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La police réprime brutalement l'occupation du Panthéon par des sans papiers

13-07-2019 wsws.org 8 min #159090

Par Alexandre Lantier
13 juillet 2019

Hier après-midi, 700 "Gilets Noirs", sans-papiers et militants du collectif La Chapelle Debout ont  occupéle Panthéon à Paris en  scandant "Gilets Noirs" pour réclamer leur régularisation. Leur action pacifique a fait l'objet d'une répression féroce. La police a fait évacuer le Panthéon, puis nassé et chargé les manifestants à l'arrière du bâtiment où sont enterrées de nombreuses figures célèbres, dont les penseurs des Lumières Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, le romancier Émile Zola, et le socialiste Jean Jaurès.

Protest inside the Pantheon [Credit: Thomas Clerget]

Cette action fait partie d'une vague internationale de mobilisations pour défendre les immigrés et les réfugiés contre les régimes autoritaires. Alors que les "Gilets Noirs" se mobilisaient à Paris, plus de 700 manifestations "Lumières pour la Liberté" étaient prévues aux États-Unis contre l'annonce par Donald Trump d'une vague nationale de rafles pour déporter 1 million d'immigrés. Des centaines de milliers de gens ont manifesté en Italie contre les déportations par le gouvernement d'extrême-droite, et en Allemagne contre la persécution juridique en Italie de Carola Rackete, la capitaine d'un vaisseau qui sauve des réfugiés en mer.

Police preparing to charge the protest

En France, les "Gilets Noirs" ont pénétré dans le Panthéon pour pointer la contradiction entre les prétentions démocratiques de la République française et sa violente traque des réfugiés. En entrant dans le bâtiment, vers 14h, ils ont souligné qu'ils revendiquaient la régularisation de tous leurs membres et une réunion avec le premier ministre Édouard Philippe pour obtenir cette régularisation.

Alors que des prises de paroles pacifiques se succédaient, des "Gilets noirs" distribuaient un communiqué qui déclare: "On est des sans-papiers, des sans-voix, des sans-visages pour la République française. On vient sur la tombe de vos grands hommes pour dénoncer vos profanations, celles des mémoires de nos camarades, de nos pères et de nos mères, de nos frères et de nos sœurs en Méditerranée, dans les rues de Paris, dans les foyers et les prisons. La France continue l'esclavage d'une autre façon."

During the police crackdown at the Pantheon [Credit: La Chapelle Debout]

Ils ont pointé les conditions sociales intolérables dans lesquelles vivent des masses de réfugiés et de travailleurs pauvres en région parisienne: "On occupe, parce qu'il y a 200.000 logements vides à Paris, et que les nôtres dorment sous des échangeurs du périphérique, qu'hier la mairie a grillagé les rues du campement Avenue Wilson à Saint Denis."

Le communiqué a également relevé d'autres actions menées par le collectif, dont l'occupation de la tour d'Elior à La Défense et du terminal Air France à l'aéroport Charles de Gaulle: "C'est là que la police française nous fout dans des avions pour Alger, Dakar, Khartoum, Bamako ou Kaboul.... On est allé dire aux patrons qui nous humilient et nous brisent le dos: la peur a changé de camp!"

A section of the protest outside the Pantheon [Credit: La Chapelle Debout]

Les forces de l'ordre ont réagi avec la violence qui est devenue quotidienne depuis l'imposition de l'état d'urgence par le Parti socialiste en 2015 et surtout la répression du mouvement des "Gilets Jaunes" par Macron depuis novembre 2018.

A 16h, les forces de l'ordre ont pénétré dans le Panthéon pour expulser les "Gilets Noirs", qui scandaient, "Qu'est-ce qu'on veut? Des papiers! Pour qui? Pour tous!" et insistaient qu'ils ne se déplaceraient qu'ensemble. Peu avant 17h, les forces de l'ordre ont fait évacuer le Panthéon dans le calme, puis nassé les "Gilets Noirs" derrière le bâtiment.

