Brigitte Challande, 24 septembre 2026.- Compte rendu hebdomadaire ateliers de soutien psychologique, 23 septembre.
"Les femmes du camp d'Al-Durra retrouvent l'espoir lors d'une séance de soutien psychologique
Dans les camps de déplacement, entre les tentes et les espaces d'attente, les femmes portent des responsabilités qui dépassent parfois ce que les mots peuvent raconter : des responsabilités familiales, une inquiétude constante pour leurs enfants et la nécessité de subvenir aux besoins essentiels. La femme déplacée se retrouve souvent confrontée à une nouvelle réalité où se mêlent la peur et la fatigue, ainsi que le besoin de préserver la cohésion de la famille et d'offrir aux enfants un semblant de sécurité.
Le soutien psychologique devient bien plus qu'une simple activité ponctuelle. Il constitue un espace sûr pour parler, interagir et retrouver une part d'équilibre intérieur. Dans le camp d'Al-Durra, à l'ouest de Deir al-Balah, l'un de ces espaces s'est transformé en une rencontre marquée par l'interaction, les sourires et les échanges autour de l'espoir. Une séance intitulée : Les moments de joie : renforcer la positivité et l'espoir dans un contexte de déplacement.
Vingt femmes déplacées du camp d'Al-Durra, à Deir al-Balah, ont participé à cette séance organisée par l'UJFP qui visait à raviver des moments de joie et à renforcer l'énergie positive parmi les participantes. À travers ces activités, l'organisation cherche à offrir des espaces sûrs permettant aux femmes d'exprimer leurs émotions, d'échanger entre elles et de découvrir les sources de force présentes dans leurs expériences quotidiennes. La séance ne reposait pas uniquement sur l'évocation des difficultés. Elle cherchait plutôt à placer la joie elle-même au cœur de l'expérience.
Les participantes ont évoqué ce que représente la joie pour elles après une longue période de pressions accumulées.
L'une des femmes a expliqué que le fait d'être constamment occupée par la tente, les enfants et les exigences de la vie avait rendu les moments de joie moins présents dans son quotidien.Elle a déclaré que la séance lui avait donné l'occasion de se rappeler que le sourire ne devrait pas disparaître, même dans les périodes les plus difficiles. Pour elle, la participation n'était pas seulement une activité collective, mais une occasion de retrouver un sentiment qu'elle avait perdu depuis le début de son déplacement. Une autre participante a expliqué que l'atmosphère, différente de sa routine quotidienne, l'avait aidée à se sentir davantage apaisée et lui avait donné une énergie positive pour retourner auprès de sa famille. Elle a ajouté que les femmes avaient besoin de tels espaces, car leurs responsabilités quotidiennes les conduisent souvent à placer leurs propres émotions et besoins au dernier plan. Selon elle, consacrer du temps au repos et aux échanges avec d'autres femmes contribue à réduire le sentiment d'isolement et de pression.
Les échanges entre les femmes créent un espace de proximité et réduisent le sentiment que chacune d'elles doit affronter seule les circonstances auxquelles elle est confrontée. Les activités collectives contribuent également à créer des liens sociaux simples qui peuvent, avec le temps, se transformer en un réseau de soutien mutuel au sein de la communauté. La séance a considéré la joie comme faisant partie du bien-être personnel, et non comme un luxe détaché de la réalité. S'éloigner temporairement de l'inquiétude ne signifie pas ignorer les difficultés ou les nier. Cela offre plutôt à la personne l'occasion de retrouver une partie de son énergie afin de pouvoir les affronter.
Même dans un environnement dépourvu de nombreux éléments d'une vie normale, une activité collective, une conversation ou un rire peuvent faire une différence dans l'ambiance générale.
