans instruction, dont la vulgarité reflète la nature crue du projet qu'il représente.
C'est dans ce contexte historique et politique que le monde assiste aujourd'hui à un assaut de type gangster contre la souveraineté vénézuélienne, une incursion armée suivie de l'enlèvement du président élu d'une nation souveraine et de son épouse. Il ne s'agit pas d'une aberration. C'est le pouvoir impérial qui agit sans détours, annonçant que la domination, le pillage et le changement de régime ne sont plus des opérations secrètes, mais bien des politiques publiques.
Chris Hedges affirme à juste titre que l'attaque américaine contre le Venezuela et l'enlèvement de Maduro et de son épouse ont une signification plus large dans la mesure où ils « concrétisent le rôle de l'Amérique en tant qu'État gangster ». Il écrit :
« L'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse confirme le rôle de l'Amérique en tant qu'État gangster. La violence n'engendre pas la paix. Elle engendre la violence. L'immolation du droit international et humanitaire, ainsi que l'ont fait les États-Unis et Israël à Gaza, et comme cela s'est produit à Caracas, génère un monde sans lois, un monde d'États défaillants, de seigneurs de la guerre, de puissances impériales crapuleuses et de violence et chaos perpétuels. S'il y a une leçon que nous aurions dû tirer de l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie et la Libye, c'est que le changement de régime engendre des monstres dignes de Frankenstein, créés de toute pièce par nos soins. Les forces militaires et de sécurité vénézuéliennes n'accepteront pas plus l'enlèvement de leur président et la domination américaine, ce qu s'est passé en Irak pour s'emparer de vastes réserves de pétrole, que ne l'ont fait les forces de sécurité et l'armée irakiennes ou les talibans. Personne n'y trouvera son compte, pas même les États-Unis. »
Ce à quoi nous assistons, c'est à un fascisme débridé, soutenu par la force militaire et protégé par le silence des médias. Lorsque les grands médias renoncent à leur obligation de remettre en question le pouvoir, de dénoncer les crimes et de défendre les normes démocratiques, ils font plus que désinformer le public. Ils normalisent l'anarchie, donnent un blanc-seing à la violence et préparent la population à accepter l'inconcevable comme inévitable. Ce silence n'est pas une neutralité. C'est de la complicité, et à une époque où les lois disparaissent et les vies s'éteignent, c'est une complicité que l'histoire reconnaîtra pour ce qu'elle est, une version actualisée des pires horreurs du passé.
Les opinions exprimées ici sont uniquement celles de l'auteur et ne reflètent pas les opinions ou les croyances du LA Progressive.
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Henry A. Giroux est actuellement titulaire de la McMaster University Chair for Scholarship in the Public Interest au sein du département d'anglais et d'études culturelles et est le Paulo Freire Distinguished Scholar in Critical Pedagogy (chercheur émérite en pédagogie critique). Son dernier ouvrage s'intitule The Burden of Conscience : Educating Beyond the Veil of Silence (Bloomsbury, 2025). Il est rédacteur en chef adjoint de LA Progressive. Son site web est : www.henryagiroux.com
Source : L.A Progressive, Henry A. Giroux, 04-01-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