Dès lors, bien que les "Gilets Noirs" soient restés calmes, la police a rapidement fait monter la violence pour les punir d'avoir organisé une action marquant ainsi les esprits. Les flics ont d'abord organisé des descentes parmi les manifestants nassés pour  arrêtersix militants du collectif. Puis, quand les manifestants ont fait appel sur les réseaux sociaux à leurs soutiens pour venir les dégager, les forces de l'ordre les ont  violemment chargés.

Les forces de l'ordre ont détenu 37 personnes à la manifestation, et plusieurs membres du collectif La Chapelle Debout ont été hospitalisés. Hier, en fin de soirée, 21 manifestants étaient toujours détenus à Paris, selon la page Facebook du collectif.

Cette violente répression témoigne du gouffre de classe qui sépare les sans-papiers de dirigeants politiques. Certains, dont les députés La France insoumise (LFI) Danièle Obono et Éric Coquerel, ont assisté à la manifestation pour faire des déclarations générales de soutien. C'étaient des postures hypocrites d'un parti dont les dirigeants ont soutenu des guerres néocoloniales en Afrique et ont appelé à des politiques protectionnistes afin de couper les travailleurs français de leurs frères et sœurs de classe en Afrique et autour du monde.

Mais les milieux dirigeants ont en général réagi avec horreur et colère à une manifestation où des sans papiers revendiquaient leurs droits démocratiques. La dirigeante néo-fasciste Marine Le Pen a vitupéré sur Twitter: "Il est INADMISSIBLE de voir des clandestins revendicatifs occuper, en toute impunité, ce haut lieu de la République qu'est le Panthéon. En France, le seul avenir d'un clandestin devrait être l'expulsion, car c'est la LOI."

Reprenant la posture du gouvernement depuis le début du mouvement des "Gilets Jaunes," le premier ministre Edouard Philippe a défendu fermement l'action violente des forces de l'ordre: "Toutes les personnes qui se sont introduites dans le Panthéon ont été évacuées. La France est un État de droit, dans tout ce que cela implique: respect des règles qui s'appliquent au droit au séjour, respect des monuments publics et de la mémoire qu'ils représentent."

La déclaration autosatisfaite de Philippe qu'il dirige un "État de droit" qui défend les monuments publics et la mémoire de la France n'est qu'un enfumage cynique. Macron et Philippe ne représentent pas plus que Le Pen les traditions démocratiques liées aux oeuvres de nombreux écrivains ou penseurs enterrés dans le Panthéon.

Les pratiques d'État policier mises en oeuvre tous les États de l'OTAN sont les plus violentes envers les couches les plus vulnérables des travailleurs, les immigrés et les réfugiés. Alors que Trump mène une politique fascisante contre les immigrés en Amérique, l'Union européenne foule aux pieds le droit d'asile en construisant un réseau de camps de concentration pour empêcher les réfugiés de fuir les guerres impérialistes en Afrique et au Moyen Orient. Depuis 2015, plus de 14.000 réfugiés se sont noyés en Méditerranée, alors que l'UE empêche les bateaux de mener des opérations de sauvetage en mer.

Cette attaque contre les droits des réfugiés et des immigrés est le fer de lance d'une réhabilitation du nationalisme et de la répression militaro-policière qui menace les droits démocratiques et sociaux de tous.

Macron a pris position sur la "mémoire" de la France en traitant le dictateur fasciste Philippe Pétain de "grand soldat" l'année dernière. Puis il a mené la plus grande vague d'arrestations en France métropolitaine depuis l'Occupation nazie, contre plus de 7.000 "Gilets Jaunes." A présent, il fonce tête baissée dans une série de réformes impopulaires -- des retraites, de l'assurance-chômage et des hôpitaux -- qui suscitent un large rejet des Français.

L'occupation du Panthéon comme la vague de manifestations en défense des immigrés aux États-Unis font partie d'une résurgence internationale de la lutte des classes face à la droitisation des États autour du monde--avec les grèves d'enseignants américains, la mobilisation des "Gilets Jaunes" en France, et les mouvements pour faire chuter les régimes militaires d'Algérie et du Soudan. Un élément décisif de ces luttes de classe sera la défense des immigrés, et pour garantir leur droit de vivre et de travailler dans le pays qu'ils auront choisi.

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