Ce type d'activité permet aux femmes de retrouver une partie de leur vie sociale, affectée par le déplacement et la transformation de leurs modes de vie. L'expérience du camp d'Al-Durra montre que les besoins des femmes déplacées ne se limitent pas à l'aide matérielle et aux services essentiels. Ces activités permettent également d'atteindre les femmes là où elles se trouvent et de leur proposer un soutien proche de leur vie quotidienne.
Il était évident que chaque femme avait une histoire différente avec le déplacement, mais les émotions communes ont créé un point de rencontre entre les participantes. Le besoin de se sentir apaisées, en sécurité entourées d'attention était présent chez toutes. L'une d'elles a exprimé son désir de retrouver la joie qui faisait naturellement partie de sa vie avant le déplacement. Une autre a considéré la séance comme une occasion de retrouver une partie de l'énergie épuisée par les responsabilités quotidiennes. D'autres participantes ont exprimé une idée simple mais importante : disposer d'un espace pour rire, parler et interagir peut alléger le poids de la journée, ne serait-ce que pour un court moment. Elles sont les mieux placées pour décrire leurs besoins quotidiens et identifier les activités qui les aident à se sentir mieux et à rester en contact avec les autres.
Lorsque la femme passe du statut de bénéficiaire du soutien à celui de partenaire dans l'activité, la séance devient davantage en adéquation avec son expérience réelle. À travers ses activités, l' UJFP poursuit son travail visant à offrir des espaces communautaires qui placent le soutien psychologique aux femmes parmi les priorités de la réponse aux conditions humanitaires difficiles. Les ateliers constituent l'un des moyens permettant de renforcer les échanges, d'encourager l'expression des émotions et d'offrir des moments de répit collectif. Ils contribuent également à reconstruire certains des liens sociaux fragilisés par le déplacement et les changements de lieux de résidence et de modes de vie. Dans le camp d'Al-Durra, l'idée des"moments de joie"semblait être une tentative de retrouver une part de la vie normale au milieu d'une réalité exceptionnelle.
La joie a été, au cours de l'atelier, un moyen de rapprochement, la conversation un moyen d'expression et la participation un chemin vers le sentiment d'être soutenue. Dans chaque sourire apparu au cours de la séance se trouvait un petit moment de victoire face au poids des circonstances.
Et dans chaque échange, un nouvel espace de compassion et de compréhension se construisait entre les femmes. La poursuite de telles initiatives représente avant tout un investissement dans l'être humain. Cette fenêtre, aussi modeste soit-elle, peut avoir une grande valeur pour une personne qui vit chaque journée sous une pression constante.
Lorsque les femmes se réunissent, parlent, rient et partagent leurs expériences, elles ne fuient pas la réalité. Elles retrouvent plutôt une partie de l'énergie nécessaire pour y faire face. Depuis le camp d'Al-Durra, à l'ouest de Deir al-Balah, des voix de femmes ont affirmé que le besoin de joie ne disparaît pas en période de crise. Entre les tentes devenues le symbole d'une période difficile, 20 femmes ont réussi à créer un espace différent : un espace de dialogue, d'interaction et de sourires.
La femme déplacée a le droit de se réjouir, de respirer, de trouver quelqu'un qui l'écoute et de préserver une part d'espoir, quelles que soient les circonstances qui l'entourent."
Photos et vidéos ICI.
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Les femmes du camp d'Al-Israa cherchent la paix intérieure dans le déplacement
"De la peur à l'espace de la parole ; dans les camps de déplacement, la femme se réveille avec des responsabilités qui s'accumulent, s'endort avec des questions restées sans réponse et tente chaque jour d'offrir à ses enfants un minimum de sécurité malgré la perte de stabilité.
C'est de ce besoin humain qu'est née une nouvelle séance de soutien psychologique et social organisé par l'UJFP dans le camp d'Al-Israa, à l'ouest de la ville de Gaza. Une séance intitulée : Vers la paix intérieure, axée sur les mécanismes de libre expression et de libération émotionnelle.
Vingt-cinq femmes déplacées résidant dans le camp d'Al-Israa, dans la ville de Gaza, ont participé à cette séance. L'objectif n'était pas de proposer des solutions toutes faites, mais d'ouvrir un espace sûr dans lequel les participantes pourraient parler d'elles-mêmes loin de la honte, de la peur et des jugements. Ecouter avant de conseiller, prêter attention avant de chercher une réponse.
L'atelier a fait de la parole psychologique un axe essentiel, en la considérant comme une voie permettant d'exprimer clairement les émotions plutôt que de les garder enfermées à l'intérieur.
Lorsque la femme parle de sa peur, elle n'annonce pas sa faiblesse ; elle donne un nom à ses émotions et ouvre devant elle un espace pour apprendre à y faire face. Et lorsqu'elle trouve quelqu'un qui l'écoute, son expérience individuelle devient une partie d'un espace collectif plus accueillant et moins marqué par l'isolement. Les femmes ont échangé sur ce qui les accable et sur les pressions qui accompagnent la vie quotidienne à l'intérieur du camp.
Cet esprit de soutien mutuel a donné à la rencontre une dimension qui dépassait l'activité de formation pour devenir une construction d'un réseau humain de solidarité. La séance cherchait à former les participantes à des compétences élémentaires susceptibles de les aider à retrouver une certaine sérénité intérieure. Elle a abordé l'importance de l'apaisement personnel et de la recherche de courts moments durant lesquels la femme peut reprendre son souffle au milieu du tumulte de la réalité. Parmi les principaux messages figurait l'idée que s'accorder un moment de repos n'est pas un luxe, mais une manière de prendre soin de soi en période d'épuisement.
L'atelier a également mis l'accent sur le développement de mécanismes d'adaptation plus positifs face aux pressions et aux conditions changeantes imposées par l'environnement du déplacement.À travers les échanges, l'importance de l'expérience personnelle dans l'aide apportée aux autres est apparue, l'expérience partagée crée parfois un langage particulier de compréhension et de soutien.
L'une des participantes a déclaré que la séance avait été pour elle comme une respiration dans un espace sûr, où elle avait pu laisser sortir ce qui pesait sur son cœur : les préoccupations et l'anxiété.
Elle a ajouté que le simple fait de trouver quelqu'un qui l'écoute et la comprend lui avait procuré un sentiment de soulagement dont elle était privée depuis longtemps. Une autre participante a parlé de ce qu'elle avait appris sur la manière d'atteindre un certain degré de paix intérieure malgré le bruit et la difficulté de la vie qui l'entourent. Elle a estimé que s'accorder un peu de calme et de repos l'aidait à poursuivre son chemin avec davantage de stabilité.
La peur, qui semble individuelle, devient un sujet de dialogue, tandis que la fatigue dissimulée derrière les tâches quotidiennes devient compréhensible et acceptable. L'atelier a contribué à réduire le sentiment d'isolement psychologique et à raviver le sens du partage entre les femmes.
Dans le camp d'Al-Israa, ce rôle a pris la forme d'une séance qui ressemblait davantage à un espace humain ouvert, où l'expérience psychologique se mêlait au dialogue et à la solidarité. La femme déplacée n'est pas entrée dans la séance en tant que"cas"nécessitant un traitement, mais en tant qu'être humain ayant des émotions, des souvenirs, des besoins et une voix qui lui est propre.
Cette approche ouvre la voie à un soutien plus respectueux de la vie privée et davantage en adéquation avec la réalité vécue par les participantes. Dans chaque camp, il existe des histoires qui n'ont pas encore été racontées, des peurs qui ont besoin d'être entendues et des mères qui tentent de continuer malgré l'épuisement.
La séance a également mis l'accent sur l'idée d'équilibre intérieur, considéré comme une capacité progressive à retrouver le calme après des vagues d'anxiété et d'émotion. La sérénité, telle qu'elle a été présentée au cours de l'atelier, commence parfois par la reconnaissance du fait que l'être humain est fatigué et a besoin d'une pause. Elle commence également par le fait d'accorder aux émotions du temps et de l'espace au lieu de les laisser s'accumuler jusqu'à devenir un fardeau plus lourd.
L'écoute active a offert aux participantes l'occasion de partager leurs expériences, tandis que la participation émotionnelle a contribué à construire un sentiment de soutien mutuel. Lorsque la femme sait que d'autres partagent certaines de ses peurs, l'espace du silence se rétrécit et celui de l'expression s'élargit. Cette interaction peut constituer un point de départ pour davantage de séances de soutien et de sensibilisation répondant aux besoins changeants des femmes déplacées.
La compétence qu'une femme apprend pour réduire le stress peut devenir une pratique personnelle, un moyen d'aider une autre femme, voire une partie de la routine familiale. Les voix des participantes à cette séance constituaient une partie essentielle de son contenu et non de simples témoignages secondaires à la fin de la rencontre. L'expérience exprimée par les femmes montre clairement que le soutien peut commencer par un mot et que le soulagement peut commencer par une séance d'écoute. Le droit de dire qu'elle a peur, qu'elle est épuisée ou qu'elle a besoin de repos, sans avoir le sentiment qu'elle est constamment obligée de cacher ce qu'elle porte en elle.
Avec chaque nouvel espace consacré à la parole, se renforce l'idée que prendre soin de soi ne signifie pas se couper de la famille et de la société, mais constitue plutôt un moyen de continuer à y prendre part avec davantage de capacités. La séance Vers la paix intérieure s'inscrit dans une démarche plus large d'interventions visant à soutenir les femmes dans les camps. Après les espaces consacrés à la joie et à l'espoir, vient l'espace de la parole, qui donne aux émotions elles-mêmes le droit d'apparaître et de s'exprimer. Entre la joie, la parole et l'écoute se dessinent les contours d'un soutien psychologique plus global, qui prend en compte l'être humain avec toute la douleur qu'il porte, mais aussi sa capacité à résister et à continuer. C'est ce qui a fait de l'atelier une rencontre profondément humaine, au cours de laquelle la voix a retrouvé sa place après avoir été recouverte par les pressions.
Depuis le camp d'Al-Israa, l'appel se renouvelle pour que les voix des femmes restent au cœur de toute réponse humanitaire à la réalité du déplacement.
À la fin de la séance, 25 femmes étaient sorties du cercle du silence pour entrer dans un espace de participation, de parole et d'acquisition d'outils les aidant à s'apaiser.
La valeur de telles rencontres réside peut-être dans le fait qu'elles ne promettent pas aux femmes une vie sans douleur, mais les aident à porter cette douleur avec davantage de conscience et moins d'isolement. Entre les tentes, l'inquiétude et l'attente, l'espace du dialogue demeure un acte humain capable de restaurer une part d'équilibre. Et la femme, malgré tout ce qui l'entoure comme responsabilités, demeure porteuse d'une capacité à apprendre, à soutenir et à épauler celles et ceux qui l'entourent.
Il apparaît nécessaire d'élargir ces espaces afin qu'ils atteignent un plus grand nombre de femmes et que leurs thématiques se diversifient en fonction des besoins générés par la vie quotidienne.
Prendre soin de la santé psychologique est indissociable de la protection de la famille, du renforcement de la cohésion sociale et de la capacité des femmes à faire face aux défis.
Dans le camp d'Al-Israa, la séance Vers la paix intérieure a laissé un message clair : la parole a sa place, le repos est un droit et les femmes ont une voix qui mérite d'être entendue.
À partir de ce petit espace peuvent commencer des étapes plus larges vers une plus grande sérénité intérieure, une meilleure capacité d'adaptation et un sentiment renouvelé de pouvoir continuer."
Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.

